Gouverneurs des partis ou du peuple : on s’interroge…

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Selon le législateur congolais, un mandat électif peut être convoité par un parti ou un regroupement politique, sur pied d’une liste de prétendants préalablement établie et visée par son correspondant officiel ou encore à titre individuel par un candidat opérant sous le statut d’indépendant. En principe, un membre d’un parti non retenu par ce dernier pour une compétition électorale n’a qu’une alternative : se résigner ou se « rebeller » et assumer les conséquences de son acte.

Mais, pour l’élection des gouverneurs des vingt-une nouvelles provinces, le scénario auquel assiste le commun de Congolais pousse à se demander si le pays va avoir affaire, après le 26 mars 2016, à des gouverneurs des partis ou du peuple. La question se pose avec beaucoup de pertinence au regard des événements qui entourent la sélection des candidatures et la pré-campagne électorale.

Tout se passe comme si les futurs gestionnaires de nouvelles provinces seront exclusivement au service de leurs partis et regroupements politiques et non pas du peuple. En effet, ainsi que tout le monde le sait, l’électoral naturel du candidat gouverneur et vice-gouverneur de province est exclusivement constitué des députés provinciaux. Or, le mandat du député provincial émane du souverain primaire.

En d’autres termes, au moment de déposer son bulletin dans l’urne pour le choix du futur gouverneur ou vice-gouverneur de province, le député provincial devrait tenir compte de la volonté de celui qui lui a conféré le statut d’électeur au second degré. Il ne s’agit pas, pour le cas d’espèce, de se laisser embrigader dans des consignes de partis et regroupements politiques, à moins que telle soit la volonté de sa base politique et sociologique.

Que veut le peuple ?

 Avant sa mise en application en août 2015, dans les troublantes circonstances dont tout le monde se souvient, avec la nomination des Commissaires Spéciaux, le découpage territorial avait connu une période de flottement de 8 ans, puisque la Constitution de la République l’ayant formellement avalisé était promulguée en février 2006. Le gel du passage du pays de 11 à 26 provinces était principalement dicté par le souci de ne pas créer de nouvelles entités territoriales mort-nées.

Mais que veut le peuple à travers cette innovation ? On peut affirmer, sans peut d’être contredit, que le Congolais du Kwango, du Kwilu, du Maindombe, de l’Equateur, de Tshuapa, de Mongala, du Sud-Ubangui, du Nord-Ubangui, de Tshopo, de l’Ituri, du Haut-Uélé, du Bas-Uélé, du Sankuru, du Kasaï Oriental, du Lomami, du Kasaï, du Kasaï Central, du Haut-Lomami, du Lualaba, du Haut-Katanga et de Tanganyika ne demandent qu’une chose : mieux vivre aujourd’hui qu’hier.

Point n’est besoin de rappeler que le découpage territorial a généré de nouvelles provinces sans administration publique, sans unités de production, sans routes, sans écoles ou hôpitaux de référence, sans universités et instituts supérieurs viables, sans chambres froides, sans barrages, sans usines de traitement d’eau potable, sans marchés modernes, sans industrie, petites et moyennes entreprises, sans ports ni aéroports modernes, etc. Tout est à créer, tout est à rebâtir… partout, sans moyens conséquents.

Si l’élection de nouveaux gouverneurs de provinces est politisée au point de propulser, à leur tête, des « pantins articulés » appelés à agir au doigt et à l’œil de leurs « autorités morales » planquées à Kinshasa, leurs chances de développement risquent d’être hypothéquées.

Le pays va être confronté, à brève échéance, à des responsables de la territoriale complétement déconnectés de leurs administrés et partant condamnés à vivre en conflit permanent avec ceux-ci ou leurs représentants. Quel service aura-t-on rendu aux gouverneurs et vice-gouverneurs indésirables par les autochtones ?

Pendant que le peuple attend que ses futurs élus fassent son bonheur, à travers la mise en valeur des ressources naturelles et humaines, la gaffe à éviter serait de devenir prisonniers de leurs clans politiques, avec pour préoccupation majeure satisfaire les caprices de leurs « parrains », en pillant les maigres ressources disponibles, aggravant ainsi le spectre de la pauvreté qui plane un peut partout.

Députés provinciaux : sursaut d’orgueil impossible ?

Si les députés provinciaux tiennent encore à leur honneur et à leur dignité vis-à-vis des électeurs qui leur avaient permis de se hisser dans les organes délibérants du Congo profond, ils devraient le démontrer lors de l’élection, toute proche, de futurs gouverneurs et vice-gouverneurs de nouvelles provinces, en faisant un choix utile et indépendant. Nullement aveugles ni dupes, les populations des quatre coins de la République sont prêtes à prendre acte, le 26 mars 2016, des votes que vont émettre ceux qui avaient pris l’engagement de les représenter dignement et de travailler pour leur bien-être. S’il se trouve, parmi eux, des individus sans morale, qui auront accepté de monnayer leurs votes, cela finira bien par se savoir. Mais alors, garde au retour de la manivelle, lorsque sonnera le glas des élections provinciales !

                             Kimp

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