2022 : la fièvre de la pré-campagne électorale

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La page de l’année 2021 va être tournée dans quelques heures. Dès ce samedi 1er janvier 2022, le pouls du pays va commencer à battre au rythme de la pré-campagne électorale. Après avoir longtemps polémiqué autour de la tenue ou non des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales ainsi que les locales dans les délais constitutionnels, la mise en place et l’entérinement de l’ensemble de l’équipe dirigeante de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), la classe politique congolaise est maintenant fixée.

         Les futurs postulants aux différents mandats électifs vont se mettre, cette année, en ordre de bataille, de manière à ne pas être surpris par les événements en 2023, la grande « année électorale ».

Tshisekedi, Katumbi, Fayulu, Kabila, Bemba, Kamerhe attentivement dès à présent

         En 2023, la bataille s’annonce rude au sommet de l’Etat. Félix Antoine Tshisekedi, Chef de l’Etat en exercice, ne fait pas mystère de son intention de briguer un second mandat. Constitutionnellement, rien ne l’empêche de postuler pour sa propre succession. Comme « carte de visite » à présenter à l’occasion, à l’électorat, il y a son bilan personnel, celui qui prend court à partir d’avril 2021, point de départ de la mise en œuvre du programme d’action de l’Union Sacrée de la Nation, la plate-forme politique qu’il a mise en place en décembre 2020, après la liquidation de la coalition FCC-CACH.

         L’année 2022 devrait être pour lui, celle  de la concrétisation des actions déjà lancées et à consolider aux plans sécuritaire (chasse aux forces négatives à l’Est), politique (cohésion gouvernementale, cohabitation non conflictuelle Gouvernement-Parlement), financier (maximisation des recettes publiques, sauvegarde du cadre macro-économique), social (satisfaction des besoins sociaux de base, couverture santé universelle, consolidation de la gratuité de l’enseignement de base), infrastructurel (interconnexion routière, fluviale et aérienne), énergétique (construction de Inga 3, réhabilitation des barrages de Zongo et Nsanga, Mobayi, Tshopo, Tshala 1 et 2, Ruzizi), construction du barrage de Katende et achèvement de celui de Kakobola), industriel (construction d’usines de montage de véhicules et de locomotives, du port en eaux profondes de Banana, de production de batteries électriques, de fermes agro-pastorales), numérique, etc.

Ses visites d’itinérance dans le Congo profond, comme on dit, vont certainement s’accélérer, de manière à lui permettre de faire l’état des lieux des projets d’investissement en provinces et des travaux d’infrastructures. Félix Antoine Tshisekedi va être la principale cible des prétendants à la présidence de la République en 2022.

Katumbi en première ligne

         Candidat déclaré à la présidence de la République, et paradoxalement membre de l’Union Sacrée de la Nation, Moïse Katumbi vient de donner, à partir de Kisangani, le coup d’envoi de sa propre pré-campagne électorale. Après s’être longtemps accroché à « Lamuka », une plate-forme électorale en passe de devenir une coquille vide, il a repris personnellement en mains la sienne propre, « Ensemble pour la République ». Sa visibilité l’oblige à commencer à mouiller personnellement le maillot, dans le but bien précis de ne plus être l’otage d’opportunistes plus mus par le sentiment de le sucer financièrement que de déblayer le terrain électoral pour lui. Un gros obstacle risque de gêner son tour du Congo si la loi Tshiani sur la Congolité était exhumée et au niveau du Parlement avant 2023.

Fayulu : après « la vérité des urnes », nouvelle épreuve de feu se pointe en 2023

         Martin Fayulu, candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, a passé son temps à crier dans le désert, pendant deux ans, pour réclamer « la vérité des urnes ». Il a fini par se fatiguer, car peu ou pas du tout écouté, en interne comme à l’extérieur. Son discours sur un contentieux électoral que tout le monde voulait enterrer au plus tôt a jeté un froid parmi ses pairs de Lamuka, notamment Matungulu, Mbusa, Bemba et Katumbi, qui ont clairement pris leurs distances.

         Le grand défi à relever par Fayulu est celui de la mobilisation d’un électorat à lui à partir de 2022. Le temps des marches étant révolu, surtout avec la décision des prélats catholiques de ne plus se mêler de la gestion de la CENI, il va falloir donner une assise réelle à son parti, « Ecide », sur terrain. Car, jusque-là, sa « base » était j confondue avec les laïcs chrétiens, catholiques et protestants, ainsi que les partisans des mouvements citoyens.

Bemba et Kamerhe : le handicap des précédents judiciaires

         Leaders naturels de leurs partis, à savoir le MLC (Mouvement de Libération du Congo) et l’UNC (Union pour la Nation Congolaise), Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe risquent d’être desservis par leurs antécédents judiciaires. Condamné par la CPI (Cour Pénale Internationale) pour subordination de stémoins dans l’affaire des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par ses militaires en République Centrafricaine entre 2002 et 2003, le « Chairman » souffre encore d’inélligibilité. Par conséquent, son combat politique va se focaliser sur le positionnement de ses lieutenants, à travers les urnes, dans les institutions de la République. Une présence significative des cadres du MLC dans les deux chambres du Parlement ainsi que dans les assemblées provinciales serait le meilleur moyen, pour lui, de survivre politiquement.

Quant à Vital Kamerhe, son avenir politique va dépendre de la suite de son dossier judiciaire encore pendant devant la Cour de Cassation. Dans l’hypothèse de la confirmation de sa condamnation de 13 ans pour détournement des deniers publics, ses partisans risquent de manquer de discours pour mobiliser l’électorat, même s’il dispose d’une « base » électorale solide au Sud-Kivu, où d’autres poids politiques, tel que Modeste Bahati Lukwebo, ont déjà démontré en 2006, 2011 et 2018, qu’ils étaient capables de mettre en difficulté leurs adversaires politiques.

Kabila, l’homme seul ?

         Le message que tente de faire passer, sans succès, les cadres du FCC (Front Commun pour le Congo) encore fidèles à Joseph Kabila est qu’il serait de nouveau « présidentiable », après avoir pris une pause de 5 ans, au terme de ses deux mandats présidentiels. Sénateur à vie, ses ambitions politiques sont visiblement contrariées par la vague des désertions qui s’abat sur sa famille politique. Sans alliés sûrs et même sans troupes, d’aucuns pensent qu’il aurait intérêt à ne pas se précipiter à revenir à l’avant-plan au moment où les rangs de sa famille politique continuent de se vider. Homme seul, la retraite dorée à Kingakati serait la meilleure réponse à la perte de la majorité parlementaire par le FCC.

Sénateurs et députés nationaux favoris

         En cette année 2023 de campagne pré-électorale, sénateurs et députés nationaux partent largement favoris par rapport à leurs adversaires politiques. Avec des porte-monnaie bien garnis pour la plupart, grâce à leur omniprésence dans les deux chambres du Parlement depuis 2006 pour la plupart, et surtout le cumul de mandats de sénateurs, députés nationaux et députés provinciaux, ils disposent des fonds de campagne non seulement pour des actions de charme en direction de l’électorat en 2022 mais surtout pour la campagne électorale en 2023.

         Dans le dessein bien arrêté de maximiser leurs chances de maintien au sein de l’hémicycle de Lingwala, beaucoup ont choisi de sécuriser leurs mandats actuels et futurs en adhérant à l’Union Sacrée de la Nation. L’objectif visé est de tirer profit de l’aura de Félix Antoine Tshisekedi pour s’attirer les suffrages de l’électorat.

                                                                 Kimp

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