Le territoire de Miabi abandonné à son triste sort

0
133

Regorgeant de nombreux gisements de diamants de joaillerie de Tshibue très convoités à l’ère du diamant, et d’immenses terres arables destinées à l’élevage et à l’agriculture, le territoire de Miabi, dans le district de Tshilenge, province du Kasaï oriental, est en principe
appelé à un bel avenir économique. Mais hélas ! Délaissé dans le programme des travaux d’infrastructures de fameux «Cinq chantiers de la République» et de la Révolution de la modernité, oublié dans le cadre du plan de modernisation des territoires et relégué au bas de l’échelle sur la carte des entités territoriales décentralisées à viabiliser avant la mise en œuvre d’une politique provinciale de développement, Miabi fait figure de parent pauvre du district de Tshilenge, le mal aimé qui affiche le visage d’une misère noire qui étrangle la population.

De retour d’une visite récente très édifiante sur le terrain, un
notable du coin en la personne d’Hubert Kadima, pour ne pas le citer,
non sans larmes aux yeux, le tableau presqu’apocalyptique de ce
territoire dont le relief, a-t-il dit, ressemble présentement à s’y
méprendre, à un paysage lunaire avec des cratères, des crevasses et
érosions causés par les exploitations minières anarchiques de la
Sengamines. L’impact environnemental et écologique négatif y est
important et a gravé des séquelles indélébiles dans la mentalité de la
population. L’herbe a poussé à travers les anciens champs de manioc,
de haricot, de coton, d’arachide et de maïs, tous à l’abandon après
l’exode rural suscité par la baisse des cours mondiaux du diamant.
L’exploitation minière artisanale presqu’à l’arrêt, la plupart des
comptoirs de diamant ont fermé leurs portes. Manquant de tout, la
population qui se nourrissait des chenilles, connait la malnutrition
et a besoin de l’assistance humanitaire pour faire face à la famine
qui cause déjà des dégâts. L’absence d’entreprises industrielles
pouvant générer des emplois a jeté dans la rue et dans la délinquance
de nombreux jeunes garçons et basculé des jeunes filles dans la
prostitution. Les quelques villages délocalisés sur décision des
autorités provinciales, les habitants avaient bénéficié d’une
insignifiante prime d’expropriation leur imposée par la province, sans
contrepartie en termes d’acquisition de nouvelles terres.
Le notable Hubert Kadima a également déploré le fait que le chef-lieu
du territoire soit confiné dans un espace qui s’apparente à cinq
petites avenues de Kinshasa. Le seul dispensaire dépourvu
d’équipements médicaux, sa pharmacie ne disposent plus que d’armoires
vides et le personnel médical se vide au jour le jour, au rythme du
découragement des infirmiers et des travailleurs. Une sœur religieuse,
pleine de compassion pour ses corrégionnaires abandonnés à leur triste
sort, se dévoue corps et âme dans un élan de patriotisme et
d’humanisme sans égal.
Il a fustigé en outre, la politique de déprédation de seules
ressources minières du territoire. Hier, c’était Sengamines qui a
fermé ses exploitations, après avoir exporté des milliers de petits
containers de sables et graviers et abandonné son personnel avec des
arriérés de salaires et sans décompte final.
Aujourd’hui, c’est SACIM ( Société AMI d’investissements miniers),
une nouvelle entreprise minière qui a repris le flambeau de
l’exploitation semi-industrielle du diamant depuis le 14 décembre 2014
dans le secteur de Movo Nkatshia. Comme marchant sur les traces de la
Sengamines, cet autre minier n’est pas en harmonie avec la population
locale. En effet, trois ans après son implantation à Miabi, ses
investissements sociaux au bénéfice de la population locale, laissent
à désirer ou sont inexistantes. Et ce, en dépit de nombreuses
promesses faites lors des discours officiels. Aucune action à impact
visible et durable, fait observer Hubert Kadima qui n’a pas vu une
seule infrastructure scolaire ni sanitaire digne d’appréciation. Cette
société n’a jamais compensé la démolition de l’unique pont jeté sur la
rivière Movo, contraignant les populations locales à parcourir de
longues distances à pied avec des charges très lourdes sur la tête et
le dos.
Lors de son séjour, Hubert Kadima s’est étonné de voir que la
localité de Tshibue, siège de la SACIM, rayonne depuis la mise en
service du barrage de Movo-Nkatshia, alors que les bureaux du chef de
groupement des Bashingala sont plongés dans le noir. Quatre puits de
forage d’eau, tel semble être le seul projet symbolique réalisé dans
le secteur de Kakangayi. Aux pas de caméléon où évoluent les petits
travaux de quelques infrastructures, par rapport à la vitesse
supersonique de l’exploitation minière, l’on croit comprendre que les
priorités des communautés locales riveraines comptent peu pour les
responsables de la SACIM.
Il pense qu’il est plus que temps de se lever comme un seul homme
pour revendiquer la prise en compte dans le meilleur délai, des
besoins sociaux des habitants du territoire de Miabi, en termes
d’infrastructures routières, scolaires et sanitaires, libérer des
emplois par la création des champs et des élevages, afin de soulager
leur misère. Ces cris de détresse d’une population déçue par
l’exploitation minière méritent une oreille attentive aussi bien des
autorités provinciales que nationales.

J.R.T.