Transport aérien : la certification sérieusement grippée

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Les nouvelles qui nous parviennent de l’immeuble « ICVM », où les consultants de l’APAVE et les experts de l’aéronautique civile congolaise planchent sur la certification des compagnies aériennes congolaises, ne sont guère rassurantes.

 L’on observe depuis une grève perlée qui ne dit pas son nom dans les rangs des experts congolais. Leur découragement risque de charrier de fâcheuses répercussions sur la poursuite de ce processus de contrôle des transporteurs aériens placés sous l’administration de l’Autorité de l’aviation civile (AAC).

Espace aérien très dangereux

 L’opinion se souviendra qu’à la suite de nombreux accidents et incidents survenus dans l’espace aérien congolais, la RDC a été placée sur la liste noire des pays réputés extrêmement dangereux dans le domaine du transport aérien.

De nombreuses enquêtes menées par les experts des organismes internationaux et des compagnies aériennes étrangères desservant la RDC ont épinglé les insuffisances de la direction de l’aéronautique civile congolaise, au point de pénaliser tous les transports aériens de droit congolais.

Pour corriger toutes ces faiblesses qui n’ont cessé de ternir l’image du grand Congo, certains décideurs politiques dont l’apathie et le manque de vision sont pour beaucoup dans cette descente aux enfers, ont tardivement résolu de prendre le taureau par les cornes.

Quatre transporteurs aériens recalés

 C’est dans ces circonstances que recours a été fait à l’Association internationale du transport aérien (IATA) dont les auditeurs ont travaillé d’arrache-pieds du 15 avril au 15 octobre 2013, en compagnie de leurs homologues congolais triés sur le volet, sur base de leur compétence et expertise avérées.

Quatre des cinq premières compagnies aériennes congolaises contrôlées pour la certification ont été recalées, à l’exception d’Air Tropiques. La Banque Mondiale a concédé une rallonge de deux mois à exécuter endéans quatre mois, pour la poursuite de la certification des quatre compagnies précitées bloquées par l’analyse documentaire.

Les auditeurs de l’IATA ont pris le soin de communiquer aux transporteurs aériens concernés les items pour lesquels ils exigeaient des correctifs afin de leur permettre de se remettre au diapason.

Pour mémoire, l’analyse documentaire porte sur les manuels d’exploitations A (généralités et fondements), B (Utilisation de chaque type d’aviation), C (aérodromes exploités), D (formation), le manuel du contrôle de la maintenance, le manuel qualité, le manuel sûreté, le programme de maintenance, le manuel d’organisme d’entretien, la liste minimale d’équipements, etc.

Calvaire des experts congolais

S’agissant de la motivation des 15 experts congolais, force est de constater qu’ils ont dû attendre jusqu’au mois de décembre 2013 pour enfin toucher leurs arriérés de primes évaluées pourtant au dixième de ce qui est généralement alloué pour ce genre de travaux aux intervenants dans la profession. Au grand dam des auditeurs de l’IATA qui ne comprenaient rien au calvaire vécu par leurs collègues congolais.

A la mi-octobre 2013, le consultant français APAVE a pris la relève de l’IATA. Les experts de différentes nationalités se sont succédés par groupes de quatre à Kinshasa pour continuer le processus de certification aux côtés de leurs homologues congolais.

A la seconde phase de certification, plus d’une quinzaine de compagnies sont restées en lice sur la trentaine contrôlée. Il s’agit d’Air Katanga, Mango, Blue Sky, Will Airlift, Gomair, Blue Airlines, Lac, Malu Aviation, Services Air, Air Fast Congo, Busy Bee Congo, Transair Carg Service, Doren, Dakota Aviation, Swala et Air Kasaï.

Neuf mois d’arriérés de primes

Maintenant, les experts en sont arrivés au stade des confrontations dramatiques avec l’examen des manuels des procédures propres à chaque transporteur aérien. Curieusement, la machine semble constipée. Les auditeurs de l’APAVE et leurs homologues congolais manifestent visiblement des signes évidents d’essoufflement.

Renseignements pris dans les milieux concernés, il ressort que les 15 experts congolais sur qui repose la grande partie de cette charge, sont impayés depuis huit mois. Non contents de travailler durement pour l’intérêt supérieur de l’aviation civile en RDC sans qu’ils ne reçoivent en retour leurs primes dûment budgétisées, les experts congolais ont décidé de lever le pied de l’accélérateur et d’observer une grève latente.

Les auditeurs de l’APAVE ne cachent pas leur agacement devant la mauvaise tournure des événements. Si les choses demeurent en l’état, le processus de certification risque de connaître un sérieux coup de frein préjudiciable au secteur aérien national. Qu’attendent donc les responsables des Transports et Voies de Communication pour libérer les fonds ?

Jean Ntela Nkanga

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