Uvira : l’horreur !

0
27

Ventre mou de la République, l’ex-Kivu continue de courir après une paix insaisissable, sept ans après la cessation officielle des hostilités entre l’ex-gouvernement de Kinshasa et les ex-mouvements rebelles (juin 2003) et quatre ans après les élections ayant conduit à la mise en place des institutions de la 3me République ainsi que de leurs animateurs. La mort rôde sans cesse autour des Congolais du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Pas plus tard que le mercredi de la semaine écoulée, la province du Nord-Kivu a été secouée par la nouvelle faisant état de la mort de 13 Congolais, dont 5 éléments des FARDC et 8 huit civils, tués à l’occasion d’un raid nocturne des rebelles Hutu rwandais des FDLR (Forces Armées pour la Libération du Rwanda), mené contre une position de l’armée régulière dans la localité de Burungu, non loin de Goma. Six assaillants ont péri dans l’embuscade.

 Alors que l’on pleurait encore les compatriotes soustraits gratuitement du monde des vivants, une véritable hécatombe a frappé le Sud-Kivu le dernier week-end, avec la mort de plus de 230 personnes, brûlées vives par l’essence échappée d’un camion-citerne au niveau du village Sange, près de Bukavu.
 Cette dernière tragédie interpelle les décideurs politiques, car elle a pour toile de fond la misère généralisée qui affecte l’écrasante majorité des Congolais, surtout dans l’arrière-pays. A cause de leur incapacité à réunir chaque jour le minimum vital, des millions de compatriotes sont prêts à tout, même à mettre leur existence en péril pour une bouchée de pain. Des hommes, des femmes et des enfants qui ont péri à Sange étaient, pour la plupart, prévenus par le chauffeur du camion-citerne du contenu extrêmement dangereux qui s’y trouvait et de l’explosion qui n’allait pas tarder à embraser le secteur.
 En dépit de sa sonnette d’alarme, la faim et la soif d’argent ont rendu les villageois sourds. Et ce qui devait arriver est arrivé.

Le second constat à faire est que les gestionnaires des « 5 chantiers de la République » ne devraient pas s’éterniser à Kinshasa. Il est plus qu’urgent de s’attaquer aux voies de communication entre la capitale et les provinces, et enfin entre les chef-lieux des provinces et les campagnes, jusque-là desservies par des routes en terre battue à la limite du praticable. Les invités aux festivités du 30 juin et tous les Congolais ont bien lu les inscriptions que portaient les banderoles déployées au palais du peuple et aux environs : Congo paradis terrestre de demain. Ce voeu ne peut être exaucé que par la réalisation de véritables voies de communication nationale. C’est-à-dire des autoroutes dignes de ce nom partant de Kinshasa vers Kasumbalesa, Kisangani-Bukavu, Mbandaka, etc. C’est par les voies de communication que le Congo se développera et se détribalisera.  Il est important que tout le monde le comprenne et arrête de donner la préférence aux cadeaux destinés aux voisins en privilégiant la construction des routes qui boostent leurs économies au lieu de s’occuper des Congolais d’abord. Joseph Kabila a donc, de ce point de vue, eu raison de dire dans son discours, que le développement du Congo dépend d’abord et avant tout des Congolais eux-mêmes. Ouvrons le Congo profond aux Congolais par des voies de communication dignes de ce nom et menons une lutte sans merci contre  les sites érosifs qui ne cessent de se multiplier aux quatre coins de la République. Il est écoeurant en effet d’apprendre que le camion-citerne qui s’est renversé à Sange était en stationnement.

 Le troisième grief à charge des autorités tant nationales que provinciales est l’inexistence des structures efficaces et rapides de gestion des accidents ou des catastrophes. Plusieurs dizaines de vies seraient certainement sauvées si les secours étaient propres à l’Etat congolais ou à la province du Sud-Kivu étaient organisés à temps. Le bilan aurait été moins meurtrier si le village de Sange était à la portée d’un hôpital de référence capable de prendre efficacement en charge les brûlés ayant survécu au sinistre. Sans l’assistance logistique et médicale de la Monusco, on aurait enregistré un bilan largement supérieur à 230 morts.
 Le quatrième grief porte sur la manière dont les produits inflammables sont transportés et commercialisés à travers le pays. L’essence et le gasoil sont stockés et vendus dans les mêmes conditions que la bière, le pain, les cacahuètes, l’huile de palme, le maïs, etc. On les rencontre aussi bien sur les marchés publics qu’au coin des rues et dans les habitations. Aucune précaution n’est visiblement prise pour éviter des cas d’incendie. Le chauffeur du camion-citerne de malheur, qui a décidé de prendre son repos à proximité des maisons habitées, en attendant l’arrivée du convoi de ses compagnons de route, n’en était certainement pas à sa première escale du genre.

 La boucherie humaine de Sange exige que l’on pense à un contrôle strict des mouvements des véhicules chargés du transport des produits pétroliers et à un contrôle sévère de leur stockage et commercialisation au détail.

Jacques Kimpozo

LEAVE A REPLY

*