Tout dépend de Kabila !

0
36

Le gouvernement vient de lever, en marge de la signature du Pacte de doublement des recettes entre le ministère des Finances et les régies financières, l’option de se doter davantage de moyens financiers en vue de faire face à ses obligations diverses. Selon le Premier ministre Adolphe Muzito, qui s’est exprimé à cette occasion, un tel défi est une question de vie ou de mort pour le pays, qui ne devrait plus se contenter d’un budget de 3 milliards de dollars, en termes de ressources internes.

Certes, les mandataires et fonctionnaires oeuvrant au sein des régies financières ont été largement sensibilisés au sujet de l’impératif du doublement des assignations budgétaires, avec à la clef des sanctions positives ou négatives selon le cas, mais cela ne suffit pas. Pour d’aucuns, le processus du passage des richesses nationales du simple au double resterait un rêve s’il ne connaît pas l’implication totale du Chef de l’Etat, Joseph Kabila.

En sa qualité d’initiateur de la campagne dite de « tolérance zéro », il lui faudrait envoyer, dans toutes les directions, les signaux de son soutien total au chef du gouvernement, au ministre des Finances, aux mandataires de la Direction Générale des Impôts, de la Direction Générale des Douanes et Accises, de la Direction Générale des Recettes Administratives, Domaniales et de Participation, ainsi qu’aux cadres et agents de ces régies financières.

Personne n’ignore que, dans ce pays, une certaine culture politique veut que le Président de la République soit présenté comme un citoyen « hors cadre », dont le titre et le nom suffisent pour consacrer une exonération douanière ou fiscale, couvrir un détournement des deniers publics ou un abus de pouvoir, forcer une décision judiciaire, etc. Même si le Chef de l’Etat ne cesse de démontrer, à travers ses discours et actes, qu’il est totalement engagé dans la lutte contre les antivaleurs telles que l’impunité, la corruption, la concussion, le détournement des deniers publics, l’indiscipline, les violations des droits humains, il reste encore beaucoup de place aux opportunistes de tous bords pour se réclamer de lui et torpiller toutes les initiatives visant le bonheur du pays et de ses enfants. On ne verrait aucun mal à ce qu’il fasse le tour de bureaux de la DGI, de la DGDA et de la DGRAD à Kinshasa comme en provinces pour confirmer la fin des privilèges et de l’impunité, comme il le fait pour les chantiers routiers.

Haro sur les « parrains » !

Parmi les vilaines pratiques héritées de la Deuxième République, il y a celle consistant, pour certains importateurs et opérateurs économiques, à se faire « parrainer » par des épaules galonnées (généraux, colonels, majors, capitaines), ministres, sénateurs, députés, hauts cadres des services spécialisés ou tout simplement par des citoyens qui se font passer pour des membres de l’entourage du Chef de l’Etat. Il est vrai que le Premier ministre et le ministre des Finances ont insisté, pour le cas d’espèce, sur l’application stricte des textes légaux. Ce qui, théoriquement, sous-entend qu’il n’y aura pas de complaisance dans le traitement des dossiers fiscaux, douaniers et autres dont dépend la multiplication des richesses nationales par deux.

Mais, la RDC étant ce qu’elle est, les Saint Thomas attendent voir tous les contribuables s’acquitter, sans interférence ni résistance, effectivement de leurs obligations vis-à-vis de la DGI, de la DGDA et de la DGRAD avant de croire au rêve du doublement des recettes de l’Etat.

Le Chef de l’Etat ayant déjà proclamé, depuis décembre 2006, lors d’un de ses messages à la Nation, que la « récréation » était terminée et que les portes de la prison étaient largement ouvertes à ceux que le commun des Congolais appellent désormais les « Kuluna » en cravate, c’est le moment ou jamais de mettre fin à la carrière des « parrains » des évasions des recettes douanières, fiscales, administratives, domaniales, d’accises et de participation.

Tolérance-zéro : des signaux négatifs

L’arrière-pays grouille, depuis un temps relativement long, des accusations de mégestion à charge des gouverneurs de provinces et des présidents des assemblées provinciales. Un cas parmi tant d’autres est celui de l’Equateur, où le détournement des deniers publics a été même  attesté par un rapport d’une commission du Sénat. Cette institution de contrôle de l’action de l’exécutif national, après l’avoir endossé, a recommandé au gouvernement de diligenter des poursuites judiciaires contre le gouverneur incriminé, avant même que soit formalisée son investiture, après son élection, en remplacement d’un autre gouverneur présumé détourneur, sans qu’il n’ait été condamné par une décision de justice.

Alors que l’opinion nationale, fortement mobilisée autour de l’affaire, se trouvait dans la fièvre de l’ouverture imminente d’une action judiciaire contre Jean-Claude Baende, c’est plutôt ce dernier qui s’est investi dans les médias pour diaboliser le Sénat, pour finir par porter plainte contre le président de son bureau, Léon Kengo wa Dondo, au niveau du Parquet général de la République. Que penser de la tolérance zéro si un individu, présumé détourneur des deniers publics, au lieu d’adopter un profil bas, prend la liberté de se moquer d’une institution de la République ?

Est-ce possible de doubler les recettes si les mandataires publics et les fonctionnaires chargés du recouvrement des taxes douanières, fiscales, administratives, domaniales et autres vivent dans la peur des officiers supérieurs de l’armée et de la police, des cadres et agents des services spéciaux, des décideurs politiques nationaux ou provinciaux, des membres du « pouvoir parallèle » se réclamant de la plus haute autorité politique et morale de l’Etat ?

Le débat est ouvert… largement.

                                    Jacques Kimpozo

 

LEAVE A REPLY

*