Un vieux paysan coréen aux Africains : « Cessez de vous battre… combattez plutôt la pauvreté»

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Ha Sa Yong est un des plus célèbres paysans coréens, pour avoir gagné, dans les années 60, des prix de meilleur agriculteur de sa province et de son pays. Agé aujourd’hui de 87 ans, il était, le mardi 14 juin
2016, l’invité du Centre de Formation Saemaul Undong, dans la cité de Seongnan, ou se trouvent réunis, depuis le 7 juin, vingt Africains, dont 7 Burundais, 6 Ivoiriens et 7  Congolais. Ceux-ci suivent une formation accélerée pour l’encadrement des paysans selon le modèle «Saemaul Undong», un concept lancé en 1972 par feu le président Park Chung Hee, et visant la lutte contre la pauvreté par l’autoprise en charge de tous ceux qui résident dans les milieux ruraux et qui ne vivent que du travail de la terre.
Droit sur ses deux pieds et d’une vue percante en dépit de son âge
avancé, il a parlé aux apprenants pendant deux heures, d’une voix
forte. En fait, sa prestation n’était rien d’autre qu’un témoignage
sur sa vie d’agriculteur, entamée dans la misère noire et transformée
en une existence tranquille au bout de dix années de dur labeur et de
sacrifices, avec le concours de son épouse. Bien que n’ayant jamais
mis les pieds dans aucun pays d’Afrique, ce personnage mythique, qui
ne sait ni lire ni écrire, s’est déclaré profondement peiné par les
images des déplacés de guerre qu’il voit sur les écrans des
télévisions satellitaires et par les statistiques de la pauvreté qu’il
entend égrainer au fil des jours à travers les médias.
«Cessez donc de vous battre, de vous entretuer à travers des guerres
interminables…Combattez plutôt la pauvreté par la production
agricole…Vous disposez d’immenses terres… C’est une richesse
incomparable». Tel était le message de cet octogenaire, qui a jeté un
silence glacial dans la salle et fait fendre le coeur de plus d’un
participant, arrachant les larmes aux âmes sensibles.
«A votre retour sur le continent, dites à vos frères et soeurs que
cela ne sert à rien de perdre son temps dans les guerres. Si vous y
mettez un peu de volonte, vous pouvez créer des richesses en temps
record, à l’image de la Corée du Sud, qui est 25 fois moins grande que
certains de vos Etats».
Et Ha Sa Yong de rappeler à l’échantillon d’Africains venus écouter
son témoignage qu’il est né en 1929, d’une famille extrêmement pauvre,
dans un Etat pauvre, qu’il avait connu la misère noire dès son
enfance, sous la colonisation japonaise d’abord jusqu’en 1945, après
la seconde guerre mondiale ensuite et la guerre de Corée (1950-1953)
et sous les décennies 60 et 70.
Enfin, il avait été chassé de l’école en 2me primaire, parce que son
père était incapable de payer son minerval, qui ne revenait qu’à cinq
dollars. Il lui arrivait de se nourrir de pelures d’oranges ou
carrément de l’eau de source pour tromper sa faim. Il vendait
n’importe quoi à la criée, pour survivre. A l’âge de 22 ans, il était
obligé de prendre une femme non par amour mais juste pour se plier à
la tradition. Il avait continué à tirer le diable par la queue avec sa
jeune épouse, en se livrant à de petits travaux de champ. Puis, à la
naissance de son premier enfant, revolté contre lui-même, il avait
décidé de changer de mode de vie, en se faisant domestique pour trois
ans, loin de sa ville natale de Joongbong-ri, dans la province
Chungcheong, au Nord de la Corée. Restée seule, son épouse avait
resolu, elle aussi de se faire bonne dans une famille aisée. Au bout
de trois ans, Ha Sa Yong a gagné au total 17 sacs de riz, dont le
produit de la vente lui a permis d’aquérir 60 m2 de terres. C’était
suffisant pour des travaux de champ. De commun accord, le couple a
juré de travailler la terre sans répit jusqu’à réunir, au bout de dix
ans, la somme de un million de won, soit environ 1.000 dollars
americains. Avec ce capital, il a élargi l’espace à cultiver jusqu’à
trois hectares. C’était le décollage avec la prosperité.
Cité comme modèle dans sa province d’origine, Ha Sa Yong allait
devenir, plus tard le symbole de la réussite paysan au niveau
national. Riche mais modeste, il a pu faire étudier deux de ses fils
et une de ses filles dans les meilleures universités du pays. En dépit
de sa réussite sociale, il a refusé de suivre des cours
d’alphabétisation pour adulte, préférant rester l’éternel paysan
analphabète. Sollicité aujourd’hui dans les cercles politiques,
intellectuels et agricoles après la réalisation et la diffusion, il y
a quelques années, d’un documentaire sur son passé, il s’est toujours
présenté en simple paysan, en bras de chemise, pantoufles et pantalon
quelconque. On raconte que lorsqu’il avait été proclamé meilleur
agriculteur de Corée du Sud, il avait décliné la prime de 10 millions
de won que lui avait offerte le président Gare Jung Hee, au motif
qu’il tenait à gagner de l’argent à la sueur de son front, sans l’aide
de quiconque. C’est cette philosophie de vie qu’il s’emploie à
partager avec ses compatriotes et qui correspond au concept «Saemaul
Undong». Aux Africains, il conseille de briser le cercle vicieux de la
main et de se tourner vers l’agriculture, car la terre cache des
trésors insoupconnés. Il insiste sur l’impératif d’engager un combat
sans merci contre la pauvreté. Cette volonté doit être partagée par
tous, gouvernants comme gouvernés.
Jacques Kimpozo Mayala, envoye
Spécia