V.Club-Mazembe : le rétro sur les incidents sanglants de dimanche

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Logo-de-la-LinafootLe stade Révérend Père Raphaël de la Kethulle de Ryhove ressemble étrangement le dimanche 11 mai 2014 pour le match de la 6ème et dernière journée du play off du 19ème championnat de la LINAFOOT entre l’AS V.Club et le TP Mazembe de Lubumbashi, au stade des Martyrs de la Pentecôte le mardi 3 novembre 1998 lors du deuxième match de la 1ère journée du tour final du 3ème championnat de la LINAFOOT, le derby kinois, entre l’AS V.Club et le DC Motema Pembe.

                Cet après-midi-là, il est noté un nombre très impressionnant de militaires en armes et une zone neutre envahie par des supporteurs surchauffés, surtout ceux du DC Motema Pembe, surexcités à mourir. Lorsque l’AS V.Club marque son deuxième but (79ème), les fanatiques de l’équipe vert et blanc montent sur l’aire de jeu pendant que d’autres vont s’en prendre à leurs joueurs et entraîneurs se trouvant sur le banc. Soudain, le stade se transforme en champ des tirs, avec des mitraillettes qui crépitent à volonté. Des militaires manient leurs armes en rampant à même la pelouse et sur le tartan servant de piste d’athlétisme. Bilan officiel: 3 morts et 27 blessés admis à l’Hôpital Généréral de Référence de Kinshasa (ex-Mama Yemo).

              Le dimanche 11 mai 2014, alors qu’à la réunion technique du matin, l’organisateur et les représentants de l’AS V.Club et du TP Mazembe ont convenu que les bus conduisant les deux équipes devaient pénétrer par l’entrée principale, à l’endroit où est placé le buste du Révérend Père Raphaël, comme cela est de coutume, la consigne a intentionnellement été violée par les chauffeurs des bus transportant le TP Mazembe, qui sont entrés par une voie détournée, en empruntant plutôt la porte du nord se trouvant entre le pourtour et les tribunes latérales qu’occupent traditionnellement les supporteurs du DC Motema Pembe. Une escorte avec des hommes en tenue de police fortement armés jusqu’aux dents était fort remarquée. A signaler aussi que deux camions qui seraient de l’armée déploient des banderoles « 100% Mazembe « devant l’église Armée de l’Eternel du pasteur Sony Kafuta, sur le boulevard Sendwe. A l’intérieur des installations sportives, et à quelques minutes du coup d’envoi, un colonel entouré de plus d’une douzaine de ses hommes munis des boucliers vient se faire voir sous sur la zone neutre sous les cris de colère des supporteurs de l’AS V.Club qui croient à la provocatie Lubumbashi, lorsque les membres de la délégation de l’AS V.Club avaient été souvent agressés, au propre comme au figuré. Peu après, arrive un général au milieu également d’un bon nombre de ses policiers en toisant méchamment le public qui essaie de le lui rendre. Quatre unités différentes de police sont visibles. Leur nombre est hallucinant pour la sécurité d’une rencontre sportive ! Le message à la télévision invitant les « supporteurs de l’AS V.Club à bien regarder leurs photos avant de se rendre au stade» résonne mal et jette le trouble dans la conscience des sportifs kinois. Pas de bon augure et chacun estime qu’il y aura du grabuge !

            Les vingt-deux acteurs se le rendent techniquement sur la pelouse sous la houlette de l’arbitre Blaise Kabeya de Kisangani qui oublie tout de même d’accorder un penalty à Déo Kanda a Mukok,, incontestablement l’homme du match, sur l’une de ses balles maniée par la main dans le rectangle par Ousmane.  Alors que la partie est équilibrée, un centre de Solomon Asante de la gauche vers le centre est repris de la tête par Gladson Awako (35ème) : 0-1 pour le TP Mazembe. Le stade Père Raphaël rempli aux 9 dixièmes par les supporteurs vert et noir applaudit sportivement le but adverse.

            La pause intervient avec des joueurs du TP Mazembe qui n’ont pas voulu mettre leur nez dans les vestiaires, comme cela avait déjà été leur attitude à leur arrivée au stade en transformant leur bus en vestiaires. Avaient-ils pensé que des gaz y avaient été aussi aspergés comme il leur avait été accusé pour le match aller du 23 avril 2014 au stade de la Commune de Kamalondo, leur propriété dont les coulisses sont écumées par des brigadiers, ces mauvais garnements au rôle d’intimidateurs professionnels ?

            La deuxième mi-temps démarre sous des chants d’un stade invoquant l’esprit de bravoure et d’exploit pour décupler le moral de ses vedettes. Sans trop savoir pourquoi et comment, surgit étonnamment le car de reportage en direct de la RTNC (Radio télévision nationale congolaise) alors qu’il aurait dû y être amené le matin ou en début d’après-midi pour l’installation des matériels d’usage. Sa présente paraît insolite. Qui l’a intimé l’ordre de venir en ce moment-là sur le lieu ? L’interrogation demeure. Cela ressemble à un défi inutile, une provocation de plus, les matches du play off n’ayant pas été mis à l’écran depuis le démarrage de cette phase, le mercredi avril, à Lubumbashi, avec le «classico» Mazembe-V.Club comme pour cacher ce qui y avait été concocté en mal. Qu’à cela ne tienne, l’arbitre refuse un autre coup de réparation à Yunus Sentamu (66ème) victime d’une agression du capitaine Joël Kimwaki du TP Mazembe dans sa surface de réparation. Le jeune avant-centre ougandais, abîmé physiquement et à peine monté sur le terrain (60ème), va même précipitamment retrouver le banc pour être remplacé par Emmanuel Ngudikama Mingiedi (77ème). Quelques projectiles partent du pourtour.  Sans gravité puisque le déroulement normal de la confrontation est maintenu après l’intervention rapide des préposés à la sécurité intérieure de l’AS V.Club.

               A la 87ème minute, un corner est sur le point d’être livré par Asante quand de petites bouteilles en plastique et d’autres projectiles divers lui sont lancés. L’attaquant ghanéen effectue quelques foulées jusqu’à rejoindre le latéral droit adverse, Dido Bafola, avec qui il partage quelques mots. Entre-temps, de l’endroit où ont été jetés ces objets, les spectateurs fuient en remontant les gradins. Un large vide se forme jusque vers le pourtour central. De la tribune latérale de l’AS Dragons, comprise entre les tribunes centrale et d’honneur et celles du DC Motema Pembe, laissées aux supporteurs du TP Mazembe, quelques projectiles volent vers les chaises des joueurs remplaçants et les membres du staff technique et médical du TP Mazembe qui font mouvement sur l’aire du jeu. Une sorte d’épiphénomène.

            Subitement, une grenade lacrymogène est balancée dans la foule du virage du pourtour sud-est, du côté du monastère. Une autre en plein «Moscou». Une troisième plus loin. C’est le sauve-qui-peut ! Un groupe de policiers, boucliers aux bras, se dresse devant la tribune d’honneur où il ne se passe pourtant rien. Entre-temps, les occupants de tout le pourtour courent vers les versants, pris en chasse par la police. Les portes donnant au quartier Immocongo sont fermées, l’une d’elles affiche même une grosse chaîne avec cadenas. Dans la confusion, quelques malheureux se précipitent dans les points vides. Aucun mur n’est tombé ou n’a subi de dégâts. Un battant de l’une portes est forcé pour l’enlever de ses essieux et en faire un point de passage. Le nombre étant très important, la tentative de plusieurs d’entre-eux s’achève dans le drame… D’autres grenades lacrymogènes sont aussi balancées dans la foule qui sort pourtant tranquillement vers le quartier Kauka, le boulevard Sendwe et le rond-point des avenues du Stade et Oshwe, à Matonge. Plus d’une vingtaine de minutes plus tard, à ce dernier endroit précis, en deça du pont enjambant la rivière Kalamu, le gaz piquant de ces engins jetés en nombre dérange sérieusement les habitants du coin et les clients des bars environnants…

            Le Gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango, en compagnie des ministres de l’Intérieur et de la Santé du Gouvernement central, donne pour bilan officiel : 14 morts et 11 blessés à l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa (ex-Mama Yemo), dans la Commune de la Gombe, dont 12 sont formellement identifiés le lundi 12 mai par leurs familles, 1 mort et 7 blessés à l’hôpital Saint Joseph, dans la Commune de Limete et 3 blessés à l’hôpital du Cinquantenaire, dans la Commune de Kasa-Vubu. Tous les blessés sont rentrés dans leurs familles, a rassuré l’autorité provinciale, le lundi 12 mai. Une commission d’enquête a été diligentée pour déterminer la responsabilité de ce drame.

SIKI NTETANI MBEMBA

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