Tshibala en guerre contre les sachets en plastique !

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Bruno Tshibala, le 17/03/2017 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Bruno Tshibala, le 17/03/2017 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Le Premier ministre, Bruno Tshibala, vient de prendre un Décret portant interdiction de fabrication, d’importation et d’usage des sachets en plastique en République Démocratique du Congo à compter du 1er juillet 2018. Le moratoire d’environ cinq mois accordé  aux
fabricants, importateurs, grossistes et autres vendeurs en détail devrait être mis à profit pour cesser toute activité de production et liquider les stocks disponibles.

De primer abord, la mesure est à saluer, dans la mesure où elle vise la protection de l’environnement national et du sol congolais en particulier, terriblement menacés par les sachets en plastique, qui ont la particularité de ne pas se décomposer pendant des décennies. A force de s’entasser dans le sol, ils finissent par le rendre stérile et partant impropre à l’agriculture. Le phénomène des inondations que l’on vit ces dernières années à Kinshasa ainsi que dans les principales villes du pays est dû notamment au « barrage » que
constituent les sachets en plastique contre la pénétration des eaux de pluies dans les profondeurs du sol. Ce sont également les sachets qui s’accumulent dans les lits des rivières qui rétrécissent ces
dernières, menaçant même certaines d’entre elles d’assèchement.

A dire vrai, la République Démocratique du Congo est en grand retard
par rapport à ses voisins comme le Rwanda et le Congo/Brazzaville, où
la circulation des sachets en plastique est interdite voici plusieurs
années. Les voyageurs qui se rendent dans ces pays savent que les
colis placés dans des sachets en plastique sont saisis à partir des
postes frontaliers et les emballages en plastique incinérés.
L’exhortation à l’utilisation des emballages biodégradables vaut tout
son pesant d’or. Les nostalgiques de ce pays se souviennent à l’époque
de la défunte boulangerie Quo Vadis, de son fameux « pain coupé »
vendu dans un emballage en papier léger multicolore. On n’a pas non
plus oublié l’époque où pratiquement tous les produits de consommation
courant étaient emballés dans du papier : brochettes de cabri (ntaba)
et de viande de bœuf, poulets rôtis, beignets, pains, cacahuètes,
sucre, riz, fufu, biscuits, galettes, etc. Quant aux produits liquides
tels que les huiles ou le pétrole, les acheteurs s’organisaient pour
se présenter aux points de vente avec des bouteilles ou des récipients
en alluminium. Les emballages usagés du ciment, les feuillets des
cahiers d’écoliers, voire des documents d’archives ou des papiers de
réemploi faisaient aussi l’affaire. Tout cela a été éclipsé par les
emballages en pastique.

Où est passé l’ancien ministre de l’Industrie, Remy Musungayi ?

La guerre contre les sachets en plastique ne date pas d’aujourd’hui.
En 2014 déjà, un ancien ministre de l’Industrie, Remy Musungayi,
présent dans le gouvernement Matata, avait lui aussi pris l’initiative
de les éliminer de l’environnement économique national. A cet effet,
il s’était signalé auprès de plusieurs opérateurs économiques basés
dans la commune de Limete, pour les sensibiliser sur l’impératif de
renoncer à la production des sachets, bassins, seaux, bouteilles en
plastique et de se reconvertir dans la fabrication ou l’importation
des produits biodégradables.
Il avait, en son temps, également accordé un moratoire aux
producteurs et vendeurs en gros comme en détail, avec la menace de
fermer les usines qui ne se conformeraient pas à la législative, de
saisir tout sachet en plastique qui serait en circulation hors délai
et faire subir la rigueur de la loi aux inciviques. Remanié en 2015,
il avait quitté le ministère de l’Industrie sans avoir accompli sa
mission. Ses différents successeurs au poste ont-ils trouvé le dossier
dans les « chemises » ayant servi aux cérémonies de remise-reprise ?
La question reste posée.
La question de fond reste de savoir si le Premier ministre saura
résister aux lobbies spécialisés dans l’importation, la fabrication et
la commercialisation des produits en plastique. Qui connaît les stocks
en circulation à travers le territoire national, dans un pays où les
frontières sont tellement poreuses et la corruption érigée en système
que tout se passe comme si l’Etat n’existait pas?  Le Congolais moyen
est d’autant sceptique qu’en plus de la bataille à gagner contre les
millionnaires du secteur des produits en plastique, il y a celui, plus
difficile encore, de la conversion des mentalités. Comment modifier,
du jour au lendemain, les comportements des compatriotes qui ont
intégré ce type d’emballage dans leur quotidien voici plusieurs
décennies ? D’où, il y a lieu de craindre que le Décret du Premier
ministre ne connaisse un sort identique à celui de l’Arrêté de
l’ancien ministre de l’Industrie d’Augustin Matata.             Kimp