Un malaise politique sérieux

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On a beau s’en cacher ou en parler à mots couverts, en usant d’expressions nuancées. La coalition au pouvoir n’est plus aussi soudée qu’elle l’était lors  de sa fondation il y a 4 ans. Il y a toujours un temps d’incubation d’une maladie avant l’apparition de ses symptômes. L’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) est arrivée à ce stade visible de la manifestation du mal qui la ronge, et qu’on ne saurait plus dissimuler étant donné que la période d’incubation est révolue. L’annonce de la création du « Centre libéral et patriotique » (CLP) qui a fait grand bruit dans les sphères officielles ainsi que dans les cercles politiques et dans les médias, ne serait pas, si l’on y réfléchit bien sans passion ni préjugés, un coup de tête. Qui sont ses initiateurs ? Des personnages parmi lesquels figurent ceux qui passent pour de grands ténors de la coalition, des têtes pensantes de la première heure. Olivier Kamitatu, Nyamuisi Antipas, José Endundo, Modeste Bahati, comptent parmi des hommes de premier plan de l’alliance. Ils entrent en dissidence voilée déguisée en un club libéral et patriotique de réflexion et de stratégies évoluant apparemment au sein de la coalition. Ce sont les travaux d’approche visant indirectement et subtilement la remise en question de la configuration originelle de la coalition.

On ne peut pas s’en étonner outre mesure, du moins pour ceux qui ont de la mémoire et observent bien l’évolution de la situation politique dans ce pays. Avant l’annonce de la création de ce centre libéral et patriotique, il y avait déjà eu des faits et gestes préliminaires d’un vent de fronde qui se dessinait au sein de la coalition. Des interviews retentissantes diffusées dans les médias tant étrangers que nationaux.

 Un malaise politique était alors en train de déferler sur les bancs de la majorité. Ceux qui étaient distraits jusque-là pouvaient s’en rendre compte à l’occasion de la motion de censure contre le Premier ministre Adolphe Muzito, retirée in extremis par l’opposition et qui contenait des signatures de certains députés de la majorité pour atteindre le chiffre numériquement supérieur à celui des élus de l’opposition toutes ses composantes réunies. C’est une détermination commune à se démarquer habilement de la coalition pour les besoins du dédouanement en prévision de prochaines échéances électorales. Ce malaise politique est si sérieux que le leadership de la coalition s’est finalement senti interpellé. On a parlé d’une réunion de tous les lieutenants et les hommes de troupe rassemblés à la ferme présidentielle dans la banlieue de la ville de Kinshasa.

C’est au cours de cette réunion au sommet de la hiérarchie qu’on a cherché à se concerter sur l’état du linge sale déjà lavé en public. Il fallait à tout prix tenter de sauver les meubles. Les promoteurs  du « Centre libéral et patriotique » ont été mis en demeure de renoncer à leur démarche d’ici le 4 juin 2010, soit ce vendredi. Une sorte de dilemme qui se situe  d’un côté comme de l’autre. Les initiateurs de la démarche condamnée par la hiérarchie ont finalement cédé, conscients de perdre volontiers la face. Leur action n’aurait-elle pas été mûrement réfléchie au départ ? Ils se sont ainsi gardés d’embarrasser le leadership qui se serait vu alors dans la désagréable obligation de les sanctionner à son corps défendant. Mais malgré ce dénouement de cette affaire, il s’ensuit que la confiance mutuelle, la solidarité et la cohésion au sein du cartel gouvernant sont déjà entamées. Les « réformistes » proclamaient leur attachement à l’alliance et leur fidélité à son Chef, leur démarche ayant eu en apprence pour objectif le départ du Premier ministre Adolphe Muzito. Cela impliquait naturellement la reconfiguration de la coalition, à moins que le remplaçant éventuel de Muzito ait été à « pêcher » dans le même vivier du Palu. Là aussi rien n’était moins sûr pour en déduire que l’orage qui s’est déchaîné pourrait s’apaiser.

Mais le soubassement vraisemblable du vent de fronde apparaissait comme le souci de crédibiliser la plate-forme en perte de vitesse à cause des promesses électorales de 2006 dont elle ne s’est pas correctement acquittée, selon la clameur des frustrations qui retentit de toutes les couches sociales. C’est pour cela que la motion de censure de l’opposition a bénéficié des signatures de certains députés de la majorité, accusant l’équipe Muzito d’immobilisme dont ils risquent tous de faire les frais lors de prochaines grandes échéances politiques. Tout bien considéré, l’argument d’accusation ne tient pas débout, étant donné que ce passif qu’on juge trop lourd incombe à tout le système, et pas seulement au gouvernement Muzito. Le chef du gouvernement n’est que l’élément visible à la merci d’autres plus importants cachés de l’iceberg. Il doit y avoir des non-dits, des raisons inavouées qu’on ne se communique qu’en confidence à voix basse. Piliers et animateurs du système dès le début de sa mise en train autant que les autres, les « libéraux patriotes » ont leur bonne part de responsabilité dans ce passif qu’ils dénoncent. Leur rétractation qui n’est pas spontanée alors qu’ils s’étaient engagés trop ouvertement dans leur démarche, ne dissipe pas totalement le malaise politique qui couve au sein de la coalition. On finira par sentir la nécessité de se remettre en question. 

Jean N’Saka Wa N’Saka

Journaliste indépendant

 

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