Témoignage accablant sur l’assassinat de Mamadou Ndala

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1558558_771667046180142_1347535623_nDes erreurs de transcription ont dénaturé plusieurs passages de l’article de notre correspondant a Beni, Umbo Salama consacré au témoignage accablant d’un garde du corps du colonel Mamadou Ndala, assassiné le 2 juin 2014 a Beni, dans le grand Nord. Compte tenu de l’importance de ce témoignage et de l’intérêt qu’il pourrait représenter pour les enquêteurs, nous le republions dans les lignes qui suivent.

  (De notre correspondant a Beni, Umbo Salama)

Le colonel MAMADOU et les membres de son quittent l’Hôtel Albertine de Beni (ville située à environ 350 km au nord de Goma) où il étaient logés et prennent la direction d’Eringeti (à la frontière du Nord-Kivu) et de la province Orientale. Le Colonel qui venait de régler personnellement  ses factures d’hôtel avait, au moment de son départ, présenté ses vœux pour l’année nouvelle à tous ceux qui étaient présents dont beaucoup de curieux désireux de voir de près l’homme qui a mis militairement fin à la guerre du M23. Mais alors que les discussions semblaient s’animer sur les hauts faits d’armes du colonel Mamadou Ndala, voilà qu’une vingtaine de minutes après son départ, un militaire surgissait dans le hall de l’hôtel, essoufflé et en larmes. Il s’appelle Paul Safari et c’est l’un des gardes du corps du Colonel Mamadou Ndala.

L’homme est visiblement perturbé. A plusieurs reprises, il tente de s’exprimer mais chaque  fois, il éclate en sanglots. Que se passe-t-il, ne cesse-t-on de lui demander. Après un effort titanesque, Paul Safari lâche : «mon chef vient de mourir et il est mort sous mes yeux». La nouvelle tétanise toute l’assistance. Mais le moment de stupeur passé, une voix interrogé : «comment ça, mort ?». D’une voix toujours larmoyante, le garde du corps confirmé : «oui, c’est ça, ils l’ont tué». Et il précise : «j’ai bien vu et revu les hommes qui ont tiré». Paul Safari ajoute qu’Il a su identifier leurs tenues militaires et leurs armes. « Ce ne sont pas des ADF/NALU qui ont tiré sur nous», lance-t-il.

Le rescapé, troisième garde du corps de feu MAMADOU donne la chronologie des événements : «Nous avons bien et normalement quitté l’Hotel. Arrivés à NGADI (une dizaine de kilomètres à la sortie Nord de la ville de Beni), une partie du convoi nous a dépassés. Peu après, notre véhicule a bord duquel se trouvait le colonel a essuyé le tir d’une roquette. J’ai vu la roquette venir. Elle était bien dirigée contre le colonel. J’ai sauté du véhicule et j’ai commencé à tirer. Mes munitions se sont épuisées et donc, ce qui me restait, c’était de fuir, le camion commençait à brûler. Ce qui m’a le plus étonné, c’est que les hommes qui ont lancé la roquette portaient des tenues des FARDC et j’ai bien vu, ce sont des tenues des FARDC. Je n’ai pas compris. J’ai fui et ils m’ont poursuivi sans relâche jusqu’à une certaine distance, ils m’ont manqué dans la forêt. Là encore, j’ai revérifié leur habillement et encore, je me rends compte que ce sont nos tenues. Franchement, ce ne sont pas les ADF/NALU qui nous ont attaqués, peut-être s’ils ont aussi nos tenues et nos armes…Et c’est ce qui me fait le plus mal. Faut-il penser à un montage…».

 Des questions persistent

  Cette version s’est du coup répandue. Dans les villes de Butembo et Beni, deux grandes villes du grand Nord-Kivu, toutes les activités ont été paralysées. A Beni spécialement, la paralysie des activités a commencé déjà à 13 heures le jeudi, soit une trentaine de minutes seulement après que la mort de feu MAMADOU ait été confirmée. Dans la soirée déjà, des jeunes avaient commencé à brûler des pneus dans les rues et la panique était perceptible. Par petits groupes, les habitants de Beni commentaient le crime qui, très curieusement, « s’est déroulé en un endroit plus ou moins sécurisé et non sur le champ de bataille ». Est-ce que ce sont réellement les ADF/NALU qui ont tué l’homme fort ? Pourquoi le gouvernement a-t-il directement attribué cette attaque aux ADF NALU alors qu’aucun blessé n’avait été ni capturé ni présenté à la population ?  « Les manifestations de colère organisées le vendredi 03 décembre à travers les villes de Butembo et Beni ainsi qu’à travers les localités du grand Nord-Kivu (Mavivi, Oicha, Eringeti) après la mort du colonel MAMADOU NDALA, jeudi, ont montré combien la population de cette partie du pays comptait sur ce vaillant officier», se félicite Fabrice Maghulu, président de la société civile de Butembo, à environs 300 km au Nord de Goma, à l’est du pays.

Umbo Salama

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