Un écrivain congolais plaide pour la justice en faveur des victimes

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est congo victimesSous la théorie de la hiérarchisation des races, idée déjà très répandue à l’époque des conquêtes des continents, et dans la logique d’une prétendue suprématie jamais confirmée scientifiquement, de la race blanche sur la race noire, quelques explorateurs, scientifiques et dirigeants de l’entreprise de colonisation en Afrique, mal inspirés, avait participé au prélèvement des échantillons de quelques Africains ensuite acheminés en Occident où ils étaient exposés dans des musées. Et un pygmée congolais s’était même retrouvé enfermé dans une cage avec des singes et exposé dans un zoo américain, comme une bête sauvage. Aujourd’hui avec le recul du temps, on se demande si dans la recherche de la justification de cette théorie, on n’a pas soumis quelques Noirs à des expériences scientifiques sordides.

 L’écrivain congolais Truman Ngimbi Kalumvueziko qui rappelle cette affaire aussi bouleversante que scandaleuse tirée de l’histoire de la colonisation belge en Afrique, dans un ouvrage interpellateur et critique intitulé «  Le Pygmée congolais dans un zoo américain », sur les traces d’Ota Benga, publié par les éditions L’Harmattan, en octobre 2010, plaide aujourd’hui, pour que justice soit faite à cet homme arraché à l’époque à son territoire, la forêt équatoriale, et à l’affection des siens et de ses semblables, et à tant d’autres, aujourd’hui oubliés.

Dans une communication téléphonique que nous avons eu avec lui, la semaine passée, Truman Ngimbi tient à ce que réparation soit faite pour  cette forme d’exploitation servile et honteuse de l’être humain congolais par la puissance coloniale, qui ne s’est pas limitée à utiliser des Noirs comme des «machines humaines» au service du développement économique de la colonie. Mais elle est allée au-delà de l’intolérable, de l’insupportable et de l’inimaginable: exhiber un être humain comme objet d’exposition pour faire gagner beaucoup des recettes au zoo. Ngimbi Kalumvueziko tient aussi à la réparation de cette humiliation de manière solennelle et se fait le porte-parole des milliers de compatriotes d’Ota Benga, ce pygmée congolais.

Pour la petite histoire, Ota Benga, originaire de la région du Kasaï, au centre du Congo, avait effectué un premier voyage aux Etats-Unis, en 1904, au sein d’un groupe de pygmées et d’ «êtres étranges » (des géants, des nains, des individus très noirs…) et autres spécimens des peuples dits «naturels» prélevés dans plusieurs endroits de la planète terre pour être exhibés à l’Exposition internationale de St Louis, dans l’Etat de Missouri, aux Etats-Unis. Ramené au Congo après la manifestation foraine, il revint aux Etats-Unis en 1906, dans la suite de l’agent spécial de l’exposition, Samuel Phillips Verner. C’était le voyage du non retour, car les autres pygmées étaient restés au Congo, après l’exposition.

Ce pygmée célèbre vécut aux Etats-Unis jusqu’à sa mort. Pendant dix années, il fit non seulement la joie des curieux qui voulaient découvrir un nain, mais suscita des protestations énergiques des milieux religieux noirs américains et autres, opposés à l’exposition d’un être humain dans un jardin zoologique. L’histoire rapporte qu’il fut placé par la suite dans des orphelinats des enfants noirs dans la région de New York, avant d’être transféré à Lynchburg, à environ 250 kilomètres à l’Ouest de Washington, district de Columbia, dans l’Etat de Virginie, où on lui apprit à lire et à écrire, et où il reçut son baptême chrétien.

Après dix années de désespoir, le pygmée Ota Benga se suicida

Kalumvueziko, qui décrit son parcours, non sans une pointe de compassion mêlée de révolte, indique que son compatriote, le pygmée Ota Benga, désespéré de ne plus regagner son Afrique natale et de s’intégrer dans la communauté noire de Lynchburg, se suicida un beau matin de 1916. Il fut inhumé dans la plus grande discrétion, sans honneur. Ses traces furent perdues pendant près d’un siècle. Aujourd’hui, plusieurs organisations ont été créées aux Etats-Unis pour perpétuer sa mémoire. Et il est possible que dans les années à venir, des programmes de cette commémoration soient organisés.

Si on rappelle les massacres et les mutilations des travailleurs des exploitations coloniales dont des tueries et l’amputation des membres pour production insuffisante du caoutchouc, de l’huile de palme, du café, du cacao et autres produits miniers, on est en face d’un pan important de l’histoire de la colonisation belge qui dévoile des horreurs et appelle à une réécriture sans complaisance du passé de l’Afrique.

            Ce qui est surprenant est que cette histoire du pygmée Ota Benga est totalement inconnue des milliers de ses compatriotes et de la communauté noire du monde. Aussi il est temps que les historiens puissent se réveiller et dépoussiérer les archives coloniales, afin de retrouver les traces et les parcours d’autres Ota Benga, perdus dans les oubliettes des bibliothèques occidentales.

            C’est là le mérite de l’écrivain congolais Truman Ngimbi Kalumvueziko qui estime que l’Afrique dispose aujourd’hui, d’éminents scientifiques pour réécrire son histoire et donner aux générations futures, toute la lumière sur la marche du monde, les contacts entre les peuples, les périodes glorieuses et sombres de la colonisation, et les dessous de la coopération entre les Etats, de la colonisation à nos jours.

            Il est convaincu que si son ouvrage peut susciter des débats profonds, orienter les chercheurs vers des points non explorés de l’histoire africaine, il aura rendu de précieux services aux Noirs du monde entier, qui ont encore beaucoup des choses à découvrir quant à leur passé, aujourd’hui non reconstitué à la suite des aléas de la tradition orale.

                                                                                                                  J.R.T.

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