Vignette à Kinshasa :  où va l’argent ?

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Policiers et agents de l’Hôtel de Ville quadrillent depuis un temps les principales artères de Kinshasa, à la recherche d’automobilistes non en règle avec la vignette. Exploitants des transports en commun comme privés sont tout surpris par les équipes de contrôle, aucune publicité n’ayant précédé l’opération. Il a suffi d’un communiqué radiodiffusé et télévisé de l’Inspecteur provincial de la police, ville de Kinshasa, publié le week-end dernier sous forme d’ultimatum, pour la chasse aux « irréguliers » soit déclenchée.

 

            Sur le fond, les propriétaires des véhicules n’ont nullement l’intention de se rebeller contre un impôt tout à fait l’égal. Ce qui les énerve, c’est de rouler sur des routes continuellement en « lambeaux », véritables cimetières pour engins motorisés. En effet, les nids de poules ne se comptent plus sur les principales artères de Kinshasa. Certaines routes urbaines, telles que Victoire, Kasa-Vubu (secteur des communes Gombe et de Kinshasa), Gambela, Bongolo, Bokassa, Kabambare, Kabinda, Université, Flambeau, By pass, Kimwenza, Cecomaf, Abattoir, Mokali, 24 novembre (Bandal et Selembao), petit boulevard Lumumba (côté industriel), Commerce, Tombalbaye, Colonel Ebeya,…exigent des automobilistes des slaloms et des coups de freins brutaux propres aux pilotes des rallyes. Coupées en plusieurs secteurs, des voies telles que Bokassa, Kabinda, Plateau ont pratiquement rendu l’âme.

            La grande question du jour est de savoir où va l’argent collecté par l’administration urbaine. Au regard du parc automobile de Kinshasa, c’est en termes de millions qu’il faudrait parler des recettes provenant de la vente des vignettes. Les usagers sont en droit de s’interroger sur la destination que prend cette cagnotte car depuis des décennies, la voirie urbaine laisse à désirer.

            La vignette étant une taxe avant tout routière, priorité devrait être donnée, logiquement, à l’entretien des voies qu’empruntent les automobilistes. Face au spectacle d’une ville sans routes, où le moindre embouteillage bloque conducteurs de véhicules et leurs occupants pendant plusieurs heures à l’approche de chaque carrefour ou d’une auto en panne, les gestionnaires des fonds liés à la vignette devraient fixer l’opinion.

            La visibilité des recettes de la vignette est tellement nulle que les automobilistes ont de plus en plus la nette impression d’être victimes d’une escroquerie sans nom. D’où du reste des velléités de résistance pour payer un impôt qui a tout l’air d’une arnaque. D’aucuns pensent que pour tordre le cou aux rumeurs qui circulent au sujet du détournement pur et simple des fonds collectés au titre de la vignette, l’administration urbaine devrait accorder une attention particulière aux routes bitumées comme en terre battue réservées à la circulation des personnes et de leurs biens. Tant que Kinshasa va afficher l’image d’une ville sans routes, l’idée d’une escroquerie organisée autour de la vignette aura du mal à sortir des têtes des millions de Kinoises et Kinois.

                                                                                                                                    Kimp