Un colonel à la tête d’une bande des malfaiteurs

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Au mois d’avril dernier, l’opinion congolaise retenait son souffle quand la police désignait dans un groupe des voleurs à main armée appréhendé à la suite de la série des braquages des véhicules à Kinshasa, un officier supérieur des Fardc. Jean François Kitoko,  colonel de son état, n’était pas présenté comme le souteneur de la bande,  mais en tant que chef de bande. C’était lui, l’homme qui planifiait et dirigeait les opérations sur le terrain.

A en croire un de ses acolytes, le premier sergent Idi Ndongala, il était à la tête du groupe à tous les coups. Aujourd’hui, cette bande serait toujours en détention préventive à la Prison centrale de Makala où ses membres méditent sur leurs différents crimes et le sort que pourront leur réserver les juges de la Cour militaire de garnison de la Gombe.

Si pour certains officiers supérieurs indignés, le colonel Kitoko Sumbu n’avait plus sa place au sein des Fardc, à la suite de son comportement  rép-réhensible, on ignorait toute la fascination qu’exerçait cet homme sur ses autres compagnons d’armes. C’est impensable. On ne peut s’expliquer comment aujourd’hui, un autre colonel a pu emboîter le pas à Kitoko Sumbu. Pourtant, ils ne font pas partie d’une même unité, et ne se fréquentent pas.

Eric Mboyo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a été trahi par une fuite d’information au sein de sa bande, à la suite de son refus de partager le butin. Un matin, les services du Bataillon de la police d’investigations criminelles recevaient un informateur occasionnel. Objet de sa visite : donner des informations sur un véhicule en circulation dans la ville de Kinshasa et détenu par un colonel. Cette voiture, une Mazda 323, de couleur rouge, immatriculée KN 7524 BK, avait été arrachée à un chauffeur. La décision d’exploiter cette information est prise sur le champ.

Immédiatement, des investigations sont lancées sur cette piste. Les résultats sont ahurissants. Le propriétaire contacté par les enquêteurs de la  police, à partir des renseignements obtenus des services de la DGDI, reconnait qu’il avait été victime d’une attaque n à main armée par des malfaiteurs.
Cependant, en suivant la piste fournie par l’informateur, les limiers du bataillon de la police chargé de la lutte contre le banditisme urbain ont saisi la fameuse Mazda qui malheureusement, était repeinte en bleu de nuit et réimmatriculée KN 1930 BJ.
L’actuel propriétaire n’est autre que le colonel Eric Mboyo.

Un mécanicien chargé de transformer le véhicule volé

Philippe Mafueni Kabi serait l’homme qui a aidé à la transformation de cette voiture volée. Non seulement il a changé la peinture de la Mazda, mais a aussi modifié le numéro de châssis, afin de dérouter les recherches menées pour retrouver cette berline.
Tout devient clair. Soumis à un feu nourri des questions, Mafweni Kabi est passé aux aveux. Il avait reçu du colonel Eric Mboyo des instructions formelles pour opérer toutes les transformations sur la Mazda 323. Sa facture payée, il a promis de lui rendre prochainement service si de tels travaux lui étaient confiés. Voilà comment ce mécanicien est entré dans le réseau dirigé par le colonel Eric Mboyo.
Et depuis, cet officier supérieur est aux arrêts. Ses deux acolytes, à savoir le premier sergent Milundu Libera et le sergent Bumba Lisasi John sont en cavale. Ils ont déserté leur unité et ne font plus signe de vie à leurs domiciles.

On croit savoir qu’ils errent dans la ville, s’abritant aujourd’hui dans telle commune, et allant se réfugier demain dans telle autre. Ils seraient sans ressources et finiront par tomber dans les prochains jours, dans les filets du Bataillon de la police d’investigations criminelles.
C’est depuis le vendredi 1er juillet que le colonel Eric Mboyo et son comparse, le mécanicien Philippe Mafweni Kabi, ont été transférés à l’auditorat général des Fardc qui va décider de la suite des enquêtes à mener sur cette affaire de braquage.
Une fois de plus, des voix se lèvent pour fustiger le comportement criminel de cet officier supérieur qui déshonore les forces armées de notre pays pendant que toutes les autorités militaires sont préoccupées par leur reconstitution, leur réorganisation et leur redéploiement à travers toute la république.

Commissionnaires : rôle déterminant dans les braquages des véhicules

Kinshasa est depuis plus dix ans, en proie à une vague de vols de véhicules. Petites et grosses cylindrées, berlines ou jeeps quatre fois quatre : rien n’échappe à la convoitise des malfaiteurs à main armée dont on ignore le nombre exact des bandes.

Kinshasa est aussi la plaque tournante de revente des véhiculés volés ailleurs.  Ce commerce est prospère autant que celui des véhicules d’occasion d’Europe, et attire une clientèle abondante, compte tenu de la diversité des gammes et de la flexibilité des prix, tout comme des facilités accordées aux preneurs éventuels.
Les commissionnaires, ces autres membres des réseaux, jouent un rôle capital dans cette forme de criminalité, puisqu’ils facilitent l’écoulement de ces véhicules, mais aussi parce qu’ils proposent aux bandes des malfaiteurs, le type de véhicules recherchés par leur clientèle. Comme on le voit, ils sont donc en amont et en aval des braquages des véhicules, et mettent les preneurs en liaison avec les agents des services d’immatriculation de la DGDI, pour l’obtention de faux documents de bord. Souvent, ils assistent à la procédure de mutation des titres de propriété comme témoins. Et cela moyennant quelques primes.
Voilà pourquoi faute de demandes et des preneurs éventuels, on n’a pas encore enregistré le vol d’un gros camion.

J.R.T.

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