Université catholique du Congo : l’exclusion des étudiants «frondeurs» commuée à une année blanche

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On est tenté de croire que c’est l’épilogue du feuilleton « étudiants contestataires » qui a fait couler tant d’encre et de salive ces derniers temps à l’Université Catholique du Congo(UCC). En effet, depuis quelques mois, les médias de la capitale parlent de l’UCC et en font des commentaires dans les sens les plus divers en rapport avec la manifestation d’un groupe d’étudiants le 1er mars 2010 et tout ce qui s’en était suivi.

Face à ce chapelet d’interprétations, les évêques membres du Conseil d’administration de l’UCC, avec à leur tête Monseigneur Nestor Ngoy Katahwa, ainsi que le Recteur de l’Institution, l’abbé Jean-Bosco Matand, qui en est aussi le Secrétaire permanent, et l’abbé Léonard Santedi, porte-parole de la Conférence Episcopale Nationale du Congo(CENCO), ont animé une conférence de presse, le samedi 19 juin 2010 au Centre Interdiocésain de Kinshasa, afin de fixer l’opinion sur les derniers développements de ce dossier.

D’entrée de jeu, le président du Conseil d’administration de l’UCC, Mgr Ngoy Nestor, évêque de Kolwezi, a tenu à préciser la nature, le gouvernement et l’administration de cette université créée par l’Eglise catholique du Congo et jouissant de la reconnaissance officielle du Saint-Siège. C’est la CENCO qui nomme le Recteur ainsi que les autres membres du Comité de direction et les professeurs à temps plein et confère la promotion à ces professeurs. La vie des étudiants est régie par un Règlement intérieur. Ils sont représentés au niveau de chaque promotion, faculté et universitaire (Conseil des étudiants). A en croire le prélat, les différentes facultés organisent régulièrement (2 fois par an) des journées pédagogiques où professeurs et étudiants examinent ensemble les problèmes qui concernent la faculté et l’Institution dans différents domaines (qualité des enseignements, vie matérielle, état d’esprit…).

 Film de la manifestation du 1er mars

Après avoir livré cet arrière-fond de l’organisation de l’Institution, Mgr Ngoy a rappelé les événements du 1er mars 2010 marqués par la manifestation des étudiants de l’UCC. D’après lui, à la suite du tapage dû à ces violents incidents, le Recteur fit entrer les délégués des manifestants dans son bureau et les reçut en présence du Secrétaire général administratif, de deux officiers de la Police et de son secrétaire. Le Vice-recteur et le Secrétaire général académique étaient bloqués en dehors de l’université à cause de la manifestation. Les étudiants, poursuit l’évêque, étaient entrés au rectorat munis d’un texte qu’ils appelaient « Mémorandum ». « Ils ne l’ont pas lu, mais chacun s’est exprimé, exposant tour à tour le contenu de leur document. C’est à la fin de leurs exposés qu’ils remettront au recteur le document. Constatant qu’il n’était pas signé, ce dernier demanda aux délégués d’en reconnaître la paternité : et chacun signa le document » rapporte Mgr Ngoy. Puis d’ajouter que le Recteur répondit largement aux six délégués, en montrant combien la manifestation était inutile au regard des revendications exposées, comment elle était illégale et donc condamnable. Puis, conclut-il, il rencontra tous les étudiants à l’amphithéâtre où il demanda aux manifestants d’attendre la réponse à leurs doléances de la présidence de la CENCO, à qui le « Mémorandum » était adressé.

 Du « Mémo » à la « Pétition » : usage de faux ! 

Dans ce document de 7 pages adressé au président de la CENCO, les auteurs y déploraient le mauvais traitement qu’ils subissent de la part de l’abbé Libambu, notamment « la suspension de payement des frais académiques pendant que l’année est en cours… », « L’interdiction d’accès au parking de l’UCC de tout véhicule appartenant aux étudiants », « l’appréciation personnelle de l’abbé Libambu au-delà du Code vestimentaire… », « Les convocations des parents », « la mise en place d’un service de renseignement et des flics qui importunent les étudiants… », « Des blâmes à des professeurs en présence des étudiants ». Au Comité de direction de l’université, ils ont réclamé la tenue correcte des installations sanitaires, la disposition de locaux d’études, etc.

Pour un visiteur externe, a assuré le président du Conseil d’administration de l’UCC, il n’y aura peut-être rien de répréhensible dans ces revendications : elles peuvent même paraître légitimes. « Toutefois, tout ce qui est mis sur la tête du Secrétaire général académique ne doit pas lui être imputé : la gestion du parking et de la garde universitaire ne relèvent pas de lui. Bien plus, il y a distorsion de la réalité : En matière du paiement du minerval, on voudrait que la date butoire soit la veille des examens de fin d’année ou même de la deuxième session. La garde universitaire est traitée de « flic » et de « service de renseignement ». Le document parle de salles de cours de 5 m² ou 4 m² pour une promotion de 180, 250, 300 étudiants ! » s’est-il exclamé.

Quant au deuxième document des manifestants, portant comme en-tête « PETITION », il a été remis le 3 mars 2010 à la Commission qui les entendait. Cependant, a fait remarquer Mgr Nestor Ngoy, il apparait que la liste des signataires dont parle le « memo » est la même pour la « pétition ». Document de 16 pages numérotées à la main, il comprend les noms de personnes avec indications de la faculté et de la promotion, et les signatures. Les signataires de la « pétition » ont leurs noms se trouvant en-dessous de trois versions différentes de textes. Ainsi donc, démontre l’évêque, ce sont ces signataires de ces trois formes de « pétition » qui sont censés être signataires du « mémo ». De toute évidence, conclut-il, entre le « memo » et ses supposés signataires, il y a eu usage de faux ; et la collecte de signatures pour la « pétition » a été faite de manière très frauduleuse avec abus de la confiance d’autrui. Car après sa découverte, le Comité de direction a procédé à l’identification des signataires. 425 signatures ont été comptées, dont 99 fictives. 326 pétitionnaires furent ainsi identifiés, sur une population de 2.681 étudiants, soit 12,15%.

 Inopportunité de la marche

En tout état de cause, ont estimé les membres du Conseil d’administration de l’UCC, les revendications contenues aussi bien dans le « mémo » que sur les versions de la « pétition » pouvaient être exprimées par les voies prévues dans l’organisation des étudiants. « Ces doléances n’avaient pas été préalablement exprimées aux autorités de l’université. Nous constatons une énorme disproportion entre les réclamations qui pouvaient être légitimes et l’organisation d’une manifestation violente et haineuse », ont-ils indiqué.

Après l’audition des petitionnaires, un à un, le Comité de direction a communiqué individuellement à chaque étudiant la sanction. La lettre contenait chaque fois les motivations et les raisons de la sanction. Sur les 326 étudiants identifiés, 279 ont été sanctionnés et 47 innocentés. Parmi ces 279, il y en a 74 qui ont été exclus définitivement pour n’avoir pas répondu à la convocation. Les 205 autres auditionnés ont été sanctionnés de diverses manières. Notamment, l’admonition sévère(22), l’exclusion temporaire de 30 jours(50), exclusion de 3 mois(12), exclusion définitive(95). Au total 169 exclusions définitives.

Les sanctions étant tombées, des étudiants exclus et même des parents ont écrit des lettres de recours gracieux adressés au président de la CENCO. Traitée chacune par le Comité de direction, de ce travail, 6 étudiants ont été réhabilités. Un bon nombre d’étudiants de 1er graduat exclus définitivement pour n’avoir pas répondu à la convocation ont vue leur peine commuée en annulation de l’année académique : ils peuvent reprendre le 1er graduat l’année prochaine. Plusieurs autres chez qui les motivations n’étaient pas suffisamment manifestes ont eu leur sanction confirmée.

Cependant, à la suite de la réunion du Comité permanent des évêques de la CENCO tenue du 15 au 18 juin dernier, les pasteurs ont décidé d’accorder une mesure de grâce en commuant la sanction d’exclusion définitive en perte de l’année académique 2009-2010. En clair, précise-t-on dans la déclaration signée par Mgr Nicolas Djomo, président de la CENCO, les étudiants concernés ne participent pas à la session des examens 2009-2010 mais ils sont autorisés à reprendre leurs études au sein de l’UCC pour l’année académique 2010-2011. Par ailleurs, cette réadmission sera assortie des préalables pédagogiques auxquels ils devront souscrire. «C’est dans le seul souci de former pour notre pays des hommes et des femmes de valeur dont notre pays a besoin que cette décision a été prise. Car l’Eglise catholique, à travers son projet éducatif, veut donner à nos jeunes de solides bases morales et spirituelles qui les aideront à choisir toujours ce qui est vrai et juste, ce qui noble et élève l’homme et à rejeter la tentation de la violence, du ressentiment, de la loi du moindre effort », a déclaré l’évêque de Tshumbe, président de la CENCO. 

Tshieke Bukasa

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