Unikin : le danger est là !

0
60

Le syndicalisme de l’Apukin est une menace pour la noblesse de notre profession

    (PAR PROF BANYAKU LUAPE EPOTU)

Dans une publication parue en 1985 aux Editions Seuil et intitulée «  Tous Ensemble pour en Finir avec la Syndicratie », François de Closel soutenait la thèse selon laquelle, le «  syndicalisme est le plus grand mal de notre époque, car il crée de puissants réseaux de pouvoir parallèle qui ne sont fondés sur aucune idéologie structurée ni sur un schéma intellectuel cohérent d’organisation pour faire l’aboutir les revendications sociales des Syndiqués et pour assurer la projection de leurs intérêts dans la dynamique sociale globale. Placé à gauche, le syndicalisme c’est un anarchisme idéologique incontrôlable et placé à droite, c’est un intégrisme social dangereux. En définitive, une corporation de la haute noblesse comme celle des Professeurs, c’est-à-dire «  l’Elite des  élites »  ne peut tomber ni dans le piège de syndicalisme aussi bien dans la logique de l’anarchisme de gauche que dans celle de l’intégrisme de droite. Car le Professeur est censé représenter dans la société, cet idéal de l’ordre social ou institutionnel et cette valeur ultime du savoir, ainsi donc, par son statut de noblesse et de référence sociale, il ne peut être ravalé à celui d’un simple Syndiqué, qui a besoin d’être aidé par un quelconque comité de Syndicat et balloté ou secoué par des tumultueuses et incessantes grèves au gré de ses humeurs inpondérées et parfois de ses propres intérêts insaisissables.

A la limite du tolérable, la corporation des Professeurs peut procéder pour une  courte durée à une « cessation momentanée de travail » pour faire entendre sa cause, généralement une cause très bien structurée dans sa présentation et très honorable dans son fondement. Mais si cette cause commence à se faire défendre à coup de grèves prolongées et répétées, cela n’honore plus la profession et sa noblesse est mise à mal. Alors dans ce cas, le Professeur syndiqué et démystifié devient un individu quelconque dans la société, descendu trop bas du haut de son piédestal. Cela étonne même ses nombreux admirateurs dans la société lesquels finissent par s’en lasser.

Dans toute l’Afrique et partout ailleurs dans le monde, la Corporation des Professeurs a la vocation de se muer en une Académie des Sciences avec ses ramifications et ses entrées imposantes dans toutes les sphères de pouvoir institutionnel  et à ce titre, elle est considérée comme le repère ou la référence magnifique de la société, la muraille d’endiguement contre la médiocrité dans la société. Ainsi, avec toute la haute  considération que d’autres corps sociaux lui réservent, le Professeur a l’obligation de se placer au-dessus de la mêlée ou de la marmaille syndiquée et il a l’avantage de se faire entendre au plus haut sommet de la hiérarchie du pouvoir et dans l’opinion globale. Si ce n’est pas le cas, alors les Professeurs doivent se renvoyer la question de savoir pourquoi et comment en est-on arrivé à cette déconsidération sociale.

De deux hypothèses, l’une doit en prévaloir sur l’autre : soit le Professeur a troqué toute la valeur de ses hautes connaissances, sa notabilité scientifique d’objectivité et son honorabilité ou sa respectabilité sociale contre quelques pacotilles de paille chez ceux qui utilisent son savoir et son pouvoir intellectuel, pendant que la société le porte très haut dans la hiérarchie  sociale. Cela ressemblerait à un suicide incompréhensible, duquel  la société entière ne peut tirer que moqueries pendant que le pouvoir se délectera de l’impuissance ainsi exprimée ; soit encore que les tenants du pouvoir à l’époque coloniale et postcoloniale avec la complicité de certains milieux académiques occidentaux ou étrangers redoutant la dynamique universitaire de la RDC et le grand génie du peuple congolais s’évertuent à anéantir son potentiel intellectuel par pur complexe ou par simple jalousie humaine pour les premiers et par objectif prospectif pour les seconds, de manière à ne empêcher la  RDC d’assumer l’autonomie de sa reproduction intellectuelle et de sa capacité de recherche universitaire.

Si dans le premier cas, la responsabilité du Professeur congolais est engagée par sa propre turpitude, parce que disposant de toutes les connaissances sur son rôle et sur les exigences sociales liées à son statut particulier dans la société, le Professeur  a les moyens et la capacité de résister contre toute tentative à son asservissement et à son anéantissement par le pouvoir ou par toute autre force extérieure.

Mais si  le second cas s’avère fondé, alors la société toute entière doit prendre la mesure du risque encouru et sous la conduite de toute l’intelligentsia et de l’élite progressiste organisée du pays, elle devra développer des stratégies appropriées pour défendre sa reproduction intellectuelle et son potentiel de recherche grâce au rétablissement du statut particulier du Professeur dans la société.

A mon sens, l’indifférence actuelle de la société face à la situation sociale dégradante du Professeur d’université tend à créditer la première hypothèse relative à sa responsabilité dans son anéantissement et son délitement presqu’irréversible. En effet, un corps  d’élite qui n’est plus pris en considération dans la société ne peut se réhabiliter par des grèves, mais par sa propre remise en question et celle de son utilité dans la société.

A la suite de la dernière grève organisée par l’Association de Professeurs de l’Université de Kinshasa, quelques questionnements s’imposent : pourquoi le cahier de charge remis au Gouvernement par l’APUKIN a été très peu argumenté et vaguement indicatif par rapport à la globalité de différentes questions qui se posent à l’université, entre ‘autres la sclérosité de nos enseignements par manque de documentation et de laboratoires, la carence de modules de recyclage pour la mise à niveau de Professeurs dans leurs spécialités respectives ? Pourquoi le corps scientifique composé de  propres disciples de Professeurs  s’est dressé contre les maîtres pour s’opposer à la grève ? Pourquoi, a-t-il fallu  l’intervention du Chef de l’Etat pour instruire le Premier Ministre de négocier l’issue de la  grève alors que le Gouvernement et le Ministère de tutelle en étaient prévenus depuis près de deux mois et l’ultimatum de l’APUKIN avait duré quinze jours sans susciter les réactions allant dans le sens de l’ouverture des négociations destinées à mettre fin à la grève ? Pourquoi les Professeurs d’autres Universités et Instituts supérieurs n’ont-ils pas accompagné  le mouvement de grève engagée sans concertation préalable avec leurs Comités exécutifs respectifs  d’Association des Professeurs ?  Pourquoi, pour la première fois, l’autorité académique de l’Université et le Ministère de tutelle se sont-ils attelés à utiliser des méthodes d’intimidation contre les professeurs, alors que les revendications de ceux-ci étaient simplement sociales, même pas académiques ? Pourquoi, enfin, le syndicalisme anarchique conduit par le comité APUKIN s’est-il soldé par un amateurisme qui a abusé toutes les bonnes consciences, au point de pousser certains observateurs à soupçonner  un appât de gains ?

A toutes ces questions, des réponses simples peuvent être données : premièrement en ce qui concerne le cahier de charges et l’isolement du mouvement de grève de l’Unikin, ainsi  que l’amateurisme et la faiblesse  du Comité exécutif de l’APUKIN lors de dernières négociations, il  y a lieu de relever que cela tient au seul fait que notre Association n’a pas été créée aux fins de revendication sociale. Et donc, la corporation s’est improvisée dans une matière de négociation sur le conflit social.

Deuxièmement, le fait que les autres Associations de Professeurs d’autres Universités et Instituts supérieurs, ainsi que les Membres du corps scientifique n’aient pas suivi le mouvement de grève de l’APUKIN tient aussi au dernier goût d’usure laissé par  la dernière grève de 2008 et surtout à la faible capacité de contacts du Comité exécutif actuel, qui pourtant affichait  des dispositions fort encourageantes. Mais en tout état de cause, les Professeurs, malgré leur élan de suivi et de solidarité face aux directives de leur comité exécutif, ne voulaient plus vraiment  de ces grèves à répétition qui les discréditent vis-à-vis des Etudiants et vis-à-vis de la société.

Troisièmement, les stratégies d’intimidation de l’autorité académique dictées par l’autorité gouvernementale relève du pur zèle et c’est tout ! Car c’est de la démesure.

Quatrièmement, l’intervention personnelle du Chef de l’Etat dans la recherche des solutions à la situation sociale des Professeurs s’explique par le déficit constaté dans la conduite des négociations depuis le déclenchement de la grève jusqu’à son enlisement pendant deux mois, alors que les solutions trouvées aujourd’hui auraient pu intervenir à temps et éviter ce flottement de l’année académique.

Revenant sur l’historique  de l’Association des Professeurs de l’UNIKIN, nous pouvons relever qu’au départ avec les deux Comités Tshula et Sabakinu, l’Apukin  se voulait une organisation normative tendant vers une Académie de Sciences, du même genre  normatif que l’ Ordre de Médecins et le Barreau des Avocats, chargée de veiller à la protection et la promotion de l’ordre académique et scientifique dans la profession des Professeurs, ainsi qu’à la requalification pour leur mise à niveau par rapport aux autres Universités. 

En effet, après la volonté manifestée par le régime Kabila dès 1997 d’améliorer les conditions des Professeurs  jusqu’à proposer un salaire minimum équivalent en francs congolais de  4000 Dollars US  au taux réel et avec probabilité d’une augmentation progressive , la préoccupation fondamentale des Professeurs devenait ainsi celle de doter l’Université congolaise d’une Académie qui se développerait à partir du mouvement associatif des  Professeurs pour veiller à une qualité de nos universités par la performance de nos enseignements  et par la poursuite de la recherche du niveau hautement productif et internationalement compétitif.

L’Association des Professeurs de l’Université de Kinshasa  reproduite dans d’autres Universités et Instituts Supérieurs n’avait pas une vocation initialement Syndicale mais plutôt celle d’une Corporation  chargée de mettre de l’ordre, la discipline et d’instaurer ou maintenir la qualité et la rigueur nécessaire dans la profession des Professeurs pour imposer leur respectabilité sociale et leur productivité intellectuelle et scientifique. Il en fut ainsi jusqu’au dernier constat de la dégradation cruciale de la situation sociale des Professeurs. Le volet syndical s’est surtout imposé avec le Comité Kabamba lorsque la dépréciation de la monnaie subséquente à la crise internationale vint réduire le pouvoir d’achat des Professeurs de  manière drastique. La grève des Professeurs menée à bras-le corps pendant près de quatre mois a créé un sentiment d’usure et de frustration, car les résultats ne furent pas à la hauteur des attentes des Professeurs.

Avec le Comité Kitombole, l’Association des Professeurs s’est vue vider de toute sa vocation  d’Académie et de toute sa substance d’élitisme, malgré le volontarisme affiché par les Professeurs pour une vision d’excellence académique et de magnificat  scientifique. L’Association des Professeurs s’est donc retrouvée bien réduite à la portion congrue au point d’être ravalée à une simple organisation syndicale spécialisée dans les surenchères de grèves.

Ainsi donc, l’Association des Professeurs de l’UNIKIN  et celles d’autres Universités et Instituts Supérieurs se sont toutes rabattues sur le volet syndical et se sont donc faites rattraper par les maux du syndicalisme, c’est-à-dire surenchères et  spéculations sur les revendications sociales au seul gré ou profit de Syndicalistes généralement avides de gains personnels et incommodes pour l’intérêt général.

A ce dernier point précis, François de Closel dans son ouvrage sur la syndicratie note qu’il n’y pas pire peste sociale que les syndicalistes en divagation et en acharnement  pour leurs intérêts personnels au nom immolé et pour le compte sacrifié de ceux dont ils sont censés défendre les intérêts, c’est-dire les Syndiqués. En effet, poursuit-il sa réflexion, les Syndicalistes portés au plus haut rang de représentation élective par leurs pairs et collègues comme Interlocuteurs crédibles et valables se révèlent comme une pègre à la merci de l’Employeur pour de dividendes personnels tirés grâce à la naïveté des autres Membres et à l’usure de grévistes poussés à l’exaspération.

Aussi parfois,  l’arrogance tirée de la puissance de l’Employeur accorde aux Syndicalistes l’autorité sur les Syndiqués profitant surtout  de l’ignorance de ces derniers sur les matières en négociation. Ce qui permet  aux Syndicalistes de développer  des allures  moins transparentes dans l’exposé des termes de négociation, moins persuasives dans la présentation de leur argumentation fondamentale et des allures plus agressives et plus autoritaires vis-à-vis de leurs Membres ou mandants primaires.

Ainsi, conclut François Closel dans son ouvrage précité, qu’ à  ce point, le syndicalisme devient un  grand danger social, en ce qu’il donne lieu à la montée sur scène de négociations très sensibles et parfois avec une certaine dose politique , des personnes avides d’influence et d’accommodement pour leur propre prestige ou pour un leadership tronqué.

Les Syndicalistes  acquièrent ainsi dans le conflit professionnel le statut de leader sans aucune performance personnelle, sauf celle d’être mandaté  ou choisi par les Membres pris ou envoûtés  par l’ enthousiasme corporatiste et  au service du clientélisme  syndicaliste.

Les efforts consentis par l’ Association des Professeurs de l’Unikin aussi bien pour la formation de nos jeunes étudiants que celle de leurs disciples apprenants et la noblesse de leur corporation invitent  à croire que l’approche syndicaliste ne s’accommode pas  à l’intégrité de leur profession et à la hauteur de leur niveau de compréhension de grandes questions de société et de la  symbolique d’ excellence académique, ainsi que de leur qualité éprouvée de chercheur ou de guide éclairé du savoir pour l’avenir de la société.

Aussi peut-on estimer qu’avec la haute stature, la grande référence académique et la notoriété scientifique, il est interdit aux Professeurs le recours à toute manifestation qui permet de douter de leur rang élevé dans la société. Jadis, personne ne pouvait s’imaginer des Professeurs en grève pour une revendication sociale. S’il en est le cas aujourd’hui, c’est parce que la médiocrité sociale a supplanté l’intelligence sociale et donc Adieu la société de qualité et de moralité exemplaire.

Même si la négociation n’a pas bien abouti, personne ne croirait encore que les Professeurs de l’Université de Kinshasa relanceraient la grève déclarée aujourd’hui en suspension.

Pour de nombreux Professeurs de l’UNIKIN responsables et conséquents de leur engagement à la cause noble de leur corporation et de leur profession, c’est peut-être la dernière grève insolite dans leur respectable Alma Mater. Car, ils refusent de se retrouver comme de simples et pauvres Syndiqués à la merci et au seul profit des syndicalistes manifestement immatures. Ils souhaiteraient revenir à la vocation première de l’APUKIN ancrée dans la transmission de la haute connaissance par les Professeurs, et préféreraient que les problèmes relatifs aux revendications sociales fassent l’objet d’études et propositions dans des Commissions ad hoc mieux préparées à cet effet.

En outre, nombreux Professeurs souhaiteraient-ils que la composition du Comité Exécutif de l’APUKIN se fasse par représentation facultaire, pour éviter la prédominance des Membres d’une Faculté par rapport à d’autres, comme c’est le cas avec le Comité exécutif actuel. En effet, ce dernier est composé de cinq Membres, dont trois Membres sur les cinq sont de la seule faculté de Sciences et laquelle faculté a développé d’autres facultés de savoir et connaissances que celles de bien mener les négociations sur les questions sociales et humaines.

Si le protocole a été mal négocié par le Comité exécutif actuel de l’APUKIN, il appartient à la corporation de tirer toutes les conséquences. Car, en procédant par l’absurde, aucun pouvoir politique et institutionnel issu des élections ne peut se suicider devant des grèves à répétition qu’il peut à juste titre considérer comme une déstabilisation politique par voie de revendication sociale fourbe.

Et donc, le deuxième semestre de l’année 2010 étant un prélude des échéances politiques de 2011, aucun pouvoir responsable ne peut se permettre de se faire déborder ou tolérer la spéculation des grèves à souhait  pour cause d’issues ratées par la faute de mauvaises négociations.

C’est le sens de l’intervention personnelle du Chef de l’Etat et de son instruction donnée au Gouvernement  pour trouver une solution aux revendications sociales et statutaires fort légitimes des Professeurs de l’Université de Kinshasa, d’autant plus que celles-ci ne portaient pas atteinte à l’ordre public et à la légitimité des instituions issues des élections. Donc, de son point de vue, le Gouvernement avait  les moyens et les possibilités immédiates ou lointaines de satisfaire partiellement ou entièrement les revendications des Professeurs des Universités et Instituts Supérieurs. 

Même dans le cas où les termes du protocole signé entre l’APUKIN et le Gouvernement accusent de ratés comme par exemple  le dossier véhicule avec des pickups uniformes de double cabines qui préfigurent un encombrement malsain et un étouffement incommode du site  universitaire par ces longs véhicules.

Imaginez-vous un seul instant l’image d’ un campus infesté de près de 500 pickups uniformes et à double cabines climatisées devant les allées centrales des facultés et des auditoires ou encore rangés au Bâtiment Administratif de l’Unikin derrière les pickups du Recteur de l’Université, du Secrétaire Général académique, du Secrétaire Général Administratif, de cinq Membres du Comité de l’Apukin en séance de travail et  faisant suite au pickup du Ministre de Tutelle accompagné de tous les Professeurs Membres de son cabinet, de Doyens, de Chefs  de Départements de l’UNIKIN, de l’ISTEM et d’ailleurs ! N’est-ce pas que cela ferait désordre à la vue de ce spectacle désolant et indécent pour l’hygiène environnementale, surtout s’ il s’ajoute des bidons d’eau et d’enfants de papa en arrière de cabine ?

Mais malgré cette incommodité fort probable, il faut retenir que tout ce que le Comité Exécutif de l’APUKIN a obtenu du Gouvernement reste un accord valable aux yeux des Professeurs, même s’il apparait par la suite de l’inconfort fort imaginable.  cela aurait été le fait de la simple turpitude des négociateurs du Comité Exécutif de l’APUKIN et du Ministère de tutelle et on n’y reviendra  plus.

Pr Banyaku Luape

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

*