UE – RDC : la rançon du «fula-fula» aérien

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L’Union Européenne vient de publier une nouvelle liste des compagnies aériennes interdites de fréquenter les territoires de ses Etats membres. A la lecture du document, un constat amer est fait : aucune compagnie aérienne congolaise ne répond aux normes de sécurité de l’IATA (Association Internationale des Transporteurs Aériens) et de l’ OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale). Même Hewa Bora, l’unique firme aérienne immatriculée en RDC autorisée jusque-là à survoler l’espace européen et à se poser sur les aéroports des membres de l’UE, est aussi frappée.

Un des enseignements à tirer de la sévère « frappe chirurgicale » des Européens est que la République Démocratique du Congo paie les frais de la désorganisation du secteur de son aviation civile. Notre pays est en effet devenu l’empire d’aéronefs ayant dépassé leur limite d’âge ou ne respectant aucun délai de « check », des pilotes opérant avec des licences de complaisance, des certificats de navigation aérienne délivrés sans le moindre contrôle de l’état technique des avions ni des aptitudes professionnelles des équipages, etc.

Et, comme pour priver les Congolais de toute circonstance atténuante, la série des « crashes » est loin de s’arrêter. Tout le monde sait que les causes de ces catastrophes aériennes sont liées plus aux défaillances humaines et mécaniques qu’à celles de l’état des pistes et des instruments d’aide à la navigation aérienne.

Vivement les LAC !

Maintenant, la République Démocratique du Congo est placée dans une situation inconfortable, du fait de la difficulté d’exploiter désormais en poule les accords aériens d’Etat à Etat, faute de compagnie aérienne nationale viable et de compagnie aérienne privée de substitution. Elle se trouve devant une alternative : soit doter les Lignes Aériennes Congolaises d’une flotte digne de ce nom, soit céder totalement ses parts de marché aux compagnies aériennes nationales d’autres  pays, telles que Brussels Airlines, Air France, Kenya Airways, Ethiopian Airlines, TAP, TAAG, RAM, SAA, etc.

C’est le moment ou jamais, de mobiliser les fonds indispensables à la relance de la compagnie aérienne nationale, dont les annales indiquent zéro crash depuis sa création en 1961. Au plan de la sécurité et du confort des vols, les Lignes Aériennes Congolaises alignent un palmarès élogieux. L’expertise humaine, au sol comme en vol, ne demande qu’à être mise à contribution.

Le plan de redressement des LAC, adopté en son temps à l’Assemblée Nationale, au terme d’une commission d’enquête conduite par le député Charles Bofassa Djema, mérite d’être exhumé en vue de sa mise en exécution. La compagnie nationale, sanctionnée dans le tas alors qu’elle n’exploite plus l’axe Kinshasa-Europe depuis 1999, après la rupture de son contrat avec City Bird, peut négocier la révision de son cas auprès de l’Union Européenne. Et, les autorités nationales devraient l’aider à négocier en position de force, notamment avec une flotte de nature à soutenir immédiatement la concurrence sur les lignes éligibles aux accords aériens d’Etat à Etat. Sans la résurrection des Lac, la RDC va être intégralement « colonisée » par les compagnies aériennes étrangères, dont certaines envisagent déjà la création des filiales appelées à s’engouffrer dans le réseau domestique congolais. D’autres ont pris le raccourci en couplant leurs lignes internationales avec des escales dans certaines provinces de notre pays, cas de Kenya Airways.        

Jacques Kimpozo

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