Uvira : on joue avec le feu !

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Les FARDC en patrouille dans l'Est de la RDC. Photo MONUC/Marie Frechon
Les FARDC en patrouille dans l’Est de la RDC. Photo MONUC/Marie Frechon

Repoussés par les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) le dernier week-end vers les collines des environs de la cité d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, les combattants Mai-Mai Yakutumba étaient revenus à la charge le mercredi 27 septembre 2017. Mis de nouveau en déroute au terme d’environ trois heures de combat,
ces rebelles ont récidivé hier jeudi 28 septembre aux premières heures de la matinée, aggravant la peur au sein d’une population qui a tout arrêté depuis 48 heures.

A en croire la version des faits livrée aux médias par le Major Tshimuanga, porte-parole de l’armée régulière au Sud-Kivu, les miliciens Mai-Mai Yakutumba ont lancé leur nouvelle incursion en contournant les positions des FARDC par voie lacustre, à bord de cinq
embarcations de fortune qui les ont amenés de Fizi à Uvira. En dépit de l’effet de surprise, indique-t-on, la riposte s’est rapidement organisée du côté des troupes loyalistes, qui ont réussi à les déloger et à les renvoyer vers les collines,  à plus de 25 km. Selon la même
source, la localité de Makobola, qui était sous le contrôle des insurgés depuis mercredi, a été récupérée par les FARDC.

Mais, le calme reste précaire à Uvira, où la Monusco (Mission de
l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo) a
décidé de déployer ses casques bleus et ses blindés pour protéger la
population civile.

Uvira : rampe de lancement de l’épopée AFDL

Les deux alertes que vient de connaître Uvira, qui n’est toujours pas
à l’abri d’autres attaques des Mai-Mai Yakutumba poussent de nombreux
observateurs à se demander si une nouvelle guerre de l’Est n’a pas
déjà commencé à partir de cette cité, qui avait servi de rampe de
lancement de l’épopée de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques
pour la Libération du Congo), en 1996. On se souvient qu’à l’époque,
Mobutu et les « Mobutistes », croyant naïvement à la superpuissance
des ex-FAZ (Forces Armées Zairoises) sur les armées de l’Ouganda, du
Rwanda et du Burundi, avait banalisé la première victoire militaire de
Mzee Laurent Désiré Kabila, la considérant comme un feu de paille sans
lendemain. Tout le monde connaît la suite : après sept mois d’une
guerre dont la caractéristique principale était la chute des villes
sans combat, les « Kadogo » avaient fini par « atterrir en douceur » à
Kinshasa, la capitale, consacrant ainsi la fin du régime du «
Président-Fondateur ».
D’où, d’aucuns pensent que l’erreur à ne pas commettre par les
responsables civils et militaires actuels, c’est de banaliser les
incursions répétées des Mai-Mai Yakutumba à Uvira et sa périphérie. La
témérité avec laquelle cette force négative s’engage sur un « front »
tenu à la fois par les FARDC et la Monusco semble cacher un soutien
militaire obscur. A ce propos, certaines sources font état d’une
coalition avec des rebelles burundais présents au Sud-Kivu voici
plusieurs décennies.

Un message troublant
Nombre de compatriotes étaient surpris de constater, le mercredi 27
septembre 2017, que les Mai-Mai Yakutumba avaient un soubassement
politique dénommé « Alliance de l’Article 64 », dont la revendication
principale était le départ de l’actuel Chef de l’Etat de son poste,
sur pied de l’article 64 de la Constitution. Dans l’entendement des
responsables de l’« AA 64 », cette disposition constitutionnelle
devrait s’appliquer contre le pouvoir en place à Kinshasa, qu’ils
accusent d’avoir perdu toute légitimité pour n’avoir pas voulu
respecter l’Accord du 31 décembre 2016, qui lui conférait un bonus de
12 mois, dont l’échéance intervient à la fin du mois de décembre de
l’année en cours.
Ce message est d’autant troublant que du côté des forces politiques
et sociales qui exigent le respect de ce compromis politique, on se
garde d’envisager la prise du pouvoir par les armes. D’où, l’option
militaire qu’affichent les Mai-Mai Yakutumba, si leur objectif visant
effectivement un changement de gouvernance à la tête de la RDC, fort
dangereuse pour la démocratie congolaise naissante, devrait être
découragée.
Kimp