22 novembre 2010 : Bemba, une vidéoconférence pour les médias de Kinshasa

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Le 22 novembre 2010, s’ouvrira à la Cour pénale internationale (CPI) le procès contre Jean-Pierre Bemba pour des crimes qu’il est suspecté d’avoir commis en République centrafricaine. Ressortissant de la RD Congo,  dont le procès est attendu depuis plus d’une année, Bemba est populaire à Kinshasa, en référence à la dernière élection présidentielle de 2006 où il a pu engranger un pourcentage honorable de voix face à son concurrent, Joseph Kabila. Pour permettre à la presse de Kinshasa,  de rendre avec clarté, exactitude et équilibre l’audience, la représentation de la CPI à Kinshasa a placé, dans ses bureaux, un écran géant d’où une vidéo-conférence sera lancée pour faire vivre aux Congolais, le déroulement du procès du sénateur Bemba, poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en RCA.  

« Un pas en avant » 

            La Coalition pour la Cour pénale internationale a, pour sa part, fait savoir que l’ouverture du procès Bemba, le troisième procès dans l’histoire de la CPI, constitue un nouveau pas en avant dans l’objectif de la Cour visant à poursuivre en justice les auteurs des crimes internationaux les plus graves.

            « Les victimes et les organisations de la société civile en RCA ont recherché depuis très longtemps que justice soit rendue pour les  crimes graves dont est accusé  Bemba », a déclaré William R. Pace, Coordinateur de la Coalition pour la CPI. « La Coalition suivra le procès avec attention pour s’assurer que les principes fondamentaux soient respectés, notamment le droit à un procès équitable et le droit des victimes de participer aux audiences. La Coalition soutiendra la Cour dans ses efforts pour rendre le procès plus accessible aux victimes et aux communautés affectées, notamment dans ses activités de sensibilisation. Nous appelons également tous les organes de la Cour à mieux expliquer les procédures et à faire tout leur possible pour réduire les délais entre les arrestations et les procès. »

            Deux ans après l’arrestation de Jean-Pierre Bemba, plus de sept ans après les faits allégués et après deux reports successifs, les attentes vis-à-vis de la première et unique affaire de la CPI en RCA sont grandes. « L’ouverture du procès Bemba est un moment historique pour les victimes de la République centrafricaine qui gardent espoir de voir la CPI leur rendre justice », a indiqué Lucille Mazangue de la Coalition centrafricaine pour la CPI. « L’attente des victimes et le dépérissement des preuves s’accentuent à mesure que le temps passe. Nous espérons donc que le procès se déroulera en bonne et due forme, sans retard excessif. » 

Accusé comme chef militaire 

            Bemba est accusé, en tant que chef hiérarchique, de crimes contre l’humanité (viol et meurtre) et de crimes de guerre (viol, meurtre et pillage) commis en RCA entre le 26 octobre 2002 et le 15 mars 2003. L’Accusation a informé les juges que 14 personnes témoigneront en tant que victimes de viols ou de violences sexuelles, ou en qualité d’experts sur les crimes sexospécifiques.

            « Ce procès ouvre de nouvelles perspectives à la CPI. En effet, les preuves de violences sexuelles constituent une grande partie du dossier de l’Accusation. C’est la première fois que la responsabilité d’un accusé en tant que chef hiérarchique dans une affaire de viols est mise en avant dans un procès de la CPI », a déclaré Brigid Inder, Directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice. « Bien que la décision de la Chambre préliminaire de ne pas confirmer toutes les charges de violences sexuelles nous préoccupe, nous appelons la Chambre de première instance à reconnaître les preuves des dommages infligés aux victimes et aux survivants de ces crimes. Le procès Bemba constitue une opportunité pour la Cour de démontrer aux femmes que la violence sexuelle est un crime grave qui justifie de poursuivre en justice les responsables ; et de montrer aux chefs des forces armées et de milices qu’ils seront tenus pour responsables s’ils n’empêchent pas leurs subordonnés de commettre des crimes sexospécifiques ou ne sanctionnent pas les responsables. » 

Plus de 700 victimes de viol

            Cent trente-quatre victimes participeront au procès Bemba par le biais de leur représentant légal, Maître Marie-Édith Douzima Lawson. « Le nombre de victimes participant à ce procès est sans précédent. Plus de sept cent victimes de viol, meurtre et pillage seront représentées lors du procès Bemba et seront à même d’exercer leur droit de participation aux procédures », a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). « La FIDH se réjouit de l’ouverture de ce premier procès pour les graves crimes qui ont été commis en République centrafricaine, d’autant plus qu’il permettra de briser le silence et de mettre un terme à la stigmatisation des victimes de viols. Le viol a été utilisé en tant qu’arme de guerre en RCA. Nous espérons que ce procès éclairera les zones d’ombre concernant les atrocités commises en RCA entre 2002 et 2003 et que les autres personnes impliquées dans ces crimes, y compris les autres parties du conflit, seront jugées à leur tour. »

            Jean-Pierre Bemba était le président du “Mouvement de Libération du Congo” (MLC) au moment des faits présumés. Il est aussi un ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) et sénateur au Parlement congolais. Bemba est défendu par Maîtres Nkwebe Liriss et Aimé Kilolo-Musamba.

            L’enquête de la CPI en RCA a été ouverte par le Procureur le 22 mai 2007 en vertu d’un renvoi par le gouvernement centrafricain du 7 janvier 2005. Le procès Bemba est le troisième procès de la Cour ; les deux premier sprocès de la CPI, contre les seigneurs de guerre congolais Thomas Lubanga Dyilo, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo Chui, sont en cours.   

                                   D-I.K

 

 

 

 

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