Un réseau de trafic d’êtres humains entre Kinshasa, Bandundu et Kikwit

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Aéroport international de Ndjili. Depuis quelques temps, on ne peut qu’être agréablement surpris de constater que le contrôle à l’embarquement des mineurs et des fillettes à bord des aéronefs en partance pour l’étranger, est devenu rigoureux. Les agents de services d’immigration désormais plus pointilleux quand il s’agit des voyages d’enfants non accompagnés, ou se déplaçant en groupes, et de jeunes filles, filtrent les passagers encore en bas âge comme si on tamisait des grains de riz. Les documents et autres titres de voyage sont passés au peigne fin. Cette surveillance plus accrue, comme il faudrait le souligner, a été décidée par les autorités nationales, à la suite de l’affaire de trafic de jeunes filles et garçons exportés au Liban, dévoilée dernièrement à l’Assemblée nationale, par le mécanisme d’une motion d’information, et qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive.
 A cette occasion, on a été ahuris d’apprendre, au cours de cette séance plénière que la sortie de ces jeunes filles hors des frontières de la RDC, a été organisée par des membres d’un puissant réseau de trafic d’êtres humains, opérant à Kinshasa et au Liban. D’abord, sous prétexte qu’ils allaient suivre une formation offrant des opportunités d’embauche à l’étranger, dans plusieurs filières techniques et professionnelles. Ensuite, au Pays des Cèdres, un montant de près de 2.500 dollars perçu, ces jeunes gens majeures pour la plupart, seront recrutés comme travailleurs dans des exploitations agricoles, des manufactures ou comme domestiques ou esclaves sexuels dans des clubs fermés de proxénétisme.
Cette affaire aussi scandaleuse que troublante a bouleversé toutes les consciences, et des voix se sont levées pour réclamer non seulement une enquête sérieuse, mais la traque de tous les membres de ce réseau se la coulant douce dans les terrasses huppés de Kinshasa. Certes, le dossier avait fait grand bruit. Toutes les autorités scandalisées, ont déploré comment les services n’avaient pas pu détecter à temps, les nombreux voyages des victimes. Et depuis, les investigations piétinent si elles n’ont pas été entravées par des interventions intempestives d’une main noire décidée à couvrir les méfaits.
La nouvelle affaire qui dévoile l’existence d’autres réseaux de trafic d’êtres humains
Voici qu’au moment où une chape de plomb recouvre cette enquête, une autre affaire de trafic d’êtres humains vient d’être révélée dans la province de Bandundu, par l’Eglise catholique. Elle concerne cette fois plus d’une dizaine d’enfants que des trafiquants, aujourd’hui en cavale, avaient prétendu avoir acheté auprès de leurs parents. Ce trafic d’êtres humains qui avait pour champ de prédilection la ville de Kikwit et les territoires de Bulungu et Gungu, ne daterait pas d’hier. A en croire le rapport de la commission diocésaine «  Justice et Paix »,  ce commerce de la honte a été dénoncé depuis l’année passée, quand bon nombre des parents recherchaient partout, leurs enfants portés disparus pendant des mois. L’affaire a été portée en son temps, à la connaissance des responsables locaux de l’ANR et du parquet de grande instance de Kikwit. On ne sait pas quelle a été la suite qui lui a été réservée.
 A notre consoeur Radio Okapi, Arsène Ngondo, président de la commission précitée, a indiqué qu’après avoir saisi les autorités politico-administratives à travers leurs services, ils ont procédé à leurs frais, et avec l’appui matériel de certaines structures, à la restitution des enfants arrachés aux trafiquants à leurs parents. Ces gosses avaient entre une année et dix ans, et étaient tous bien portants, a indiqué une autre source. L’on retient avec beaucoup de recul que le père jésuite Henri De la Kethule est de ceux qui n’ont pas cessé de dénoncer ce commerce d’êtres humains organisé, selon lui, depuis neuf mois entre trois villes : Kinshasa, Kikwit et Bandundu. Et d’ajouter que les auteurs de ce trafic ont convaincu certains parents de leur confier leurs enfants, parce qu’ils seront pris en charge par un orphelinat. Ce qui était faux, car leur  objectif était de les vendre aux plus offrants. En juin dernier, note par ailleurs Radio Okapi, treize enfants, au départ seize, tous originaires de la province de Bandundu, avaient pu échapper aux membres du réseau basés à Kinshasa.
Ils seront recueillis par leurs familles, après qu’ils aient été retrouvés les uns à Kikwit, un groupe à Idiofa et les autres à Gungu, où une organisation caritative fictive prétendait les prendre en charge, notamment en assurant leur scolarité, et leur encadrement dans des maisons d’accueil dans la capitale congolaise.
            Malgré la sonnette d’alarme tirée depuis l’année dernière, le même phénomène de trafic d’êtres humains a été également observé cette année.  Et chaque fois, c’est dans la catégorie sociale comprenant des enfants de deux sexes âgés entre une année et 20 ans que les réseaux tentaculaires de trafic d’êtres humains ciblent leurs victimes privilégiées. Voilà une autre affaire de commerce d’êtres humains qui requiert des investigations plus approfondies et pour laquelle les autorités politico-administratives doivent s’assurer de la régularité et de la légalité des missions caritatives exercées par certaines organisations non gouvernementales. Ne serait-ce pas là un arbre qui cache la forêt !
                                                                                                     J.R.T.

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