Tensions politiques et sociales préélectorales en RDC : le CLC interpelle l’UA

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Dans une lettre envoyée au président de l’Union Africaine (UA) en date
du 23 juin 2018, le staff du Comité Laïc de Coordination (CLC) attire
son attention sur la montée des tensions politiques et sociales en
République Démocratique du Congo à six mois de la tenue présumée des
élections présidentielle, législatives nationales et provinciales.
Cette structure de l’église catholique craint le pire pour le peuple
congolais en raison de l’absence des signaux de décrispation
politique, de l’opacité du fichier électoral et des incertitudes qui
pèsent sur le financement du processus électoral.
Un doigt accusateur est pointé vers le pouvoir en place, qui semble
s’accommoder du statu quo ante au sujet des recommandations contenues
dans l’Accord du 31 décembre 2018 au sujet notamment de la résolution
des contraintes politiques, financières et logistiques indispensables
à la tenue d’élections transparentes et apaisées, dans le nouveau
délai fixé dans le calendrier électoral publié le 05 novembre 2017.
L’implication de l’Union Africaine est vivement sollicitée en vue d’un
balisage total de la voie devant conduire aux élections en décembre
2018.
Kinshasa, ce 23 juin 2018

Copies pour information :
– Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies
– Monsieur le Président de la SADC
– Monsieur le Président de la CEEAC
– Monsieur le Président du CIRGL
A Monsieur  le Président de l’Union Africaine
C/° Quartiers généraux de l’union Africaine
Addis-Abeba (Ethiopie)

Objet : Appel du Comité Laïc de Coordination (CLC)
Sur la situation de la RDC

Monsieur le Président,

Le 10 Mars 2018, le Comité laïc de Coordination avait saisi ‘la
Communauté Internationale, par le Secrétaire Général des
Nations-Unies, pour attirer son attention sur la situation de blocage
que connaissait la mise en oeuvre de l’Accord politique et inclusif de
la Saint-Sylvestre qui devait conduire la ROC vers des ‘élections
crédibles, transparentes et inclusives, capables de garantir la paix
postélectorale.
En ce jour de la convocation de l’électorat en ROC, le CLC porte à
votre connaissance que cette situation n’a connu aucune évolution
positive. Aucune mesure significative d’impartialité et de bonne foi
n’a été d’application de la part des gouvernants et de la direction de
la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
En effet, aucun opposant politique emblématique n’a été libéré; aucun
exilé politique n’a pu regagner le pays; la tension sociale et
politique continue à être entretenue par des interpellations
fantaisistes et des arrestations arbitraires des membres des
mouvements citoyens ainsi que des activistes pro-démocratie et des
Droits de l’homme; les espaces démocratiques et médiatiques n’ont pas
été libéralisés; les mesures d’interdiction des manifestations
politiques ne sont levées que de manière sélective pour tromper la
communauté internationale.

De plus, contre toute attente, des affiches publiques dans le pays et
des propos de certains membres de la Majorité présidentielle font
ostensiblement état de la candidature du Président Kabila à un
troisième mandat, en violation de la Constitution et dudit Accord.
Concernant le financement des élections, on note à ce jour l’absence
de décaissements de fonds alors que le gouvernement a opposé un refus
catégorique à l’aide proposée par la Communauté internationale pour
soutenir ce processus.
Par ailleurs, la haute direction de la CENI a perdu toute crédibilité
pour garantir la transparence et l’inclusivité de ce processus, comme
l’atteste son obstination à imposer le recours à la machine à voter
non prévue par la loi et décriée par tous.
Les déficiences du fichier électoral relevées récemment par l’audit de
l’0lF, notamment l’existence d’une réserve de plus de 7 millions
d’inscrits sans empreintes digitales et la disparition des cartes
vierges, accentuent le doute sur son sens d’équité et d’impartialité.
Une crise totale de confiance s’est ainsi installée entre l’électorat
et l’organe chargé des élections.
Dans ces conditions, le résultat du processus électoral en cours, n’a
aucune chance de conforter l’unanimité nationale et de garantir la
paix pendant et après les élections. Cette situation est intolérable
d’autant plus que depuis 2016 toutes les institutions de la République
sont illégitimes parce que hors mandat. De plus, le pouvoir judiciaire
est fortement instrumentalisé pour soutenir cette situation et
permettre ainsi au régime en place de se maintenir en toute
illégalité. Si cette situation perdure, la RDC s’achemine vers un
chaos certain et généralisé.
Pour cette raison, le ClC, né de la volonté des fidèles catholiques
de répondre aux nombreux appels de la Conférence Episcopale Nationale
du Congo (CENCO), en vue des élections garantissant l’égalité des
chances, vous interpelle une fois encore pour solliciter une plus
grande implication de l’institution panafricaine, afin de permettre au
peuple  congolais qui a tant souffert, de vivre une alternance
pacifique qui puisse garantir la paix et la stabilité dans la région.
Pour sauvegarder l’intérêt commun, le CLC n’a pas d’autre choix, dans
les semaines qui viennent, que de reprendre ses actions, avec
l’ensemble du peuple congolais, plus que  jamais éveillé et mobilisé.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre haute
considération.
Pour le Comité Laïc de Coordination
Jonas Tshiombela
Julien Lukengu
Prof. Isidore Ndaywel
Gertrude Ekombe
Prof. Justin Okana
Franklin Mbokolo