Un district orphelin d’appui et une campagne parsemée d’obstacles

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Toutes les autorités sanitaires, tant au niveau national que provincial, connaissent actuellement le calvaire qu’endure la ville diamantifère de Tshikapa à cause de l’épidémie de la poliomyélite qui la frappe depuis 2010. Jadis prospère et très fréquentée à cause de ses activités d’exploitation minière, particulièrement de diamant, elle est retombée à l’heure actuelle au niveau d’une simple agglomération, sans grand impact sur l’économie nationale. La cause est connue : le diamant se faisant rare, ses acheteurs – nationaux et expatriés – ont déménagé. Car il faut des investissements plus importants pour continuer l’exploitation en profondeur. Des moyens que les creuseurs artisanaux ou le commun d’exploitants n’ont pas. Les activités économiques aussi ont suivi la courbe descendante au détriment de l’animation de la ville. La paupérisation de la grande masse ne devient que plus palpable. Profitant de cette conjoncture économique, la polio est venue frapper le district et la ville de Tshikapa, choisissant de préférence les ménages les plus vulnérables du point de vue social et économique.

 

         Cette précarité sociale est ressentie dans les services de santé du district, particulièrement dans la vaccination de routine, dans la surveillance des épidémies au niveau des zones de santé et même dans le déroulement de diverses campagnes de vaccination dont celle qui vient d’avoir lieu du 24 au 26 février 2011. Le district sanitaire de Tshikapa n’a pas les moyens d’assurer la couverture sanitaire de sa population, parce qu’il subit une forme de discrimination. Aussi bien en 2010, lors des campagnes provoquées par la réapparition du Poliovirus sauvage de la polio dans le district que lors de la dernière campagne, un même constat : les couches les plus pauvres sont aussi les plus exposées.

 

Tshikapa exclu du Plan national de développement sanitaire

 

         En plus, une évidence saute aux yeux : le district sanitaire de Tshikapa et  ses neufs zones de santé – en dehors de maigres moyens que leur alloue le gouvernement – ne bénéficient  d’aucun appui des partenaires de la santé, à  l’exemple d’autres districts qui sont régulièrement bien équipés. C’est un district abandonné depuis longtemps. En plus, les médecins et responsables de ce district ont confié à notre journal que celui-ci ne figure même pas dans le fameux Plan national de développement sanitaire (PNDS). La raison est simple : le critère d’éligibilité exige qu’un district ou une zone de santé ait au préalable l’appui sanitaire d’un partenaire en développement. Les médecins et responsables sanitaires du district ne cessent de dénoncer un tel critère qui fait « qu’à ceux qui ont, on donnera davantage et à ceux qui manquent, on leur enlèvera même le peu qu’ils possèdent ».

         A la question du Phare de savoir le pourquoi d’un tel critère, il lui sera rétorqué que le gouvernement évite, dans ce programme, de partir à zéro, c’est-à-dire, là où il n’y a aucun effort de développement. Cela fait que ce district est orphelin, abandonné. Cela serait sans doute la raison de la récurrence du fléau dans cette partie du territoire national. Mais à quelque chose malheur est bon : le retour de cette épidémie a obligé le gouvernement et les partenaires au développement à accourir à Tshikapa, et particulièrement dans les zones de santé possédant un nombre élevé de malades.

 

L’analphabétisme se mêle à la précarité contre la vaccination

 

         Le déroulement des activités de la vaccination n’a pas été sans difficultés sur terrain et les vaccinateurs n’ont pas rencontré que des familles dociles. Cela se faisait sentir à chaque réunion d’évaluation sanctionnant la fin d’une journée de vaccination. Au total deux réunions quotidiennes à deux niveaux : au niveau du district et au niveau de chaque zone de santé et chaque fois en présence des délégués du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef), venus de Kinshasa et de Kananga se rendre compte des activités de vaccination. Ces diverses évaluations ont révélé une résistance récurrente, provoquée par les sectes ou les convictions religieuses, heureusement vaincues après moult tractations, impliquant parfois les plus hautes autorités de la place, à savoir le maire, les bourgmestres, le médecin chef de district, les médecins chef de zone de santé, etc.. Certains membres de ces sectes, particulièrement celle des « Baba » (apôtres en Tshiluba) sont allé jusqu’à suggérer l’isolement des enfants dans un lieu de prière (appelé tshipela en Tshiluba) pour les « protéger » contre le vaccin.

         Dans le lot, le maire de Tshikapa, Kabulu Mputu Laurent a regretté la récidive d’un expatrié asiatique qui, pour la seconde fois, a fait obstacle à la vaccination de son fils, obligeant la DGM et la mairie d’intervenir pour régulariser la situation. Dans les familles modestes et particulièrement chez les parents peu instruits, le refus de faire vacciner leurs enfants se basait aussi sur la peur de voir l’enfant vacciné attraper la fièvre ou mourir alors qu’ils n’ont même pas un sous pour manger. Mais les explications convaincantes des infirmiers, des vaccinateurs et des prestataires sanitaires parvenaient toujours à termes de ces dénégations : il est difficile à un parent d’imaginer son enfant prostré pour la vie à cause du polio.

 

SAKAZ (Envoyé spécial à Tshikapa)

 

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