Transports : les morts interpellent Kalumba

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Justin Kalumba 2L’opinion nationale se demande si le gouvernement congolais a un ministre des Transports et Voies de Communications et si l’intéressé fait attention aux catastrophes routières, lacustres, fluviales et aériennes à répétition qui endeuillent la République ces dernières semaines. Depuis un certain temps, la RDC est entrée dans une spirale d’accidents de bateaux, trains, avions et camions liés essentiellement à l’anarchie qui règne dans le secteur des transports.

            On rappelle que le pays continue de pleurer plus de deux cents de ses filles et fils décédés dans le naufrage d’un bateau sur le lac Albert et presqu’autant dans le déraillement d’un train de la SNCC à Kamina, au Katanga, sans compter des dizaines d’autres emportés par des accidents de véhicules sur les routes du Bas-Congo, de Bandundu, de l’Equateur, des deux Kasaï, du Katanga, de la Province Orientale, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema.

            En ce premier semestre de 2014, le nombre de Congolaises et Congolais ayant trouvé la mort sur les routes, les lacs, le fleuve Congo et ses affluents ainsi que dans les airs ne se compte plus. Plusieurs facteurs sont particulièrement au centre de ces accidents, le mauvais état mécanique des véhicules, bateaux, avions et trains ; le non respect des charges ; la vétusté des voies de communication ; la violation des réglementations sécuritaires routières, lacustres, fluviales et ferroviaires ; etc.

            Dans les Etats modernes, dès qu’une hécatombe ou un scandale touche un secteur, on enregistre des démissions en cascade, à commencer par celle du ministre des tutelles. C’était le cas au Sénégal en marge du naufrage du « Diola ». C’était aussi le cas en Malaisie après la disparition mystérieuse d’un avion de ligne de la compagnie nationale avec 250 passagers à bord et des membres d’équipage. C’est tout récemment le cas aussi en Corée du Sud.

            Il est étonnant qu’en RDC, le ministre des Transports et Voies de Communication soit toujours à son poste, comme si rien ne se passait. Les compatriotes morts interpellent le ministre Kalumba et veulent savoir ce qu’il attend pour rendre le tablier. Jusqu’à quelle hauteur les routes, les rails, les lacs, les fleuves et les airs devraient-ils tuer pour l’amener à se rendre compte que le secteur des transports va très mal ?

Car, c’est en RDC que l’on rencontre des véhicules, des trains, des bateaux et des avions d’une autre époque, avec la bénédiction du ministère des Transports et Voies de Communications, qui menace chaque fois d’assainir le secteur mais qui s’arrête toujours aux « moratoires » et demi-mesures sans lendemain.

Après Kuseyo et Kawanda… l’impunité ?

L’on se souvient qu’en 2007, le ministre Kuseyo s’était fait virer du ministère des Transports, à la suite du crash d’un Antonov à Kingasani/terminus, sans qu’il ait eu le temps de présenter ses moyens de défense à l’Assemblée Nationale, où le dossier avait été examiné en son absence. Et, pourtant, l’homme avait eu l’ingénieuse idée de clouer au sol tous les Antonov ne remplissant pas les conditions requises pour le transport des personnes et des biens. D’aucuns pensent qu’il avait été sacrifié sur l’autel d’intérêts obscurs.

            Sous le mandat du Premier ministre Muzito, la ministre Laure-Marie Kawanda avait, elle aussi, été « remaniée » en 2009, après une série de naufrages de baleinières sur le fleuve Congo, les rivières Kasaï, Kwilu et Kwango. Elle avait été accusée du manque de contrôle de son secteur. Logiquement, l’actuel titulaire des Transports et Voies de Communication devrait connaître un sort identique à celui de ses prédécesseurs, si la règle du jeu veut qu’à chaque catastrophe aérienne, routière, fluviale, lacustre ou ferroviaire, le ministre de tutelle paie la facture de la négligence et de l’anarchie.

            L’on se demande ce que contrôle Justin Kalumba, dans un pays où les taxi-bus « 207 », toujours réfractaires aux checks techniques réglementaires, continuent de distribuer la mort sur les routes de Kinshasa. Des bateaux, des trains et des avions ayant visiblement atteint la limite d’âge se rencontrent encore sous les cieux congolais, avec leur cohorte d’accidents et d’hécatombes humaines. Tout se passe comme si, au niveau du gouvernement, l’on attend une marche de colère des « morts » avant de sanctionner le ministre des Transports et Voies de Communication. Au regard du laxisme qui entoure les dossiers des accidents routiers, fluviaux, lacustres, ferroviaires et aériens, l’exécutif national devrait envoyer un message fort en direction des familles de victimes, sous la forme de la tolérance-zéro contre les ennemis de la sécurité des personnes et des biens dans le secteur du transport.

            La « Révolution de la modernité » devrait aussi se traduire par une autre manière de voyager pour les Congolaises et Congolais, dans la dignité, le confort et le maximum de sécurité, à la différence des bêtes en route pour les abattoirs.

                                   Kimp

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