Tragédie de Mbuji-Mayi : la Défense et les Affaires Foncières au banc des accusés

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téléchargement (1)Après la tragédie du vendredi 24 janvier 2014 à Mbuji-Mayi, l’heure est à la recherche des causes immédiates et lointaines du sinistre. Celles-ci ne pourraient être déterminées que par des enquêtes impartiales et sérieuses à mener à la fois par des experts militaires, gouvernementaux et parlementaires. La gravité de la situation requiert la mobilisation de toutes les bonnes volontés susceptibles de contribuer à l’éclatement de la vérité.

         En attendant d’en arriver là, le débat du jour s’articule autour de la proximité généralisée des camps militaires et des magasins d’armement avec les cités résidentielles dans pratiquement toutes les villes de la RDC. Au regard du lourd bilan provisoire des morts et blessés du Chef-lieu du Kasaï Oriental, l’on devrait s’interroger sur la passivité des ministères de la Défense et des Affaires Foncières face aux constructions anarchiques qui envahissent chaque jour les domaines militaires, pourtant réputés « sites stratégiques ».

            Le bilan de l’explosion de la poudrière du camp militaire de Mbuji-Mayi n’aurait pas été aussi lourd qu’on le déplore aujourd’hui si ce site militaire n’était pas à proximité d’une cité populeuse. Alors qu’il est strictement interdit aux photographes et cameramen de filmer les domaines militaires,… qu’il est exigé des visiteurs de décliner leurs identités et les raisons de leur présence dans ce type de sites avant d’y accéder… l’on s’étonne que les constructeurs anarchiques n’y soient pas inquiétés.

            A l’époque coloniale ainsi que dans les premières années de la Deuxième République de Mobutu, il existait des zones tampons clairement délimitées entre les camps militaires et les zones résidentielles. A Kinshasa par exemple, le Camp Kokolo était séparé des communes voisines de Gombe, Bandalungwa et Kasa-Vubu par de zones vertes s’étendant sur des distances respectables. Il en était de même du Camp Tshatshi, dans la commune de Ngaliema, et des bases aériennes de Ndolo et de la Force Navale, dans la commune de Barumbu. Quant au Camp CETA, il était construit dans le faubourg de Ndjili, à plusieurs dizaines de kilomètres de toute habitation civile.

            Sur toute l’étendue de la République, la règle voulait que les bases militaires soient installées loin des habitations des civils : cas de la base de Kitona, de Mbanza-Ngungu et ses blindés, de Kamina, de Kotakoli, de Kananga, de Kamina, de Gombari en Province Orientale, de Rumangabo au Kivu, etc. Dans toutes les villes – Mbandaka, Bandundu, Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Kindu, Bukavu, Goma, le respect des zones neutres entre les sites militaires et les cités résidentielles était de stricte rigueur. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui. Les domaines militaires, que personne n’osait violer hier, sont démystifiés.

 

La Défense dans la distraction

            S’il y a une structure officielle qui devait réagir, sans tarder, au lotissement des camps militaires par des fonctionnaires véreux du ministère des Affaires Foncières, c’est avant tout le ministère de la Défense. Ce qui est désolant, c’est de constater que cette anarchie touche même le Camp Tshatshi, à un jet de pierres du Cabinet du ministre de tutelle. Au fil des années, tous les camps militaires de la République accueillent des voisins civils couverts par des titres légaux de l’administration des Affaires Foncières.

Au Camp Kokolo par exemple, la base logistique (magasin central d’armement) se trouve maintenant à moins de 100  mètres des premières habitations des familles civiles. Le Camp CETA est aujourd’hui dangereusement ceinturé par des maisons des civils de la cité de Mpasa I. C’est pareil pour le camp de Kibomango, jadis perdu dans la brousse de N’Sele. Dans la capitale, les camps militaires sont en train de cesser d’être des sites réservés aux seuls professionnels du métier des armes.

            A Lubumbashi, le Camp militaire Kasapa est une voie de passage ouverte aussi bien aux militaires qu’aux civils (surtout les étudiants de l’Unilu). Petit à petit, il est en train d’être noyé dans la zone annexe de Kasapa. A Mbanza-Ngungu, l’EFATBL et le Camp Nsona Nkulu partagent leurs aires avec des habitations des civils. A Kitona, cette base n’est plus aussi isolée des villages des civils qu’il y a 30 ans. Les autres bases militaires congolaises n’échappent pas à l’anarchie foncière.

            En fermant les yeux sur la spoliation des domaines militaires à Kinshasa comme en provinces, le ministère de la Défense porte une lourde responsabilité dans une situation fort préjudiciable à la défense de la patrie et à la sécurité des anarchistes fonciers. Le ministère de la Défense devait cessait d’être distrait et remettre de l’ordre dans la boutique, en initiant par exemple des opérations de démolition de toutes les constructions anarchiques situées dans des domaines militaires. La tragédie de Mbuji-Mayi devrait servir d’opportunité pour une campagne d’assainissement des patrimoines fonciers des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) présentement soumis aux caprices de l’administration foncière, comme s’il s’agissait des lotissements civils. Les archives de l’armée devraient être exhumées pour opérer une nette démarcation entre les domaines militaires et ceux réservés aux habitations du commun des mortels.

Affaires Foncières : triste réputation !

            Chaque fois que l’on parle des constructions anarchiques dans un site donné, civil ou militaire, on est surpris de voir les constructeurs anarchiques exhiber des titres de propriété leur délivré par l’administration des Affaires Foncières, et plus précisément le certificat d’enregistrement. A Kinshasa par exemple, le gouverneur de la ville se trouve sous le coup d’une multitude de poursuites judiciaires après le passage des bulldozers de la ville aux sites Tembe ne Tembe à Lingwala, Hôpital du Centenaire à Kasa-Vubu, Socopao à Limete, Utex à Kintambo, Rail et Comète à Lingwala, Cimetière de Kinsuka à Mont-Ngafula, RVa à Masina, etc.

            Bien que réputés constructeurs anarchiques, les victimes des maisons démolies ont saisi les instances judiciaires contre l’autorité urbaine, sur pied des certificats d’enregistrement obtenus des Conservateurs des titres Immobiliers, à partir des contrats signés avec l’administration des Affaires Foncières.

            D’aucuns pensent que les fonctionnaires du ministère des Affaires Fonctionnaires constituent des dangers publics contre lesquels il faut des mesures draconiennes pour qu’ils cessent de nuire. Il serait ainsi de bonne politique de répertorier tous les titres de propriété détenus par les occupants anarchiques des sites militaires et d’identifier toutes les autorités administratives ayant légalisé leur présence en ces lieux hautement sensibles, afin de leur faire subir la rigueur de la loi.

            Le sang des compatriotes ayant péri dans l’explosion de la poudrière de Mbuji-Mayi exige que les auteurs de l’anarchie foncière puissent aussi payer, en plus d’éventuels responsables militaires de la catastrophe. Trop… c’est trop ! L’anarchie foncière doit être évacuée des domaines militaires et stratégiques.

                                                                                                                                  Kimp

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