Tous derrière la Constitution

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R56A0795Comme hantés par la peur du tribunal de l’histoire, les principaux intervenants à la cérémonie d’ouverture du dialogue, hier jeudi 1er septembre 2016 à la Cité de l’Union Africaine, ont fait une profession de foi : le respect de la Constitution dans tout ce qui va être débattu et décidé au cours de ce forum. Des millions de Congolaises et Congolais inquiets de voir cette loi fondamentale foulée aux pieds par des architectes du « glissement » veulent bien croire aux engagements des uns et des autres de cheminer dans la voie de la « constitutionnalité » mais attendent des actes.

S’il y a une réelle volonté de ne pas s’écarter de la Constitution dans le chef des organisateurs et participants au dialogue, elle devrait se manifester avant tout, de manière claire, à travers le respect des contraintes qu’elle impose pour l’élection du Président de la République. Ainsi que tout le monde le sait, la principale source de la crise congolaise réside dans l’incertitude qui plane au sujet de la fin du second et dernier mandat présidentiel.

On se souvient que tout au long de l’année 2015, la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), ne faisait qu’invoquer le manque de moyens financiers pour soutenir qu’il était impossible de respecter les délais constitutionnels pour la tenue de l’élection présidentielle. Cette année, elle a trouvé un second prétexte, à savoir les contraintes techniques liées à la révision du fichier électoral pour estimer à au moins 16 mois le timing nécessaire à l’enrôlement de tous les Congolais en âge de voter. Mathématiquement, cela renvoyait l’élection présidentielle, au plus tôt, à la fin de l’année 2017 et, au plus tard, à l’horizon 2018.  C’est le lieu de rappeler qu’il y a trois mois, la Cour Constitutionnelle a été mise à contribution par la Majorité présidentielle pour donner ce qu’elle avait pensé constituer un verdict sans appel autorisant le Chef de l’Etat en exercice à rester en fonction jusqu’à la passation des pouvoirs avec son prédécesseur à désigner à partir des urnes.

            Point n’est besoin de rappeler le tollé soulevé par une décision judiciaire considérée par nombre de compatriote comme une caution à l’exercice, par le Président de la République, d’un mandat à durée indéterminée.

            Bref, l’alternance politique au sommet de l’Etat est devenue tellement hypothétique qu’un rapport des Nations Unies avait fait état, il y a quelques semaines, d’une fin d’année chaotique en République Démocratique du Congo. La Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo) avait été invitée à prendre les dispositions sécuritaires nécessaires pour parer au pire.

            En entendant hier les représentants de l’Union Africaine et de la Monusco, mais aussi le facilitateur Edem Kodjo et le « co-médiateur » Vital Kamerhe, insister sur la nécessité de la mise en œuvre, à l’occasion du dialogue, d’un calendrier électoral précis au sujet de l’élection présidentielle, l’on ose croire que la « ligne rouge » du 19 décembre 2016 devant la marquer l’expiration du dernier et second mandat de l’autorité morale de la Majorité présidentielle ne sera pas franchie.

            Il ne faut pas se voiler la face : l’enjeu majeur des pro et anti-dialogue s’articule autour de cette question vitale. Dès qu’elle sera résolue au travers d’un calendrier électoral qui ne laisserait plus planer le moindre doute sur les velléités de « glissement » du mandat présidentiel, la décrispation politique tant attendue pourrait s’opérer à la vitesse de l’éclair, naturellement en synergie avec la libération de tous les prisonniers politiques et d’opinions, la réouverture de tous les médias fermés, la fin du dédoublement des partis politiques de l’Opposition, etc.

Il reste à présent à observer la suite des propos et actes des participants au dialogue pour s’assurer que la promesse de ne pas énerver la Constitution sera tenue et qu’il n’existerait pas un agenda caché visant à endormir tout un peuple avant de le surprendre par des résolutions prêtes à porter ficelées de longue date.

                                                                                                                                    Kimp