Terreur de l’Ituri : le général Jérôme Kakwavu condamné à 10 ans de SPP

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justice6Le général de brigade Jérôme Kakwavu Bukande, l’un de redoutables  seigneurs de guerre qui avaient transformé le district d’Ituri en province Orientale, en chaudron d’enfer, entre 2002 et 2004, a connu vendredi dernier, son sort devant la justice congolaise.
En effet, la Haute cour militaire présidée par le 1er président Delphin Nyembo qu’assistaient les généraux Bivegete, André Kinkela, ClaudeYondo et Maurice Diasuka, en présence de l’OMP le général major Munkutu, et avec l’assistance du greffier en chef le colonel Jean Philippe N’Kiama Mata, vient, au terme d’un procès qui a pris plus de deux ans, de condamner cet ancien patron du groupe armé «  l’Union des démocrates congolais/ Forces armées du peuple congolais », à 10 ans de SPP et à 162 millions de FC de D.I. pour les victimes. Il devra également payer les frais de la présente instance.
Présent à cette audience et debout à la barre, le prévenu entouré de ses avocats, a suivi non sans émotion, avec la mort dans l’âme, l’arrêt qui a décidé de son avenir. Il aurait bien souhaité se voir acquitté pour tous les faits pour lesquels il était astreint devant la Haute cour militaire, mais les membres de la Haute cour militaire ont dans leur intime conviction, réalisé à la lumière de nombreux témoignages des renseignants et des dépositions des victimes vivantes ou des membres de famille de celles tuées par les hommes du général Jérôme Kakwavu, que les faits reprochés au  prévenu, étaient établis en faits et en droit.
A l’issue de cette audience, le général Jérôme Kakwavu a été ramené dans son domicile pénitentiaire de la Prison centrale de Makala où il aura à purger sa condamnation.

Un procès appelé à dissuader les seigneurs de guerre et chefs de groupes armés

Pour la petite histoire, plusieurs rébellions entretenues aussi bien par les groupes armés locaux que les mouvements rebelles étrangers ont transformé l’Est de la RDC, en un véritable chaudron d’enfer. Après le règne de l’Union des patriotes congolais décapitée avec l’arrestation et le transfert de Thomas Lubanga Diyilo et Germain Gatanga à la Cour pénale internationale, à la Haye en Hollande, un autre groupe armé créé par un ancien élément de la Police militaire, Jérôme Kakwavu, autoproclamé général de brigade pour le besoin de la cause, l’Union des démocrates congolais/ Forces armées du peuple congolais, a repris le contrôle du territoire en Ituri et de ses environs. La province Orientale a alors basculé dans l’horreur. Recrutement d’enfants soldats, viols de mineures et violences sexuelles, afin de nombreux crimes seront recensés sous le règne de ce groupe armé. Saisi par plusieurs rapports des ONG
étrangères et locales de défense de droits de l’homme et par les plaintes des victimes, l’auditeur général des Fardc lança des mandats d’arrêt. En appui à cette action, la Monusco parvient à l’arrêter et à l’acheminer à Kinshasa où il a été présenté aux autorités judiciaires.
Compte tenu de la gravité des faits mis à sa charge, des poursuites judiciaires seront actionnées contre lui. Il s’agit des crimes de guerre par meurtre. L’accusation retient contre lui celui commis le 22 novembre 2002, par ses hommes, sur le gouverneur Eneko et Archange Andra Leburu. Le 22 mai 2003, c’est Léopold Leti qui a été tué sous les ordres du général Kakwavu, à l’aide d’une houe.
Dans le territoire de Mahagi, entre février 2002 et 2004, les habitants opposés à rejoindre son mouvement et à participer aux hostilités,  subissent la loi de ses hommes. Sont tués sans autre forme de procès Ucican Tshombe, Denis Ukerbo et Ngangeni dans le village de Ndrele. Si dans le village Makofi, on a enregistré la mort d’Ukaba Depanda, Raphaêl Uciba est abattu à Tilali, Ave Andreano à Pamitugoza et Unen Musa à Mahagi.
Les magistrats enquêteurs de l’Auditorat général des Fardc ont également documenté d’autres faits perpétrés par l’UDC/FAPC en province orientale.
Notamment un crime de guerre par tortures à Aru, commis le 22 mai 2003 sur Combe Ngabu. Les miliciens de l’UDC/FAPC déversaient sur lui le liquide de sachets brûlés et lui ont refusé le droit de se laver pendant un mois.  La victime Mawa Asia alias Volvo retient de ce groupe armé, des tortures traumatisantes. Car il était fouetté pendant près de deux semaines, de 11 à 15 heures.
On avait aussi attribué deux cas de viols au chef militaire de l’UDC/FAPC  pour lesquels la Haute cour militaire a aussi condamné le général Jérôme Kakwavu, à 10 ans de SPP et au paiement de 30.000 dollars en francs congolais à chacune de ses deux victimes.
Pour Léopold Leti dont la peau porte encore les traces de brûlures, la haute juridiction militaire lui a alloué 20.000 dollars en francs congolais, 5.000 dollars en francs congolais pour Combe Ngabu. Et enfin, en faveur de chacune des victimes Unen Musa, Ngangeni, Denis Ukerbo, Ucican Tshombe, Raphaël Uciba, Ave Andreano et Ukaba Depanda, le montant de 10.000 dollars en francs congolais.
Signalons que le prévenu a été acquitté quant aux crimes de guerre par meurtre lui reprochés pour le gouverneur Eneko et Leburu, ainsi que sur Mme Christine Adokoragi.
Concernant les peines d’emprisonnement, la Haute cour militaire a fait application de l’article 7 du code pénal militaire, et prononcé une seule peine, la plus forte, celle de 10 ans de SPP.
Signalons que pour n’avoir pas été nommé par la hiérarchie des Fardc, l’on comprend pourquoi ce seigneur de guerre n’a pas été dégradé et exclu des rangs des Fardc.
J.R.T.

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