Vodacom étranglée !

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* 11% du personnel bientôt en chômage

* Nzanga Mobutu interpellé

Vodacom Congo, l’une des grandes firmes du monde congolais de la téléphonie cellulaire, se trouve dans une situation financière préoccupante. Selon les informations parvenues au Phare, les compteurs sont au rouge. En ce qui concerne sa santé financière, il est fait état d’une baisse sensible du chiffre d’affaires, en prenant comme éléments comparatifs le mois de février 2009 et celui de février 2010, de l’ordre de 35%. Concrètement, la trésorerie de Vodacom Congo a enregistré des recettes de 129, 345 millions  en février 2010 contre 198,890 millions de dollars en février 2009.

Face à cette situation financière peu reluisante et aux perspectives sombres qui se profilent à l’horizon, un plan de sauvetage a germé dans les esprits des membres de sa très haute direction. Il comprend deux volets : 1°) dégraissage du personnel à hauteur de 11% des effectifs ; 2°) négociation des réductions des taxes fiscales, douanières et autres avec le gouvernement.

11% du personnel bientôt en chômage

La très haute direction de Vodacom Congo ne fait pas mystère de son option, déjà levée, consistant à se débarrasser de 11% de ses cadres et agents. A cet effet, un mémorandum a été adressé au Vice-Premier ministre et ministre du Travail. Dans ce document, elle porte à la connaissance de ce membre du gouvernement que « Vodacom Congo traverse une situation particulièrement difficile qui fait que le résultat de l’exercice 2009/2010 vient de se solder par une perte nette substantielle de FC 190.678.974,51 et même l’exercice 2010/2011 ne s’annonce pas sous les meilleures auspices si aucune action salvatrice n’est amorcée… ».

Le staff de Vodacom Congo invoque, entre autres facteurs à la base de ses difficultés financières, la crise économique mondiale mais surtout le poids excessif des impôts et taxes sur sa trésorerie. Il parle même d’environ 6 millions de dollars américains décaissés mensuellement au titre d’impôts et taxes.

Et les gestionnaires de cette firme de téléphonie cellulaire d’égrener le chapelet de nouvelles taxes de nature à faire imploser leur trésorerie : 20 millions Usd de droits d’accises à payer pour l’exercice 2010/2011 contre 6,1 millions Usd payés entre mai et novembre 2009 ; 15 millions Usd à payer par an en guise de taxe de numérotation par numéro alloué à un abonné actif ; 5 millions Usd par an au titre des frais additionnels sur les fréquences, etc.

Il semble qu’en dépit de la réduction des coûts d’investissement et d’exploitation, rien n’a changé. En conséquence, la très haute direction estime que « la gravité de la situation exige que Vodacom Congo envisage, dès à présent, un plan de sauvegarde qui devrait comporter notamment la fermeture de multiples sites non profitables à travers le pays (entraînant une réduction de la couverture nationale du réseau) ainsi qu’un licenciement significatif du personnel ».

Langage de sourds entre l’employeur et le syndicat

Avant de passer à l’exécution de ses mesures dites de sauvegarde, l’employeur a tout de même tenu à échanger avec le syndicat. Cette rencontre de vérité a eu lieu le jeudi 25 mars 2010. Selon les bribes d’informations enregistrées par le quotidien de l’Avenue Lukusa, les deux parties ont entretenu un langage de sourds. Le patronat a continué à s’appuyer sur les chiffres négatifs d’exploitation et les différentes charges – fiscales, douanière, administratives, sociales- en augmentation exponentielle, pour estimer incontournable le dégraissage des effectifs, considéré comme la solution miracle.

Le banc syndical, de son côté, a persisté à croire que l’employeur ne jouait pas franc jeu et qu’il lui cachait la situation financière réelle de l’entreprise, ce qui ne permettait pas une appréciation correcte de l’option de renvoi d’une partie de cadres et agents, jusqu’à concurrence de 11%. En dépit de son insistance à entrer en possession du tableau complet des résultats d’exploitation, le patronat a soutenu qu’il n’y avait pas d’autres informations financières à mettre à sa disposition que celles déjà connues. Au bout du compte, la réunion s’est terminée en queue de poisson.

La lettre coupe-gorge de l’employeur

Le patronat a finalement abattu ses cartes le mardi 30 mars 2010, en affichant un communiqué annonciateur du départ de 11% du personnel. Il explique que malgré tous les efforts déployés par l’entreprise dans le but de réduire les coûts d’exploitation et d’éviter la banqueroute, le déficit financier n’a pu être résorbé. Aussi, « la haute direction de l’entreprise informe tous les agents de l’impérieuse et inévitable nécessité de dégraisser les effectifs, dans une proportion correspondant à 11% de l’ensemble ».

L’employeur a pris soin de préciser que cette mesure a été arrêtée dans le souci de sauver l’entreprise et va toucher tous les départements, à tous les niveaux. Le personnel est aussi informé que le dégraissage serait d’application dans les deux mois, aussitôt que serait obtenu le feu vert du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Prévoyance Sociale.

En guise de consolation, il serait créé une sorte de commission de prise en charge psychologique de futurs « assainis », de manière à les aider à mieux supporter le choc de la perte de leur emploi.

  Nzanga Mobutu interpellé

Nommé à la tête du ministère de l’Emploi, Travail et Prévoyance Sociale le 19 février 2010, soit il y a cinq semaines à peine, François-Joseph Nzanga Mobutu Ngbangawe se trouve devant son premier baptême de feu. Le dossier Vodacom Congo vient de lui tomber comme un coup de massue sur la tête. C’est paradoxalement au moment où, dans ses sorties aussi bien administratives que politiques, il était occupé à faire passer le message de son engagement personnel à mener une guerre sans merci contre le chômage.

L’homme qui a promis à une multitude de Congolais, à travers les masses militantes de son parti, l’Udemo, dans la capitale, d’impulser une nouvelle dynamique dans le créneau de la création des emplois, est confronté au terrible défi de la suppression imminente de plusieurs dizaines d’emplois au sein de la firme Vodacom Congo. Et à l’analyse du cahier des charges de cette firme de téléphonie cellulaire, Nzanga Mobutu est écartelé entre sa volonté de protéger les emplois existants et d’en créer d’autres, et le mot d’ordre du gouvernement relatif au doublement des recettes publiques, à commencer par celles provenant des impôts, des taxes douanières, administratives, domaniales et de participation. Or, précisément, Vodacom Congo épingle parmi les causes de sa mauvaise santé financière une fiscalité «assassine».

De quelle marge de manœuvre dispose-t-il pour obtenir du gouvernement, ainsi que le demande la haute direction de Vodacom Congo, des réductions fiscales, douanières et autres ? Quelle lourde responsabilité pour le Vice-ministre de l’Emploi, Travail et Prévoyance Sociale, appelé à concilier, dans un contexte de crise, les intérêts de l’Etat, ceux d’un opérateur économique privé menacé de faillite et ceux de ses compatriotes ayant sous la gorge le couteau de la perte de leur emploi ?                        

Jacques Kimpozo

 

MEMORANDUM

TO: All employees

COPY: International HR (Vodacom Group)

FROM: Managing Director, Gdfrey Motsa

SUBJECT: Announcement related to Staff Reduction

Dear employees,

The Managing Directors Office of Vodacom Congo would like to inform the overall employees that after having made efforts to reduce the maximum the company operating costs in order to avoid the total bankruptcy and its pure and simple closing, our company is not unfortunately able to reabsorb the major historical deficit ever happened in which it is plunged consecutively to the international economical and financial crisis.

Therefore, the Management of the company informs all employees of the imperious and unavoidable need for carrying out soon with the reduction of staff; reduction which in value and headcount correspond to a decrease of 11%.

This ultimate measure of reducing the personnel which will have been taken only with a single aim of guaranteeing the survival of our company, will affect all the departments of the company, and all the employment levels will be concerned. This measure will be effective within too months as soon as His Excellency the Minister of Labor, Employment and Social Security will give to Vodacom the authorization of retrenchment.

For this purpose, the list of the agents struck by this measure will be drawn up in accordance with the prescribed Congolese social legislation by the Executives of different Group of our company and this, under the supervision of our Head Office in close cooperation with the Human Resources Group.

We quite know that it is drastic to lose one’s job for the moment. However, we have to stigmatize that it will not be the end of the world for those of us who will lose their jobs. Their survival will depend on the manner they will wisely manage their final calculation while waiting for other job opportunities.

Anyhow, at that very moment, a commission will be set up by Human Resources Group to psychologically accompany those who will lose their jobs  

Godfrey Motsa

Managing Director

Vodacom Congo (RDC) s.p.r.l.

 

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