Thambwe Mwamba révèle : la justice est corrompue !

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La bonne marche des affaires de toute nation ou l’émergence d’un Etat repose notamment sur l’efficacité de son système judiciaire. Si ce dernier est défaillant, on ne peut prétendre à un quelconque développement. Car, le désordre et l’anarchie prendraient le dessus sur les normes qui guident toute société.

C’est pourquoi, partant de ce principe sacro-saint de la justice
comme soubassement de tout développement, la déclaration faite
avant-hier par le ministre de la Justice et Garde des sceaux en marge
de l’ouverture de la session extraordinaire du Conseil Supérieur de la
Magistrature, a non seulement étonné, mais également indigné plus d’un
justiciable congolais ainsi que des étrangers vivant en République
Démocratique du Congo.
Le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba a jeté un froid
glacial dans la salle par sa déclaration qui n’a laissé personne
insensible.
S’exprimant pour la circonstance, le ministre a reconnu publiquement
qu’il existe désormais 2 décisions judiciaires sur la table des juges
en République démocratique du Congo, après avoir entendu toutes les
parties en présence. L’une est en faveur de la partie demanderesse, et
l’autre en faveur de la partie défenderesse. Et la victoire judiciaire
revient au plus offrant !
Autrement dit, le ministre reconnaît que la justice congolaise est
minée par la corruption. D’où pour l’emporter, il faudrait soudoyer
les juges. Celui ou celle qui n’a pas de moyens, part d’avance
perdant.

L’aveu d’impuissance
du ministre !

Cette déclaration faite par celui qui a pour mission de faire régner
l’ordre et la justice, se veut ni plus ni moins un aveu d’impuissance
dont il devrait logiquement tirer les conséquences. Car, on se pose
des questions sur son rôle au sein du gouvernement. En reconnaissant à
haute voix et publiquement que : « la détention et l’inculpation sont
utilisées par les magistrats pour soutirer de l’argent aux
justiciables » ou encore que « le juge prépare deux jugements à
l’avance, l’un donnant raison à chaque partie au procès, et ces
jugements sont montrés aux parties qui subissent un véritable chantage
», il a fait l’impression d’être dépassé. Citant le cas de la prison
centrale de Makala, sur quelque 5.000 détenus qui s’y trouvent, seuls
2.000 ont été condamnés. Autrement dit, la majorité des pensionnaires
y demeurent par la volonté des juges qui cherchent à se faire graisser
la patte .
Pour les observateurs, le ministre de la Justice devrait tout
simplement se gêner de prononcer de tels propos en public qui
l’incriminent lui-même.
C’est ici que l’opinion se demande : quel travail fait-il en tant que
ministre de la Justice, s’il est incapable de sanctionner les
antivaleurs ? Car, il ne doit pas se contenter de déplorer des
conséquences, alors que c’est lui qui détient la clé des sanctions en
vue de remettre les choses sur les rails. Ou il serait complice de
tous les désordres qui s’opèrent, ou il laisse faire pour des raisons
que lui-même connaît !
On rappelle que le même ministre avait aussi fait des déclarations
qui avaient suscité beaucoup d’indignation et de colère lors de
l’évasion des prisonniers à Makala, ainsi que la suite qui s’en était
suivie à travers l’ensemble du territoire national. Et jusqu’à
présent, les Congolais ne sont toujours pas informés des circonstances
ayant entouré à toutes ces évasions en cascade, même dans des prisons
jugées de haute sécurité.

Etat de droit : un rêve
pour la RDC

Avec cette déclaration d’impuissance et de désaveu faite par le
patron de la Justice, on se rend à l’évidence que la RDC ne peut pas
prétendre devenir d’ici peu un Etat de droit, ou encore concrétiser
son émergence à l’horizon 2030 comme le projette le chef de l’Etat.
Car, sans justice indépendante et neutre capable de réaliser sa
mission, rien ne peut marcher au pays. La bonne gouvernance ne restera
qu’leurre.
Par ailleurs, à travers cette déclaration ou mieux cette
reconnaissance des faiblesses du système judiciaire national, le
ministre vient de donner raison à ceux qui ont toujours fustigé la
justice nationale. Parce que chacun se posera désormais la question de
savoir : s’il vaut encore la peine de s’adresser à un tribunal, un
parquet ou à une cour aussi longtemps qu’on sait qu’on n’aurait pas
gain de cause si on n’a pas d’argent. Peut-être il faudra alors
rentrer au système traditionnel en mettant en vedette les chefs de
villages et autres instances populaires où la corruption n’a pas de
place.
Dom

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