Ville martyre, Goma s’éveille lentement à la vie

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gomaTrouver un symbole-fort, une ville à même de caractériser en elle-même la récurrence des conflits qui endeuillent la République Démocratique du Congo (RDC), depuis l’arrivée au pouvoir de l’Alliance des Forces Démocratique pour la Libération du Congo (AFDL) avait hanté pendant un temps  certains responsables de notre pays, que des organisations partenaires – aussi bien nationales qu’internationales – qui ont appuyé la  célébration de la « Journée Internationale de la Paix », à Goma, dans la Province du Nord-Kivu. Quoique le pays possède une multitude de villes, cités ou villages qui ont subi au propre comme au figuré la barbarie des personnes assoiffées de pouvoir qui ont tué, dévasté tout autour d’elles ou même enterré vivantes des femmes, hommes et enfants, la  ville de Goma – chef-lieu de cette province – s’est imposée dans l’esprit de tous comme celle-là même qui réunissait la majorité des critères.

            C’est ainsi que deux événements majeurs se sont déroulés du 20 au 21 septembre pour marquer la volonté du Gouvernement de la RDC de pérenniser la paix sur tout le territoire national, et particulièrement à l’Est, dans les Nord et Sud Kivu, berceaux de l’AFDL et de tous les mouvements insurrectionnels – difficiles à dénombrer, tellement ils se dédoublent, se ressemblent et se concurrencent dans l’ignominie – qu’ils ont engendré et qui ont traumatisé toute la République. C’est ainsi que le premier jour, un atelier pour élaborer une Stratégie nationale pour l’Education de la paix dans les écoles congolaises, s’est tenu et s’est achevé par la publication d’une feuille de route pour l’Education pour la paix ; et  le second jour a vécu un grand concert pour la paix, sur le tarmac de l’aéroport de Goma. Ces manifestations organisées pour la Journée Internationale de la Paix ont donc drainé du beau-monde à Goma : une forte délégation des autorités scolaires, venue de Kinshasa et conduite par la Vice-ministre à l’EPSP ; des représentants des pays partenaires du secteur éducatif ; des délégués des organisations humanitaires, caritatives et des partenaires techniques et financiers agissant dans le  secteur éducatif ; sans oublier bien entendu le gouverneur de cette province et ses principaux collaborateurs. Un rassemblement axé sur le thème : « Tous pour le développement d’une éducation de la paix ». Tous les invités étaient arrivés presqu’exclusivement par avion. Mais il existe aussi deux autres accès pour cette ville : le Lac Kivu et la route presqu’impraticable.

Une  ville vêtue d’une

robe noire

            Coincée entre la terrifiante masse du volcan Nyiragongo et le Lac Kivu, la ville de Goma est plus que jamais caractérisée par la couleur noire, une couleur de deuil, mais que les habitants de Goma disent être une couleur de la fertilité de leur ville. Ceux qui y viennent pour la première fois sont frappés par cette couleur. Les voyageurs s’approchant par avion ont l’impression d’atterrir dans un camp de sinistrés entouré de moellons noirs, sur un sol noir ; tellement il y a des nombreuses petites maisons en construction dans le périmètre de l’aéroport et à quelques encablures de ce volcan géant, dont le sommet est couronné d’un cercle de nuage blanc. Le sol tout autour de l’aéroport est noir. Les routes conduisant à la cité sont également noires, non pas qu’elles aient été macadamisées, mais simplement elles ont été couvertes par la poussière noire crachée des entrailles en feu du volcan Nyiragongo. Ce dernier est l’épouvantail indéniable de la Ville tout en demeurant paradoxalement un attrait touristique. Dans un passé récent, il a semé l’épouvante lorsqu’il s’est réveillé après un long sommeil de plusieurs dizaines d’années. Sa lave incandescente  avait alors tout pétrifié sur son passage, transformant l’aéroport en un amas compact de pierre noire et la poussière noire qui s’y était dégagée a renforcé la noirceur originelle des routes et le sol de cette cité.

            Par ailleurs, le Lac Kivu, avec ses potentialité hydrauliques se situe, impuissante en face du monstre Nyiragongo dont il n’est pas à même d’éteindre le feu lorsqu’il se déclare. A Goma, ses abords, parsemés de bungalows, de chalets et de terrasses, sont luxuriants et voient s’épanouir la vie et les loisirs des touristes et des résidants. Toutefois, à certains moments, il fait aussi des victimes par naufrage des bateaux, mais en règle générale, il contribue grandement à la beauté du paysage, à l’alimentation de la population et facilite le transport lacustre, principalement entre Goma et Bukavu dans le Sud Kivu. L’ambiance de la ville ne se limite pas seulement autour du Lac Kivu. Des hôtels de haut standing, des club-dancings avec leurs lumières tamisées et multicolores restent ouverts chaque jour jusqu’au matin. Les danseurs, noceurs et les filles de joie dont la  majorité se réclament provenir de certains pays limitrophes n’ont rien à envier aux clubs de la capitale, particulièrement en ce qui concerne la musique, l’ambiance et la compagnie.

            Une autre caractéristique de Goma est les prix très abordables, par rapport à Kinshasa et voire même par rapport à Bukavu. Interrogés sur cette situation, les vendeurs des produits maraîchers, de produits agricoles et d’élevage s’enorgueillissent en disant qu’ils approvisionnent constamment les cités avoisinantes dont Bukavu, parce qu’ils sont travailleurs et que leur sol qui est noire et volcanique est très fertile. C’est ainsi qu’au marché, on trouve facilement un kilo de viande de bœuf de bonne qualité ou un kilo de grosses pommes de terre à 3.000 Fc (3$), alors qu’à Kinshasa le kilo de ces produits revient à 9.000Fc (10$). En outre, la classe des entrepreneurs locaux est essentiellement constituée de jeunes gens, décidés à percer dans les affaires ; ce qui réconforte plus d’un observateur averti, particulièrement pour l’avenir de cette province plusieurs fois martyre de la barbarie humaine.

SAKAZ 

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