Transport en commun dans la ville de Kinshasa : bus 207, pourquoi seulement Gombe ?

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bus-207-sur-le-boulevard-triomphal-kinshasaDepuis 6 heures, lundi 20 janvier, Gombe n’est plus fréquentable pour les bus  de sociétés privées desservant cette mairie à d’autres communes de la ville de Kinshasa. Et pour cause ! La mesure prise par le commandant de la ville, d’interdire la circulation des bus généralement appelés « 207 » et autres, dans la commune de la Gombe, est entrée en application aujourd’hui.      
Des équipes des policiers de circulation routière et celles d’autres unités du commissariat provincial de la police roulant à bord des jeeps veillent à sa stricte application. Ainsi, les fonctionnaires de l’Etat, les travailleurs et le personnel domestique devant joindre leurs postes de travail dans cette mairie, sont obligés de prendre un taxi ou pour les cascadeurs, emprunter une motocyclette. Partout, de la Gare centrale à Socimat, en passant par les arrêts Batetela, Clinique, Fonction publique, ISP/Gombe, Le Royal, Rond-point Mandela, Banque centrale, INSS, Regideso, Sonas, Grand’poste, Kin-Mart, et Onatra, les arrêts étaient bondés de monde. Pendant que les gens se demandaient quel autre moyen de transport utiliser, les plus courageux faisaient la marche à pied. Même les écoliers qui fréquentent les établissements scolaires installés dans cette commune ont peiné pour atteindre à temps leurs salles de classes.
Les chauffeurs de ces «  fameux bus 207 », nullement pénalisés, ont trouvé dans cette mesure, une opportunité d’opérer le fractionnement de la course. Ces « demi-terrains » comme on les désigne par les convoyeurs, font l’affaire des équipages de ces véhicules aux nombreux problèmes mécaniques, dont des freins défectueux, le démarreur en panne, et la marche arrière détraquée. Mais également des problèmes de confort avec des bancs en bois dur recouverts d’une mince lame de mousse plastique, trop serrés, et des vitres fermées. Quelquefois, on y avale à longueur des journées, quelques bouffées de gaz d’échappement en plus de la chaleur infernale par temps de canicule.
 La mesure prise pour souci de sécurité routière
Au-delà des images fortes véhiculées par ces engins qualifiés « d’esprit de mort », telles que des amas de ferraille d’où l’on retire après des accidents spectaculaires, des corps déchiquetés et méconnaissables et des blessés graves aux visages ensanglantés et des jambes fracturées, ou des courses-poursuites entre ces bolides lancés à toutes vitesses et se disputant des clients aux arrêts de bus, brûlant les feux rouges, et violant constamment le code de la route.  On ne peut que se rallier à cette mesure quand on voit l’état général déplorable de ces véhicules dépourvus de clignotants, sans rétroviseurs, transpirant à grosses gouttes dont il faut recharger l’eau dans le radiateur à tout bout de champ, et dont le ravitaillement en carburant se fait à l’aide d’une mesurette d’un litre. Pire, les conducteurs, de véritables casse-cous, font des rallyes du matin au soir, souvent sous l’effet de la drogue ou de l’alcool frelaté, et stationnent sans égard aux autres usagers de la route. Et que dire de cette insouciance caractérisée quand ils confient le volant aux convoyeurs ne maîtrisant ni le changement de vitesses, et n’ayant aucune considération pour les passagers embarqués !
            Pour les analystes, si la mesure est bonne parce qu’elle va débarrasser la commune de la Gombe de ces épaves agonisantes bonnes pour le musée de l’automobile de l’après-guerre, elle devrait également être accompagnée d’une réponse aux problèmes qu’elle va engendrer. Notamment, le transport pour les fonctionnaires, les écoliers et les travailleurs qui n’empruntent pas les bus des abonnés de la société Transco.
            D’autre part, si l’on prévient les accidents à Gombe, pourquoi ce même souci n’est pas manifesté pour d’autres communes de la ville ? On se retrouve là dans la situation d’un pays avec deux républiques, où à Gombe, le miroir de la capitale, c’est le Paradis avec tout ce qui est beau à voir, et dans les autres cités, c’est l’enfer avec des montagnes d’immondices, des carcasses automobiles encore en circulation pour assurer le transport en commun.
Ainsi le commun des mortels attend que le gouvernement qui a opté pour résoudre le problème de transport à Kinshasa, puisse s’assurer que ses commandes de bus lui soient livrées à temps, afin de ne pas donner des prétextes aux fameux 207 avec leur système de «  demi-terrains » qui grève le budget des gagne-petits.
            Il est vrai qu’un effort a déjà été accompli. Il faudrait accélérer alors la procédure de livraison des autres commandes et éviter de pénaliser la population.
            Rappelons quand même pour la petite histoire que la création des sociétés publiques de transport public à Kinshasa, Sotraz, OTCC, STUC, pour ne citer que celles-là ont conduit à la faillite, les « kimalu-malu », et les « fula-fula » de triste mémoire. Aucune mesure administrative n’avait pourtant pas été prise que ces engins de la mort ont disparu eux-mêmes de la circulation. Aujourd’hui, quelques vestiges de cette époque assurent le transport des marchandises dans les ports privés de Kinshasa. Si cela pouvait nous inspirer aujourd’hui, ce serait mieux et les solutions viendraient d’elles-mêmes !
                                                                                                            J.R.T.

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