Train de vie de l’Etat : ministres députés et sénateurs interpellés !

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La polémique bat son plein autour de la taille du tout premier et futur gouvernement du quinquennat du nouveau Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi. Le chiffre de 65 ministres, en libre circulation sur la place de Kinshasa, bien que non officiel, suscite des réactions en sens divers. Comme par hasard, les plus farouches opposants à la taille éléphantesque de l’équipe ministérielle recrutent dans les rangs des députés nationaux et provinciaux ainsi que des sénateurs en exercice.

Se faisant subitement passer pour des adeptes des restrictions budgétaires et des défenseurs des intérêts du peuple, ils en appellent à la réduction du train de vie de l’Etat, par notamment le rabais du nombre des ministres autour de la quarantaine. Ces champions de la bonne gouvernance soutiennent qu’en ces temps de basse conjoncture économique, il est impératif d’éviter la saignée des finances publiques, au risque d’hypothéquer tous les projets de développement visant l’émergence du pays à courte échéance.

          S’il est vrai que l’exemple de la réduction du train de vie de l’Etat devrait venir d’abord du gouvernement, force est de souligner que cela ne devrait pas exonérer l’Assemblée Nationale et le Sénat du même sacrifice. Les parlementaires semblent oublier que leurs émoluments, estimés à 13.000 dollars américains le mois, constituent une insulte à la misère généralisée qui frappe l’écrasante majorité de Congolais. Hormis cette rémunération mensuelle qui représente 11 ans de salaire pour un fonctionnaire, un enseignant, un militaire et un policier ayant le privilège de toucher 100 dollars le mois, les donneurs de leçons de rigueur dans l’utilisation des fonds publics seraient bien inspirés s’ils pouvaient initier un projet de révision constitutionnelle portant sur la réduction du nombre de députés et sénateurs de moitié, soit de 500 à 250 pour les premiers et de 120 à 60 pour les seconds. Ils pourraient même suggérer, comme dans certains Etats d’Afrique, la suppression pure et simple du Sénat ainsi que des parlements et gouvernements provinciaux. On rappelle qu’à l’époque du MPR, Parti-Etat de triste mémoire, il n’y avait qu’un représentant par territoire au Conseil Législatif (Assemblée Nationale). Et le pays avait fonctionné sans Sénat de 1965 à 1997. En ce moment où le pays compte environ 270 territoires, le nombre de députés pourrait être plafonné à 270.

          Tant qu’on est dans la logique de l’économie des moyens, la cure d’amaigrissement des institutions devrait frapper aussi les cabinets politiques, de la présidence aux ministères, en passant par la Primature. Dans le même ordre d’idées, les salaires des mandataires publics devraient aussi connaître des coupes sombres, de façon à mettre fin à la précarité des trésoreries des entreprises et services publics.

En somme, le souci des partisans d’une équipe ministérielle « squelettique », est partagé par une large majorité des concitoyens clochardisés, qui assistent impuissants à la concentration de maigres ressources financières nationales entre les mains d’une infime oligarchie politique.

          Mais pour que « l’effort de guerre » impacte sur les finances publiques, il faut des sacrifices au niveau de principales sources de consommation des fonds publics.

Rabattement des salaires des dignitaires du MPR : la farce de Mobutu

          En son temps, le président Mobutu, désireux de démontrer à la face de son peuple que tout le monde devait serrer la ceinture, après le choc pétrolier des années 70 et l’échec de la politique de « zaïrianisation », avait décrété un rabattement des salaires des dignitaires du MPR, Parti-Etat. Selon son engagement, les enveloppes mensuelles des Commissaires d’Etat (ministres), des Commissaires du peuple (députés), des membres du Bureau politique et des animateurs des branches spécialisées du MPR, à savoir la MOPAP (Mobilisation, Propagande et Animation Politique), de la FORCAD (Formation des Cadres), de la JMPR (Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution) et de la Condiffa (Condition Féminine et Famille) devraient être sérieusement rognées pour réduire les dépenses publiques et améliorer le social du peuple.

          En réalité, il n’y avait jamais eu de rabattement. Les dignitaires du régime avaient continué à mener leur train de vie de bourgeois politiques, pendant que leurs concitoyens démunis tiraient le diable par la queue. D’où, on est en droit de se demander si ceux qui crient sur tous les toits que le train de l’Etat devrait être réduit, sont prêts à renoncer à leurs privilèges, qu’ils n’hésitent pas à assimiler aux droits acquis. On se demande, à cet effet, pourquoi le débat sur les émoluments des parlementaires est toujours frappé du huis clos, alors que les salaires des fonctionnaires le sont en plénière, et leur barème rendu public dès son adoption ? A quand la publication de la grille des rémunérations des ministres, députés, sénateurs et autres qui se prétendent solidaires de la misère du peuple ?

                                                                               Kimp

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