Traqués au Nord Kivu : des Hutu écrivent à Joseph Kabila

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joseph kabilaFace aux massacres perpétrés contre leur ethnie et autres frustrations que connait leur communauté au Nord-Kivu, de jeunes cadres Hutu congolais regroupés au sein de « Club Nyirangongo » viennent d’adresser une lettre ouverte au Président de la République, Joseph Kabila, avec copies à plusieurs organisations internationales.

Dans leur mémorandum, ils attirent l’attention du Chef de l’Etat sur les dérives qui caractérisent, selon eux, la gouvernance de Julien Paluku, actuel gouverneur du Nord-Kivu.

Ces jeunes hutu congolais font état de massacres dont leur communauté est victime de la part des autochtones Nande, dont le plus récent est celui du 7 février 2016 sur plus de 30 personnes – hommes, femmes et enfants confondus – à Luhanga, en territoire de Lubero.

A les en croire, cette haine tribale serait exacerbée par les discours de certains députés et autorités politico-administratives du Nord-Kivu.

Ils ont pointé nommément un doigt accusateur sur le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, mais aussi sur les députés nationaux Venant Tshipasa et Bonane Lusenge, qui feraient de l’amalgame entre les FDLR

– ces rebelles rwandais qui sèment la désolation à l’Est du pays depuis plus de 20 ans – et de paisibles citoyens Hutu congolais vivant au Nord-Kivu.

Les jeunes du « Club Nyrangongo » font savoir au Président de la République que les Hutu congolais ne sont pas non plus membres de l’ADF comme le soutiennent certains députés.

« Pour preuve, ni l’armée, ni la Monusco ne sont jamais arrivées à de telles conclusions, et aucun fait n’a lié un jour l’ADF à la population Hutu congolaise aux événements du Grand –Nord », ont-ils relevé, avant de marteler que les liens supposés entre les FDLR et les Hutu ainsi que les similitudes entre les deux groupes ne sont que le fruit de l’imagination de certains députés Nande.

Les jeunes cadres Hutu rappellent que les frontières héritées de la Conférence de Berlin de 1884-1885, parfois tracées à l’équerre et au compas, ont créé des populations transfrontalières partout en Afrique.

Pour mettre fin à cette situation douloureuse vécue par la population Hutu congolaise, « Club Nyragongo » a fait un catalogue de recommandations:

  • l’implication personnelle du Président de la République pour que l’armée et les autres services de sécurité s’acquittent réellement de leur mission qui est la protection de la population ;
  • que la brigade spéciale d’intervention de la Monusco joue effectivement son rôle conformément à la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ;
  • désarmement par toutes les voies possibles, en exécution du Chapitre VII de la charte des Nations Unies, de tous les groupes armés impliqués dans les crimes de guerre, crimes contre l’Humanité, crimes de génocide, afin de permettre aux instances judicaires tant au niveau national qu’international d’initier des poursuites judicaires contre leurs auteurs.
  • qu’une enquête internationales soit diligentée pour connaitre toute la vérité sur le génocide des Hutu, et que la CPI soit saisie afin que ces crimes ne restent pas impunis.
  • Identification et neutralisation des réseaux de trafic d’armes qui alimentent les combattants Mai-Mai et les FDLR ;
  • Que les nations Unies brisent le silence dont elles font montre quand il est question des massacres des Hutu depuis 1994.