Trahisons en série… !

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De la marche des chrétiens qui se clôtura dans le sang un certain 16 janvier 1992 jusqu’aux guerres de libération ou agression, c’est le peuple congolais dans sa globalité qui a payé le plus grand tribut en termes de sang, d’humiliations, des frustrations, des traumatismes, des massacres, des viols, des pillages, des déplacements massifs et forcés, etc.  En ce jour anniversaire, les regards sont tournés certes vers les différentes manifestations des organisations politiques et sociales qui ont eu lieu hier à travers la ville de Kinshasa, mais dans certaines familles, le souvenir est plein d’amertume et de désespoir au regard de tout le gâchis et surtout des espoirs que bon nombre de nos concitoyens avaient placés dans cette marche mémorable car elle restera à jamais une manifestation traduisant le ras-le-bol des millions d’ex-Zaïrois face à un régime dictatorial totalement plongé dans la corruption, les détournements, les pillages, la gabegie et la médiocrité.

Si ceux qui sont morts car fauchés par les balles de la garde prétorienne du tandem Mobutu-Ngbanda-Nguz ressuscitaient aujourd’hui, la seule question qui sortirait de leur bouche serait : « Peuple Congolais, qu’avez-vous fait de notre sang ? ». En effet, de prime abord, le paradoxe est frappant : ceux qui avaient rédigé et lancé l’appel aux chrétiens se retrouvent de l’autre côté de l’avenue en train de poser des actes qui n’ont rien à envier à ceux qui avaient été condamnés à l’époque et qui avaient justifié cette prise de position d’une témérité rare en cette période. On a du mal à les reconnaître. Car, qui l’eût cru ? C’est un véritable retournement des rôles à 180 degrés auquel l’opinion assiste médusée et scandalisée. Et pour preuve aucun d’entre eux n’a mis les pieds sur les sites où les organisations sociopolitiques se sont retrouvées hier pour commémorer cet évènement historique. Gare à celui qui oserait les approcher micro et caméras à la main pour leur demander des témoignages vécus le jour de cette marche grandiose ! Et pourtant, leurs témoignages auraient été lénifiants, surtout sur les stratégies qu’ils avaient mises en place pour défier un pouvoir sanguinaire à l’époque où le téléphone portable et le Net étaient encore du domaine réservé à une catégorie des privilégiés.
Mûr ou pas mûr, le fruit finit par tomber suite à l’ouragan de l’histoire, avait claironné haut et fort feu le maréchal Mobutu sur la tribune des nations Unies à New York le jour où il annonçait avec pompe la rupture des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël. Malgré le massacre des chrétiens et dont le nombre des victimes ne sera jamais connu, le régime en place finit par céder et les portes du Palais du Peuple furent rouvertes pour permettre aux «conférencier» de poursuivre les travaux de la Conférence Nationale Souveraine. Un forum qui malheureusement se clôtura dans la confusion la plus totale par la faute des acteurs politiques pressés d’accéder au pouvoir d’Etat. Cependant, faut-il le souligner, le plus gros du travail avait quand même été réalisé, notamment les principales résolutions dans les domaines les plus sensibles et variés de la vie courante de la nation. Des résolutions qui sont toujours d’actualité et sur lesquelles l’on ne se gêne pas de revenir pour régler tel ou tel problème épineux.
Pour autant, les Congolais avaient gagné le pari de l’unité et de la préservation de l’intégrité territoriale malgré quelques remous dans certains milieux réfractaires. Dans leur ensemble, ils ont opté pour un Etat unitaire mais fortement décentralisé dans un système démocratique prônant des valeurs universellement reconnues.

Et vint alors  la 3ème voie…
Avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois, avait prédit Jésus-Christ à son disciple Simon-Pierre quelques heures avant sa capture par les hommes dépêchés par l’autorité romaine sur instigation des responsables religieux juifs. En effet, ceux qui avaient financé non seulement cette marche des chrétiens mais aussi la plupart des opérations dites «ville morte» et dont certains s’étaient retrouvés au  niveau de l’Eglise St Joseph de Matonge pour procéder au comptage des morts vont effectuer un revirement spectaculaire à 180 degrés. Ils avaient alors mis en place une stratégie formidable pour retourner aux affaires en opérant un holdup Up remarquable de la primature sous les yeux et la barbe de l’élu de la C.N.S. sous les applaudissements de la communauté internationale. Bien entendu avec le soutien actif et visible de celui-là même qui avait présidé aux destinés de ce forum historique ayant rassemblé 2500 citoyens venus des quatre coins de la planète. Un véritable coup de maître qui aboutit à l’émiettement de l’opposition et de la société civile aux conséquences inédites dont les effets nocifs ne cessent de faire des dégâts jusqu’à ce jour. En fait, le dégât le plus visible demeure la méfiance qui s’est incrustée dans les cœurs des congolais à la suite de ce que l’imagination inassouvie des kinois a désigné sous le sobriquet de «taupe manie », pour stigmatiser les volte-face répétitifs des hommes politiques au gré des billets verts. Un comportement qui est ancré dans le subconscient du congolais jusqu’à devenir une forme de gestion de la chose publique. Que des revirements spectaculaires ou changements de vestes n’a-t-on pas vécus tout au long de cette longue transition politique unique au monde ! Une pratique vicieuse qui a touché toutes les couches et catégories de la société congolaise et qui n’a pas épargné les hommes de Dieu. C’est probablement ce qui explique les multiples et incessants conflits de leadership qui se terminent souvent par des déchirements douloureux et cela, dans tous les secteurs de la vie nationale. Orchestres, églises, équipes des sports, partis politiques, associations sans but lucratif, mutualités, ONG, etc.

Guerres de libération-agression    

Très peu des observateurs avaient prévu que la rupture de la confiance entre les mouvements sociopolitiques réunis à la C.N.S. allait avoir des répercussions graves sur les rapports avec les pays voisins. Dans la mesure où ceux qui se sont sentis frustrés et humiliés par ce holdup politique consécutif à la 3ème voie et celui de l’assassinat de P.Lumumba serviraient de cheval de Troie pour une agression étrangère sous divers prétextes . Et c’est d’ailleurs ce discours que les animateurs des mouvements des rébellions déclenchées en 1996-98 avaient tenu pour justifier leur forfait. Mais, Hélas ! Une fois arrivés au sommet du pouvoir d’Etat, le ton a radicalement changé et entretemps, ce sont les pauvres paysans qui ont payé le prix le plus lourd en termes de massacres, pillages, tueries, viols, déplacements massifs, etc. Les promesses faites pour un changement de la situation tardent à venir. Bien au contraire, l’on assiste à des détournements des fonds destinés au fonctionnement de l’Etat. La corruption est devenue une forme de gestion de la chose publique. Les interventions des autorités publiques sont légion dans le traitement des affaires judiciaires. Bref, tous les vices que l’on a reprochés au régime du MPR-Parti Etat sont revenus en force. Le peuple se dit trahi et ne sait plus à quel saint se vouer.

F.M.   

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