Transfert de l’eau du Bassin du fleuve Congo au Lac Tchad : arguments juridiques

0
223

lac-tchadSous la plume experte du compatriote Tshibwabwa Sinaseli, plusieurs Congolais ont été édifiés sur les dangers aussi bien économiques qu’environnementaux, géostratégiques et sociaux que comporte le mégaprojet du transfert de l’eau du bassin du fleuve Congo vers le Lac Tchad, que les pays riverains et surtout des puissances économiques tentent de sauver de la sécheresse. En clair, il s’agit de soutirer une partie des eaux de la rivière Oubangui afin de les déverser de façon permanente et définitive dans le Lac Tchad, via le fleuve Chari.

Fier des réactions, toutes positives, que cet article continue de susciter parmi les Congolais épris de patriotisme, du sens de souveraineté et de protection du patrimoine national, nous avons estimé responsable de joindre notre voix à tant d’autres  pour protester, de la manière la plus énergique et avec des éléments juridiques à l’appui, contre ce qui convient d’être appelé « Complot contre le peuple congolais ».

Appel au sens patriotique de tous les Congolais

Les révélations contenues dans l’article de M.Tshibwabwa prouvent, si besoin en était, que la R.D. Congo et le peuple congolais sont en permanence victimes de plans machiavéliques concoctés dans les laboratoires occidentaux soit à leur insu soit encore avec la complicité, la négligence ou l’ignorance de ses propres fils. Telle a été récemment l’attitude pour le moins ambiguë du ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme qui a prétendu devant les députés tout ignorer des derniers développements de ce projet alors que la R.D.C. est non seulement membre co-fondateur de la Commission Internationale du bassin du fleuve Congo-Oubangui-Sangha (CICOS en sigle) mais que le siège de cette structure se trouve installée à Kinshasa. Combien d’autres complots de ce genre sont en chantiers chez nos voisins ou parmi les puissances économiques et quelle doit être l’attitude des filles et des fils du pays, sur place au Congo et dans la diaspora?

La réponse à cette question se trouve dans l’article 63 de la Constitution nationale, qui dispose :

« Tout Congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou une agression extérieure.

Un service militaire peut être instauré dans les conditions fixées par la loi.

            Toute autorité nationale, provinciale ou coutumière a le devoir de sauvegarder l’unité de la République et l’intégrité de son territoire, sous peine de haute trahison. »

            Comme on peut le remarquer, M.Tshibwabwa s’est correctement acquitté de son devoir sacré en éveillant, arguments scientifiques à l’appui, la conscience de tout un peuple victime de plusieurs complots. C’est ce que tout intellectuel, chacun dans son domaine d’expertise, devrait faire afin de défendre la cause nationale. Car en effet, ce n’est pas seulement à la tête d’un ministère ou d’une entreprise publique que l’on peut mieux défendre les intérêts de la nation. Quant à nos députés, ils devraient collaborer avec la société civile, être à l’écoute des hommes de science et collaborer étroitement avec des cabinets d’études indépendants comme sous d’autres cieux afin de jouer avec responsabilité leur rôle de contrôle de l’action gouvernementale. Il revient aussi aux médias, toutes tendances confondues, d’accorder une attention particulière aux articles sans couleur politique qui traitent des questions d’intérêt national au lieu de privilégier le coupage.

L’eau, partie intégrante du territoire national

            Le Congo est parmi les rares pays au monde envers lesquels la nature a été très généreuse mais presque le seul à ne pas en  prendre suffisamment conscience pour protéger jalousement ses ressources et les faire bénéficier équitablement à sa population. D’aucuns s’imaginent que seuls les minerais peuvent être cités parmi les richesses du sol et du sous-sol à défendre et qui attirent la convoitise du monde entier. Désormais il faut retenir qu’au 21ème siècle, l’eau est parmi les enjeux majeurs des conflits à travers le monde. Il est étonnant qu’étant le seul pays le plus gâté du continent africain sur le plan hydrographique, la R.D. Congo ne dispose pas d’un code national de l’eau et/ou d’un ministère chargé uniquement de la gestion de l’eau, comme c’est le cas du code minier et du ministère des mines. Et pourtant l’eau, en plus d’être une ressource, du reste vitale, fait partie intégrante du territoire national, sur lequel s’étend la souveraineté de l’Etat et pour lequel la Constitution exclut toute cession, tout échange et toute adjonction sans l’accord du peuple consulté par referendum.

Article 214 (alinéa 2) :

« Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans l’accord du peuple congolais consulté par voie de référendum ». Accepter de transférer une partie de l’eau de la rivière Oubangui vers le Lac Tchad, surtout sans consulter le peuple, constitue à notre avis une cession de notre territoire et, partant, un acte de haute trahison.

            L’eau de la rivière Oubangui, un des principaux affluents du fleuve Congo, n’est pas à assimiler à celle d’une piscine située dans une concession privée d’un ministre ou d’une quelconque autre autorité de l’Etat pour que pareil projet soit traité avec légèreté et irresponsabilité et surtout sans un grand débat national impliquant au préalable les spécialistes nationaux de tous les domaines concernés (environnementalistes, biologistes, hydrologues, géographes, économistes, sociologues, juristes, botanistes, agronomes, zootechniciens, géologues, politologues etc.)

Conclusion

La question orale posée récemment au ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme a été l’élément déclencheur qui a fait découvrir au peuple congolais que la R.D.C. fait face, depuis belle lurette, non seulement à l’agression armée visible pour la déposséder d’une partie de l’Est du pays mais aussi des projets apparemment inoffensifs concourant aux mêmes objectifs, à savoir déposséder le peuple congolais de la pleine jouissance de ses ressources naturelles. Nul autre que le Congolais lui-même ne peut prétendre mieux défendre ses intérêts, en commençant par découvrir et dénoncer tous les complots. C’est le devoir sacré de tous les fils et de toutes les filles du pays dans leurs domaines d’action respectifs comme vient de le faire M. Tshibwabwa. Avec tous les éléments scientifiques fournis, il est prioritaire et souhaitable que l‘Assemblée Nationale fasse revenir urgemment devant elle le ministre afin d’en savoir un peu plus sur ce projet criminel et faire voir au Gouvernement les dangers qu’il  fait courir à la nation tout entière en voulant traiter en catimini des questions aussi graves.

Au cas où une quelconque autorisation aurait été déjà donnée pour la réalisation dudit projet, les mécanismes d’accusation pour haute trahison devraient être déclenchés sans tarder par la justice contre toutes les personnes impliquées.

Peuple congolais, réveillons-nous.

Eza likambo ya mabele.

Par Jean-Bosco Kongolo

Juriste & Criminologue

C A N A D A 

LEAVE A REPLY

*