Taxes : non à l’Etat-ligablo !

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DGIUne nouvelle dynamique semble née du côté des décideurs politiques congolais face à la prolifération des taxes dans l’espace économique, industriel, administratif, social et culturel  national. Il a fallu la grogne des armateurs et l’asphyxie des ménages de Kinshasa par l’emballement des prix des denrées de première nécessité produites localement pour faire bouger les lignes.

Le signal fort lancé dans le secteur des transports fluvial et lacustre par la suppression de 38 taxes jugées illégales exige d’être étendu à d’autres, où la RDC ressemble à un Etat-ligablo, dans lequel n’importe qui peut créer, percevoir et consommer une taxe, sans rendre compte à personne. A ce propos, l’image la plus répandue est celle des policiers de « roulage », qui truandent les automobilistes à tous les carrefours des routes asphaltées, en villes comme en provinces, et enfouissent les « mabonza » (pots de vin obligatoires) dans le fond de leurs poches ou de leurs bottes.

Mais, il n’y a pas que les agents de la Police de Circulation Routière qui excellent dans les tracasseries à l’endroit des usagers de la route. L’on dénombre, dans ce registre, des citoyens qui s’estiment autorisés à lever des taxes pour le compte du Foner (Fonds d’Entretien Routier) sur les fleuves et lacs, des services spéciaux dans les ports et aéroports, de l’Agriculture et de l’Environnement dans les dépôts de consignation des braises, du maïs, des arachides, des courges, des cossettes de manioc, des bananes plantain, des paniers de poisson fumé, des fûts d’huile de palme, etc.

Les barrières sur les routes nationales et de desserte agricole sont tenues solidairement par des éléments de la police de circulation routière, des services spéciaux, des FARDC, de l’hygiène, de l’Agriculture, de l’Environnement, de l’Economie, etc. Dans les villes et villages, des taxes administratives et fiscales sans tête ni queue frappent les agriculteurs, des éleveurs, des pêcheurs, des vendeuses de « malewa », des exploitants des débits de boisson, des maisons de communication, des ateliers de couture, de soudure et de menuiserie, des garages, des briqueteries, des moulins à manioc ou à maïs, des jardins potagers, etc.

Tout se passe sur les fleuves, lacs, routes, ports, aéroports, dépôts des marchandises, bureaux de l’administration publique…comme si l’Etat congolais n’avait aucun contrôle de ses taxes, pourtant génératrices de plantureuses recettes au quotidien, au bénéfice des individus sans scrupules.

Le laisser-aller a tellement gangrené la vie économique nationale que chaque province a résolu de créer, à côté des taxes du gouvernement central, ses propres taxes sur les mêmes produits. Pour le moment, la taxe qui fait couler le plus d’encre et de salive est celle d’embarquement dans les avions.

Certes, certains ministres ont appelé hier les armateurs, et implicitement l’ensemble des citoyens congolais, à faire front contre les percepteurs des taxes illégales. L’appel vaut tout son pesant. Il reste à savoir si les populations civiles et les opérateurs économiques disposent des moyens requis pour résister aux compatriotes en uniforme et armés au milieu d’un fleuve ou d’un lac, à bord d’un train, au carrefour d’une route, dans un port ou un aéroport. S’il est déjà difficile de faire front au « roulage » ayant empoché des documents de bord d’une automobiliste sur la terre ferme, que dire des tracasseries sur les cours d’eau ou dans la forêt, loin des regards indiscrets ?

Les autorités, soucieuses d’éradiquer le phénomène des taxes illégales, devraient penser à installer des structures  d’observation et de traitement rapide des abus signalés et pourquoi pas de réaction rapide dans les ports, aéroports, sur les routes, etc. Car si les citoyens se sentent en position de faiblesse face aux éléments tracassiers, ils risquent de se décourager très vite et de se résigner à subir.

Mais si l’Etat congolais s’investit franchement dans la voie de l’assainissement des taxes et de neutralisation de petits malins qui s’enrichissement impunément sur son dos, il pourrait dégager davantage des moyens pour son développement. Le challenge de la création des richesses et de la modernisation du pays est à ce prix.

Kimp

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