Tolérance zéro : les Congolais apprêtent les vraies listes

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Dès l’annonce de la nouvelle phase de l’opération « Tolérance zéro », le ministre de la Justice et Garde des Sceaux a fait état, le week-end dernier, d’un important échantillon de ministres nationaux et provinciaux, de mandataires publics, de hauts fonctionnaires et autres criminels économiques se trouvant déjà sous le coup de poursuites judiciaires ou en passe d’être mis en examen. L’on s’attend à une longue liste de candidats virtuels à l’emprisonnement, d’autant que, de l’avis de ce membre du gouvernement, la justice pourrait remonter jusqu’aux dossiers n’ayant pas encore franchi la barre de 10 ans pour être frappés de prescription.

 Hélas, la « tolérance zéro » ayant laissé, depuis quatre ans, nos compatriotes sur leur soif, à cause des interférences diverses qui l’empêchaient de toucher indistinctement les pilleurs de la République, beaucoup soupçonnent la justice de ne pas être en mesure d’arriver au fond de la mare.

 Aussi, comme pour prendre au mot le Chef de l’Etat, parrain de cette opération « mains propres », l’on apprend que des milliers des Congolais se sont mis à apprêter leurs propres « listes », qu’ils estiment complètes et plus proches des réalités qu’ils vivent dans les secteurs des entreprises du Portefeuille, des mines, des hydrocarbures, de la justice, de la sécurité, de la territoriale, des violences sexuelles, des douanes et accises, des impôts, des titres immobiliers et fonciers, des recettes domaniales, etc.
 Dans un Etat où des individus se sont scandaleusement enrichis sans cause, où le Portefeuille de l’Etat s’apparente chaque jour à un patrimoine familial de quelques mandataires publics et leurs « parrains », où la justice n’a cessé d’être rendue selon la tête du « client », où de menus fretins ont souvent payé en lieu et place de vrais coupables… les Congolaises et Congolais sont décidés, cette fois, à tester l’efficacité des équipes chargées de rencontrer la volonté du Président de la République.
 Si tous ceux et toutes celles qui détiennent des dossiers des détournements des deniers publics, de spoliation des maisons et domaines fonciers de l’Etat, de fraude minière, pétrolière, douanière et fiscale, d’abus de pouvoirs, de trafic d’influence, de corruption, de concussion, d’atteinte aux bonnes mœurs, de grande criminalité…tiennent parole, il est sûr et certain que les parquets ainsi que les cours et tribunaux vont être bientôt débordés.
 La RDC va ainsi se diriger vers des dénonciations généralisées, tant les « affaires » de tous les formats sont en veilleuse, en raison du découragement qui a gagné plus d’un compatriote, au regard de la montée vertigineuse de la spirale de l’impunité.
 D’ici peu, l’appareil judiciaire congolais devrait devoir compulser non pas des centaines mais des milliers de dossiers. Il est à espérer que les magistrats du parquet comme du siège vont faire preuve de suffisamment de conscience professionnelle et d’abnégation pour apporter aux Congolais réponses diligentes dans le respect des règles du droit et de la vérité.

 D’où, l’on attend des responsables appelés à sortir la « tolérance zéro » du carcan du slogan ou du règlement des comptes un travail méthodique et exhaustif, de nature à convaincre tout le monde et chacun de la volonté du Chef de l’Etat de moraliser enfin la vie publique dans notre pays. Ainsi que le craignent certains, le grand danger qui guette ce type d’opération est la tendance à la soustraction des dossiers qui concernent les « écuries » notoirement connues comme hébergeant les vrais pilleurs de la République et les spoliateurs des biens des particuliers.
Les « Kuluna en cravates », les vrais, ne peuvent subir les rigueurs de la loi et donc cesser de nuire que si l’on arrive à établir, au niveau des instances judiciaires, des fichiers exhaustifs et non complaisants. Mais, de grâce, que le principe de la présomption d’innocence soit scrupuleusement observé. « Tolérance zéro » ne doit pas être le prétexte rêvé pour  de « réparer des injustices par d’autres injustices », comme le disait un célèbre prélat lors des travaux de la Conférence Nationale Souveraine (1991-1992).
        Kimp

 

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