Un nouveau jour pour les enfants d’Afrique

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(DR FRED WERE, PRÉSIDENT NATIONAL DE L’ASSOCIATION DES PÉDIATRES DU KENYA)  

En Afrique, nous savons à quel point la vie est fragile. Trop de nos enfants sont emportés par la maladie avant même d’avoir atteint l’âge de cinq ans. La pneumonie compte au nombre des infections les plus redoutables, mais nous disposerons bientôt d’un vaccin pour enrayer sa course. 

En tant que pédiatre, j’attends impatiemment le moment où nos enfants pourront bénéficier des tout derniers vaccins, les plus modernes, en usage en Europe. Cela peut généralement prendre entre 15 à 20 ans. Mais cette semaine, alors que nous commémorons la Journée mondiale de la pneumonie, j’ai bon espoir qu’un vaccin qui nous permettra de sauver la vie de nos enfants, est désormais à notre portée. 

            En janvier, le Kenya commencera à vacciner des nourrissons contre la maladie pneumococcique grâce à un mécanisme de financement révolutionnaire, l’Advance Market Commitment ou AMC.

 Introduit en Europe il y a moins de deux ans, le vaccin Synflorix de GlaxoSmithKline sera le premier vaccin récemment mis sur le marché à être disponible aussi rapidement en Afrique. Un nombre croissant d’enfants sur le continent pourra être immunisé contre cette maladie dès lors que d’autres pays africains en feront la demande. 

            L’AMC permettra non seulement aux pays africains de disposer d’un vaccin anti-pneumococcique en un temps record, mais aussi de réduire le prix de ce vaccin d’environ 90 % en moyenne. Ceci, grâce à une coalition de donateurs internationaux composée de l’alliance GAVI, la fondation Bill & Melinda Gates et des gouvernements britannique, canadien, russe, norvégien et italien. Ce groupe de donateurs, associé à un engagement de livraison sur 10 ans, nous permettra de disposer d’un des vaccins les plus complexes et les plus perfectionnés au monde. 

            La vaccination est de loin le moyen le plus efficace d’éviter que les enfants meurent d’une maladie pneumococcique, l’une de principales causes de pneumonie. Lorsqu’un enfant est malade en Europe ou aux États-Unis, on l’emmène rapidement chez un médecin. Dans mon pays d’origine, le Kenya, j’ai vu trop d’enfants mourir faute d’avoir pu se rendre à temps dans un centre de soins. On les voit arriver, déshydratés, sans énergie, avec beaucoup de difficultés à respirer. Je sais ce que j’ai à faire, mais je manque parfois d’oxygène et de perfusions nécessaires pour les sauver. Ce cas de figure n’est que trop courant dans de nombreuses régions d’Afrique. Sans vaccin, la pneumonie continuera à décimer les enfants à travers le monde, faisant une victime toutes les 20 secondes. La plupart sont africaines.  

            Le vaccin anti-pneumococcique aura un impact énorme et contribuera à sauver la vie de centaines de milliers de personnes en Afrique, d’autant plus qu’il peut aisément être administré parallèlement avec les vaccins existants pour enfants. Ces dix prochaines années, GlaxoSmithKline et Pfizer fourniront environ 600 millions de doses de vaccin anti-pneumococcique aux pays les plus pauvres du monde. D’autres fabricants de vaccins devraient se joindre à eux dans les années à venir. Globalement, l’AMC devrait permettre de sauver sept millions de vies humaines au cours des 20 prochaines années. 

            Mais le vaccin pourrait sauver beaucoup d’autres enfants. Nous devons travailler de concert pour que chaque enfant qui en a besoin sans délai puisse en bénéficier. En RDC, environ 77 % des enfants sont systématiquement vaccinés. Fixons-nous l’objectif d’augmenter ce taux et de faire bénéficier chaque enfant d’un vaccin susceptible de lui sauver la vie. Nous devons faire de la formation et de la fidélisation du personnel de santé une priorité et aussi créer des centres de vaccination pour atteindre les enfants des régions reculées du pays. 

            À l’instar du Kenya, les nations africaines devront également demander avec plus d’insistance pour bénéficier de vaccins anti-pneumococciques par l’intermédiaire de l’AMC et faire le nécessaire pour que chaque enfant puisse en bénéficier. Globalement, nous avons besoin d’un engagement plus fort des pays donateurs, tels que ceux ayant contribué au financement de l’AMC, pour que tous les enfants qui en ont besoin sans tarder puissent recevoir le vaccin, où qu’ils vivent. 

            C’est un moment historique que nous vivons. Dans quelques semaines seulement, des premiers bébés africains recevront une dose d’un nouveau vaccin anti-pneumococcique vital. Pour la première fois depuis 20 ans que j’exerce le métier de pédiatre, je suis convaincu que nous allons pouvoir protéger nos enfants contre la maladie pneumococcique. J’imagine déjà une Afrique où tous les enfants vivront suffisamment longtemps pour fêter leur cinquième anniversaire. 

            Le Dr Fred Were est président national de l’Association des pédiatres du Kenya. Il est également membre du Sabin Vaccine Institute’s Pneumococcal Awareness Council of Experts (PACE).

 

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