Vols planifiés des colis à Ndjili-Aéro

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Dimanche 26 décembre 2010, un régulier de d’une société aérienne atterri à 1 H du matin, à l’aéroport international de Ndjili. Dans le bâtiment de l’aérogare, tout comme sur le tarmac, une agitation particulière gagne aussi bien les membres de famille et connaissances des passagers que les agents des divers services opérant dans cette porte d’entrée et de sortie de la RDC par les airs. Alors que l’aéronef ne s’est pas encore immobilisé sur le tarmac, qu’entrent en scène des « personnes non identifiées et non autorisées ». Elles entrent partout et se faufilent partout.

            On n’en connaît pas le nombre exact, signale un agent de la RVA qui ajoute que ces personnes suspectes disposent de macarons pour mieux opérer dans l’enceinte de l’aéroport de Ndjili, sans être inquiétés !
            Vient enfin le moment du débarquement des passagers. Deux à trois quarts d’heure plus tard, c’est le tour des bagages de passer par la chaîne de contrôle. Ils sont identifiables par leurs étiquettes. Mais quand les passagers les retirent, les premières doléances fusent. Mlle Tantine Mundele se plaint de constater qu’un de ses sacs et sa valise sont ouverts. Des inconnus ont soutiré des pantalons jeans, des chaussures dames, des robes et quelques bouteilles de parfum. D’autres passagers du même vol  déplorent les mêmes faits. Certains de leurs bagages sont déjà ouverts à leur insu et délestés d’une partie de leur contenu,.D’autres valises contenant des effets de valeur sont quasiment introuvables. Les passagers, victimes de ces désagréments, insistent pour la recherche de leurs valises. Aucune d’elles ne sera retrouvée. Un vrai mystère !
            Pour ce dernier cas, la compagnie aérienne a enregistré les réclamations et promis de vérifier si ces bagages n’ont pas été débarqués par mégarde, dans d’autres escales ou même oubliés à l’aéroport de départ.
            Pourtant, de l’aéroport de Zaventem en passant par Tripoli, l’avion n’a pas enregistré un important  déchargement des bagages pouvant occasionner des pertes.
            Il y a une semaine, un avion d’une autre compagnie aérienne en partance pour Johannesburg s’est presque vidé de la moitié de ses passagers à l’aéroport international de Ndjili. L’escale de Kinshasa a permis à cette compagnie aérienne de décharger quelques bagages.
            Ce jour-là, seuls incidents à signaler : la disparition des valises et «  le délestage » subi par quelques bagages. Un problème récurrent auquel les autorités aéroportuaires ne trouvent pas de solution.

Un fléau qui ne peut laisser personne indifférente

            L’année dernière, c’est une  religieuse venant de Rome pour des vacances en RDC, qui avait enregistré les mêmes désagréments. Sa valise contenant ses soutanes et des effets vestimentaires pour sa famille, avait disparu lors du déchargement des bagages.

            On ne comprend pas comment de la soute de l’avion au bâtiment de l’aérogare, des valises et des sacs se volatilisent.
            Un travailleur d’une société privée de manutention au sol se rappelle des plaintes des passagers demeurées des mois sans suite.
            D’où la série des questions que les voyageurs ne cessent de se poser et auxquelles aucune réponse n’a été donnée jusqu’à présent.

Pour la plupart des compagnies aériennes étrangères, ce type de plaintes ne surprend plus, même si les promesses faites par les services compétents pour lutter contre la disparition des bagages, sont demeurées des vœux pieux.  Des réseaux existent, affirment quelques travailleurs oeuvrant à Ndjili.

            C’est peut-être cela qui explique pourquoi lors des arrivées des vols internationaux, Ndjili est envahi par une foule importante des personnes. Que remarque-t-on ? Des sans emploi s’affairent et circulent dans tous les sens. Pendant que des familles attendent hors de la zone de contrôle, la sortie de leurs proches, les bagagistes sont les seuls à accéder partout. Sont-ils contrôlés à la sortie ? Passent-ils tous par la fouille à la fin de service  ? Sont-ils identifiés et répertoriés ?

Les vols sont-ils perpétrés entre l’avion et l’aérogare ?

            Pour un agent qui a requis l’anonymat, des réseaux existent avec plusieurs complicités au sein des services opérant à Ndjili. L’aéroport de Ndjili, on le sait, est considéré comme une mine à ciel ouvert. Tous ceux qui y opèrent s’en sortent les poches pleines. Un dicton célèbre illustre cet état de choses : « Ne meurt de faim à l’aéro Ndjili que celui qui refuse d’être dans le bain !».
            Ce qui rend les recherches beaucoup plus difficiles, a laissé entendre un voyageur choqué par ces vols répétés, c’est le fait que personne ne contrôle personne. Personne ne peut fouiller personne. On ne tolère pas les interférences entre les services. Au nom de ce principe, personne n’a des comptes à rendre à personne.

Il faut remettre de l’ordre

            Il y a des années, des vols étaient commis dans les entrepôts sous douane à l’aéroport international de Ndjili. Bien que les portes métalliques soient fermées avec plusieurs cadenas de sécurité, les méfaits étaient constatés le lendemain. Pourtant, des patrouilles organisées dans l’enceinte de l’aéroport ne donnaient aucun résultat. Il a fallu attendre six mois plus tard, pour voir le mystère des vols enfin dévoilé un matin. A l’ouverture des entrepôts, on a trouvé un jeune homme ivre, plongé dans un profond sommeil, après avoir vidé plusieurs bouteilles d’Amarula. C’était lui le voleur trahi par une consommation abusive de spiritueux. Dans ses aveux, il a indiqué qu’il accédait dans les entrepôts en se glissant à travers un trou du plafond. A l’aide d’une corde raide, il descendait dans l’entrepôt et faisait monter ses butins.

Si ce mystère a été élucidé, celui des vols des bagages reste entier. Il revient aux services d’enquête de la police ou de la R.V.A. de mener des investigations pour démanteler ces nombreux réseaux et couper le cordon ombilical avec leurs complices. Car, à en croire un chauffeur de taxi faisant régulièrement des navettes entre l’aéroport international de Ndjili et le centre-ville, il voit souvent à la fin de la journée, des agents des services officiels et sociétés privées habilités à prester à l’aéroport, sortir avec des bagages comme s’ils revenaient d’un voyage. Ne serait-ce pas là les valises égarées dans la chaîne de contrôle ?

            Pour casser la mauvaise réputation acquise par l’aéroport international de Ndjili, celle d’être l’un de plus tracassiers et où la disparition des valises est un phénomène quotidien, il faut détecter le mal et le soigner à la racine. L’opération « Tolérance-zéro » doit lancer ses limiers dans les installations de cette porte d’entrée de notre pays, et mettre hors d’état de nuire, ces inciviques. Nous croyons qu’en proposant une forte prime aux informateurs occasionnels, le mystère des vols des bagages pourra être élucidé. Il est nécessaire aussi d’évacuer du hall des bagages tous ceux qui n’ont rien à voir avec le vol. En clair, il s’agit de n’y permettre l’accès qu’aux seuls voyageurs comme c’est le cas partout à travers le monde. La situation actuelle où les voyageurs doivent livrer une véritable guerre pour voir accéder à leurs bagages est inacceptable. Elle donne de la RDCongo l’image d’un pays où le désordre règne en maître et où seuls des bandits ont droit de cité. C’est intolérable.

       J.R.T.

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