100 jours de Fatshi : les lignes bougent en RDC !

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En 100 jours, Félix Antoine Tshisekedi, nouveau Président de la République investi le 24 janvier 2019, a donné des signaux incontestables du changement de gouvernance au sommet de l’Etat. Le tout a commencé par la fermeture des cachots des services spéciaux, rendant libres des centaines de citoyens arrêtés pour des motifs divers, le plus souvent futiles. Le second signal fort a été l’interdiction des sorties des fonds au niveau des ministères, entreprises et services publics, sauf pour ceux liés aux charges sociales, ainsi des mises en place du personnel.

 Il y a eu ensuite la libération des prisonniers politiques et d’opinions, parmi lesquels Jean-Claude Muyambo, Firmin Yangambi, Franck Diongo et Diomi Ndongala, fichés « prisonniers emblématiques » dans l’Accord dit de la Saint Sylvestre, signé le 31 décembre 2016 entre forces politiques et sociales signataires de l’Accord de la Cité de l’Union Africaine (octobre 2016) et celles non-signataires. Pour des compatriotes ayant passé entre 3 et 10 ans à la Prison Centrale de Makala, le geste du nouveau Chef de l’Etat valait son pesant d’or.

On ne pourrait oublier le geste posé par le Chef de l’Etat à l’endroit de Moïse Katumbi, Antipas Mbusa, Olivier Kamitatu, Francis Kalombo et autres partis en exil depuis deux à quatre ans et qui peuvent rentrer au pays sans crainte d’être arrêtés ou jetés en prison. On signale aussi que les étrangers d’origine congolaise peuvent désormais se faire délivrer un visas d’entrée à leur arrivée à n’importe quel poste frontalier du pays. 

                  On a enregistré aussi, dès l’aube de son quinquennat, la volonté de Félix Antoine Tshisekedi de rompre avec les antivaleurs, dont l’impunité. C’est ainsi que l’on a assisté à une série de suspensions, de leurs fonctions, du colonel de la police tenu responsable des dérapages de ses éléments lors d’une manifestation des étudiants de Lubumbashi, du Directeur général de l’UPN (Université Pédagogique Nationale), du Directeur général de Transco (Transports en Commun du Congo), du Président de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications (ARPTC) et du Directeur général de la SCTP (Société Commerciale des Transports et des Ports), tous accusés de mégestion, sans oublier l’ancien ministre des Affaires Foncières, présumé coupable de tripatouillage des patrimoines fonciers tant publics que privés, etc.

La RDC transformée en vaste chantier

                  Et le 2 mars 2019, il a donné le coup d’envoi de son « Programme d’urgence de 100 jours » pour la modernisation ou la réhabilitation des infrastructures de base. La spécificité de ce plan d’aménagement du territoire national est qu’il est entièrement financé par le Trésor public congolais et exécuté par des sociétés nationales de génie civil. En principe, sa mise en œuvre devrait se passer de tout commentaire, car les Congolaises et Congolais de Kinshasa comme ceux des provinces sont eux-mêmes témoins de la métamorphose que connaissent déjà un certain nombre de leurs routes, ponts, écoles, hôpitaux, réseaux de desserte en eau potable et électricité.

                  Dans la capitale par exemple, les usagers de la route peuvent attester de la réalité des travaux déjà effectués sur les avenues de la Sablière à Masina, Saïo à Kasa-Vubu et de la Fikin à Lemba  ainsi que ceux en cours sur l’avenue Kulumba à Masina, la nouvelle avenue déjà baptisée Félix Tshisekedi avant son achèvement, laquelle est appelée à relier le Campus de Kinshasa, Mbanza-Lemba, Kisenso et Matete, sur la route de Matadi à Mitendi, Badiadingi (arrêt Zapé) et Grammalic, sur les avenues Université dans le secteur de Yolo, Biangala à Lemba/Salongo, Luambo Makiadi (ex-Bokassa), Kabambare, Kabinda, Commerce, Tombalbaye, etc.

                  En provinces, le premier coup de pioche des travaux d’asphaltage de la route Boma-Moanda (109 Km) a été donné il y a trois semaines, de même que celui de colmatage des nids de poule entre Boma et Matadi sur une centaine de kilomètres. La province de la Tshopo vient d’être désenclavée grâce à la construction, en l’espace d’un mois, de nouveaux ponts sur les rivières Lubunga et Lubuya ce qui permet de nouveau à ses habitants de communiquer avec leurs frères et sœurs du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema et du Kasaï Central. Ces deux ouvrages ont été inaugurés, il y a deux semaines, par le Chef de l’Etat en personne.

                  La route devant relier Mbuji-Mayi et Kananga est également inscrite à l’agenda des 100 jours. Chaque province et chaque ville du pays sont concernées, soit en termes de routes, de ponts, d’écoles ou d’hôpitaux.

                  C’est le cas du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, dont la jonction entre les villes de Goma et de Bukavu devrait être assurée, dans un proche avenir, par une route asphaltée, afin de mettre fin aux cas de naufrage sur le Lac Kivu.

Ebola : invité – surprise

                  Pendant que le Chef de l’Etat est occupé à l’aménagement de nouvelles infrastructures ou à la réfection d’anciennes, le virus Ebola s’est invité dans son programme de 100 jours. Cet imprévu l’a conduit à visiter son épicentre qu’est Beni et à mettre en place un Comité multisectoriel de pilotage des actions de riposte et de prévention. Le grand souci de Félix Antoine Tshisekedi est d’éradiquer ce fléau mortel. Ce pari exige d’être gagné car s’il est perdu, des milliers voire des millions de vies humaines risquent d’être sacrifiées, ce qui pourrait valoir au pays d’être placé au ban de la communauté internationale.

Des ennemis de la cohabitation pacifique Tshisekedi-Kabila

                  En trois mois de travail, le nouveau Président de la République peut se féliciter d’avoir pris un bon départ pour la mutation du Grand Congo en Etat de droit, pacifique et prospère. Pendant que des millions de compatriotes se réjouissent de l’avènement d’un nouveau leadership à la tête du pays et d’une nouvelle vision dans la gestion de la chose publique, certains esprits ne semblent pas voir d’un bon œil la passation civilisée de témoin entre le Chef de l’Etat sortant et son successeur au poste.

                  A leur avis, pour marquer le changement de gouvernance, Félix Tshisekedi devrait absolument entrer en conflit avec le Chef de l’Etat. On voudrait le voir couper tout contact avec Joseph Kabila, à Kingakati comme à la Cité de l’Union Africaine, interdire à Joseph Kabila toute concertation avec les sénateurs, députés nationaux, gouverneurs de provinces et députés provinciaux du FCC (Front Commun pour le Congo), dont il est pourtant l’autorité morale, et pourquoi pour tout mouvement à Kinshasa, en provinces ou à l’étranger.

Quand le Président de la République, démocrate, s’incline devant les prescrits de la Constitution qui l’obligent à rechercher le formateur et le chef du gouvernement au sein de la majorité parlementaire, numériquement contrôlée par la famille politique de l’ancien Chef de l’Etat, on estime qu’il est aux ordres de ce dernier.

                  La question que les observateurs se posent est de savoir quel bénéfice Félix Tshisekedi et le peuple congolais tireraient d’un bras de fer avec Joseph Kabila. L’histoire du passé devrait inciter les « pyromanes » d’aujourd’hui à tirer les leçons des conflits Kasa-Vubu-Lumumba, Kasa-Vubu-Tshombe, Mobutu –Tshisekedi, Pouvoir de Kinshasa-Rébellions du RCD, du MLC, du RCD/N et du RCD/K/ML. De 1960 à 2018, le pays a vécu dans un climat permanent de dictature, de règlements des comptes entre ses filles et fils, avec comme corolaires l’insécurité, le pillage de ses ressources naturelles, la mauvaise gouvernance, la clochardisation du grand nombre, etc. Le peuple congolais a-t-il besoin d’un nouveau conflit armé entre les partisans de l’ancien et du nouveau système ? Quelle faute commet Félix Tshisekedi en exerçant le pouvoir d’Etat dans les limites lui définies par la Loi fondamentale ? On se demande, une fois de plus, si on ne fait pas des appels du pied à un dictateur qu’il ne veut pas être.

KIMP

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