Le 04 Janvier 1959 : contexte de l’éclatement de l’émeute (1)

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Note. Le 04 Janvier de chaque année commémore les martyrs de l’indépendance. Le sang de ces citoyens martyrs ne peut pas être versé pour rien. Encore une fois, le journal Le Phare ouvre un dossier assez détaillé là-dessus.

Première série

Accélération de l’histoire congolaise

En juillet 1958, en Belgique, un gouvernement social chrétien prenait la succession d’un gouvernement socialiste libéral. Eyskens, le nouveau Premier Ministre, annonça l’intention de son équipe « de fixer de façon claire l’avenir politique du Congo ».

Le coup de théâtre gaulliste

La mutation est très rapide. P. Lumumba est témoin du voyage que le général De Gaulle est en train d’accomplir à Brazzaville (le 24 août 1958)  –  en   face   de   Léopoldville  –  en  préparation  du référendum du 28 septembre 1958. Les discours du général français étaient pour le moins sensationnels et fortement applaudis. Les leaders congolais avaient les oreilles tendues. Attention ! De prestigieux Président parle. Nombreux journaux de Léopoldville ont
repris le texte historique tel que paru dans le bulletin de l’Agence Belga du 25 août 1958 dans sa rubrique «Nouvelles africaines ».

«A l’intérieur de cette communauté, si quelque territoire, au fur et à mesure des jours, se sent au bout d’un certain temps, en mesure d’exercer toutes les charges, tous les devoirs de l’indépendance, il lui appartiendra d’en décider par son assemblée élue et, si c’est nécessaire ensuite, par le référendum de ses habitants, après quoi la communauté en prendra note et pourra régler les conditions de transfert entre ce territoire, qui prendra son indépendance et suivra sa route, et la communauté elle-même. Je garantis d’avance que, dans ce cas non plus, la métropole ne s’y opposera pas ».

J.Ehrhard, dans Communauté ou sécession, publié chez Calmann-Lévy à
Paris en 1959, a repris ce que nous pourrions qualifier de réponse de
Sékou Touré :
«Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans
l’esclavage. Nous devons connaître les exigences de nos populations
pour rechercher les voies les meilleures de leur émancipation totale.
Nos exigences doivent être toutes connues pour être discutées. Nous
ne renoncerons jamais à notre droit légitime à l’indépendance. Nous
serons citoyens de cet Etat africain et membres de la communauté
franco-africaine. Ce besoin d’égalité et de justice, nous le portons
d’autant plus en nous que nous fûmes soumis à l’injustice et à
l’inégalité. Nous   avons   un   premier   et   indiscutable  besoin :
celui   de   notre   dignité. Or, il   n’y   a  pas  de  dignité  sans
liberté».
Ça y est, à Léopoldville, c’est la consternation. Comme l’écrivent J.
Marres et P. Devos dans l’Equinoxe de janvier, le passage de De Gaulle
à Brazzaville fut remarqué à Léopoldville à cinq kilomètres de l’autre
côté du fleuve – avec autant d’intensité que dans la capitale de
l’A.E.F. les paroles du général touchèrent les Congolais avec une
égale vigueur. Et quand De Gaulle parla d’indépendance, très
franchement, à cœur ouvert,  en expliquant le pour et le contre, il y
eut du côté des Congolais une réaction inévitable. « Pourquoi les
Belges ne nous parlent-ils pas ainsi ? »
A Bruxelles, la rue de la loi-où sont logés les services de
l’administration coloniale –gronde. On estima que le gouvernement
français aurait pu consulter la Belgique avant de se lancer dans une
telle campagne. La question fut d’ailleurs évoquée quelques semaines
plus tard lors des concertations à Paris entre le général De Gaulle et
Pierre Wigny, ministre belge des affaires étrangères. Les entretiens,
selon le journal belge Le Soir du 28 septembre 1958, se sont soldés
par un échec.

Une pétition signée :
« les leaders congolais »

P. Lumumba a vu que son idole, Sékou Touré avait, dans cette ligne,
proclamer l’indépendance de la Guinée. A Léopoldville, un groupe de
leaders est prêt à suivre cette voie. P. Lumumba est parmi eux. Il est
d’ailleurs cosignataire, le 25 août 1958, d’une lettre ouverte
adressée à L. Pétillon alors Ministre du Congo-Belge et du
Ruanda-Urundi. «Monsieur le Ministre, écrivent-ils, à ce moment où la
Belgique veut déterminer et préciser sa ligne de conduite concernant
l’avenir   politique   du  Congo, nous, les  signataires de  la
présente  motion, voulons  vous faire connaître, dans le cadre de vos
consultations actuelles, nos  points de vue sur les problèmes
importants qui vont ainsi être abordés.
Les réformes que vont bientôt subir certains pays voisins d’Afrique
et qui vont leur permettre de franchir une étape politique décisive de
leur avenir, préoccupent sérieusement les élites du Congo belge, qui
souhaitent que celles-ci… ne soient pas indéfiniment maintenues dans
un régime politique anachronique».
Les signataires ont en outre motivé leur démarche en se disant
satisfaits « du désir de l’actuel gouvernement belge de décoloniser le
Congo », se réjouissent  « que le ministre ait décidé » la
constitution rapide d’un « groupe de travail chargé de définir les
bases d’un programme d’émancipation du Congo ». Pour ce dernier volet,
ils « regrettent cependant vivement que le ministre n’ait pas inclus
des Congolais dans le groupe de  travail » tout en craignant que «
sans le concours de ces derniers », les conclusions d’un tel groupe ne
reflètent qu’ « un point de vue trop unilatéral, inspiré par un
certain conservatisme propre à l’esprit colonialiste ». Les
signataires « exigent un programme bien défini » fixant clairement les
« étapes intermédiaires à franchir dans des délais précis, sur le
triple plan politique, économique et social ». «  C’est la seule
façon, lit-on dans le document, d’inspirer et de donner l’assurance au
peuple congolais quant à la réalisation du but final à atteindre,
c’est-à-dire, l’indépendance totale ».
Enfin, et ceci est important, les signataires « rejettent
formellement, dans toutes ses formes, le fédéralisme régional prôné
ces derniers temps par des séparatistes plutôt soucieux de leurs
intérêts personnels que de l’avenir du pays ». Ils « demandent qu’au
moment venu, le Congo émancipé et devenu une nation, détermine
librement avec la Belgique, dans une confiance réciproque, la nature
des liens qui vont régir les rapports entre les deux pays ». La
lecture de ce document, sorti  de  la presse le 26 août 1958, est
intéressante  car, elle prépare la compréhension de la suite des
événements, surtout en ce qui concerne le comportement des futurs
leaders congolais face à la nature des réformes de la nouvelle
république congolaise. P. Lumumba, on le verra, est resté conséquent
jusqu’au bout, sans être à bout.

Réaction dans l’opinion belge

La pétition des leaders congolais a été influencée par les propos du
général De Gaulle. C’est ce qu’on peut lire dans l’hebdomadaire
libéral le P.P. ? (Le pourquoi pas) « Au galop », tel est le titre de
son éditorial publié dans sa livraison du 5 septembre 1958. «  Le
discours de Brazzaville, lit-on, n’est pas tombé dans les oreilles des
sourds de l’autre côté du fleuve ». Mais, attire-t-il l’attention de
ses lecteurs : « même si en Afrique française ou ailleurs, l’histoire
s’est accélérée depuis des années, il ne faut pas au Congo, qu’elle
dépasse un certain rythme dont font fi, avec coupable légèreté, les
signataires de la fameuse motion »
Pour la très conservatrice La L.B. (La Libre Belgique) il ne faut pas
prendre les propos du Général français très au sérieux. « De Gaulle,
écrit-elle dans son éditorial du 6 septembre 1958, n’est pas un
inconnu pour les colons belges qui gardent encore le souvenir de 1940
et se rappellent volontiers la part qu’ils ont prise, à cette époque,
dans la préparation d’un coup de force contre le gouverneur de
l’A.E.F., fidèle à Vichy ». Hormis « la fraternelle assistance
économique » entre le Congo et l’A.E.F, La L.B aurait préféré, lors de
la visite de De Gaulle en Afrique, entendre un mot de souvenir de
reconnaissance envers le Congo belge. Non, poursuit le journal, «
l’orateur a fait preuve de l’inconscience et de la désertion devant
les responsabilités d’une tutelle librement assurée ».
Voici  les vues qui concordent bien avec celle du Ministre du  Congo
L. Pétillon  qui, tout  en  considérant  l’événement, oppose
l’indifférence  au mouvement de décolonisation que vient de lancer le
président français. A la place, l’ancien gouverneur du Congo belge
relance la technique que Le Soir du 28 septembre 1958 appelle du «
vase clos ». « Sans doute, a déclaré Pétillon, certains événements
incitent à réfléchir. Mais ce sont des événements étrangers au Congo…
Celui-ci a sa vie propre qui s’organise chaque jour dans l’ordre et la
paix… Au sein d’un monde troublé par des conflits souvent sanglants,
le Congo prouve sa maturité et se préoccupe de son avenir… Bien sûr,
il le fait souvent d’une façon désordonnée et parfois déconcertante ;
cela est naturel pour un pays qui n’a ni tradition  ni expérience dans
ce domaine ».
Le général De Gaulle, a précipité l’Afrique noire, notamment le Congo
belge, dans une certaine mesure, dans la voie de l’indépendance sans,
sait-on jamais, s’inquiéter des répercussions qu’elle pourrait avoir
dans le territoire voisin.
Les Congolais de 1958, tout en étant alertés de ce qui se passe dans
les colonies françaises, ont suivi de très près les querelles
idéologiques belgo-belges au sujet de la colonie, nervosité extrême
des dirigeants, perte de sang-froid, coalition anti-Buisseret désigné
comme « bradeur de l’empire ». Ils ne veulent plus être considérés
comme des « hommes tranquilles ». Ils sont conscients qu’il faut
changer les choses et assistent manifestement à ce déboulonnage du
système colonial, à la crise du régime colonial, au malaise et aux
tensions. «  Si le  nouveau gouvernement belge, écrit J. Van Bilsen,
par exemple, dans La Revue Nouvelle (catholique) de mai 1958, n’opte
pas résolument pour une politique de décolonisation, on doit redouter
que « nous » entrions dans une phase dangereuse de réaction et de
reprise en main ».
Et au Congo, qui n’est plus « une colonie modèle du genre », la
température  montait  de  jour  en  jour. C’est, il  faut  le dire,
dans  un climat extrêmement  tendu, dans  une  atmosphère  de
surenchère politique, que le nouveau Ministre du Congo Van Hemelrijck
a dû préparer « la déclaration gouvernementale » sur l’avenir du
Congo.
Le 10 octobre 1958, peu avant la fin de l’Exposition Universelle (Expo
58), on communiqua à l’Agence Belga, la nouvelle de la création du «
Mouvement National Congolais » (M.N.C). Tous les journaux dont
Présence Congolaise du 18 octobre en font large écho.
(Par le professeur Jean Kambayi Bwatshia)

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Rubrique : Actualité
Primature : François Lumumba soutient l’UDPS
Le Mouvement national Congolais LUMUMBA (MNC/L), membre du
Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au
Changement, appuie, sans équivoque, l’Accord Politique Global et
Inclusif du Centre Interdiocésain, tout en restant vigilant.

En ce qui concerne le choix du Premier Ministre, nous sommes d’accord
que celui-ci provienne de l’U.D.P.S. Le combat de ces dernières années
plaide actuellement son leadership.
Ainsi, la Direction de notre parti exhorte le Président Etienne
TSHISEKEDI wa MULUMBA , à:
* Consulter les dirigeants des partis politiques membres du Rassemblement;
* organiser entre autres, un meeting de restitution auprès de notre peuple;
* initier un état des lieux de la situation socioéconomique actuelle; …
ATANDELE TOKOLONGA!!!

Fait à Kinshasa, le 08 Janvier 2017.

Pour le Mouvement National Congolais LUMUMBA (MNC/L).

François LUMUMBA
Président National

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