Tatcher Lusamba : « Peu importe les tentatives de révision de la Constitution, la dernière décision revient au peuple »

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Plusieurs spéculations tournant autour d’une tentative de révision de la constitution, ne cessent d’alimenter la chronique politique ces derniers temps. C’est ainsi que les FAC (Forces Acquises au Changement), ont lancé une pétition demandant le départ du président de la CENI, Apollinaire Malumalu. Pour en savoir plus, Le phare a interrogé, le 08 avril 2014 Tatcher Lusamba, coordonatrice-adjointe des FAC et membre influente de «Sauvons le Congo».

Le Phare : Pensez-vous que la pétition lancée contre le Président de la CENI a des chances d’aboutir?

Tatcher Lusamba : Oui! Cette pétition va bel et bien aboutir. Sur les 50.000 signatures que nous devons atteindre, nous en avons déjà réuni 47.000. Il ne nous reste plus que 3000 et dans 20 jours, nous savons qu’il sera possible de les réunir. Notre objectif, c’est le départ de Malumalu de la Commission Electorale Nationale Indépendante, afin que cette institution soit dirigée par un homme, impartial, intègre, honnête et libre d’expression. Des hommes transparents existent dans ce pays et c’est ce dont le peuple Congolais a besoin pour mieux assoir sa démocratie. D’ailleurs, nous allons recueillir au-delà des 40000 signatures qu’exige la Constitution.

Que reprochez-vous à Malumalu pour désirer tant son départ?

Premièrement, en tant que prêtre, l’Abbé Malumalu est passé outre les directives de sa hiérarchie (CENCO) lui interdisant d’assumer cette fonction de président de la CENI. En plus de cela, Malumalu n’est pas un homme impartial. Nous savons tous que depuis 2006, il a évolué dans le sillage présidentiel du pouvoir actuel comme conseiller. Il est impossible d’envisager une quelconque impartialité ou neutralité de sa part.

La révision de la Constitution concernant l’article 220 fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Quel est votre point de vu à ce sujet ?

La Constitution est un document sacré qui ne doit pas être révisée à tout moment. Nous devons de fois nous référer à l’histoire des USA où la Constitution est très respectée.  Chaque président qui passe veille à s’y conformer. Mais ce n’est pas le cas en Afrique, surtout au Congo, où à chaque événement, on doit réviser la Constitution pour un intérêt personnel. Et ça devient comme-ci le Congo appartient à une seule personne où à un petit groupe d’individus.

Pourquoi ne faites-vous pas confiance à Kabila qui a assuré qu’il n’a pas l’intention de changer la Constitution ?

Il y a beaucoup des signes qui montrent qu’il a cette intention. Je peux citer l’exemple de Claude Mashala qui s’est pointé pour dire qu’il va faire signer une pétition portant révision de la Constitution. A ce sujet, il y a un adage qui dit que si vous remarquez un poussin gonflé dans la casserole, c’est que la poule se trouve en-dessous. Cela veut simplement dire qu’il y a une main noire qui se cache derrière Mashala. Parce que je vois mal que celui-ci se réveille un bon matin et prenne la décision de faire signer une pétition à ce sujet.

La même Constitution prévoit la revisitasion de certains articles lorsqu’il y a un besoin qui se fait sentir ?

Le besoin, on l’aura après 2016. Depuis qu’ils l’ont fait en 2006, qu’est-ce qui a changé en RDC ? Où en sommes-nous maintenant ? À qui ça profite? Plusieurs se défendent en disant qu’on ne l’a pas changé mais plutôt amandée. Je dirai que ça revient au même. Les Congolais se sont déjà réveillés et sont conscients de tout ce qui se passe.

Les Congolais semblent préserver leur vie au lieu de la sacrifier à cause de la politique. Vous pensez qu’ils auront le courage de dire non à haute voix comme ça se passe sous d’autres cieux ?  

    Les Congolais ont un grand cœur. Ils donnent l’air de tout embrasser et tout accepter. Mais ils ont aussi conscience qu’en tant que peuple, souverain primaire, tout passe par eux. A plusieurs reprises, ils en ont fait l’expérience en le démontrant à la face du monde. C’est cette population qui a mis fin au règne de Mobutu, qui se croyait éternel, en accueillant à bras ouverts Mzee Kabila. Le feu  Président Kabila a su asseoir son pouvoir grâce au soutien de la population. Vous comprendrez que peu importe les plans qui peuvent se faire autour de la démocratie, la dernière décision reviendra toujours au peuple. Même s’il est vrai qu’il y a une partie de la population qui ne se préoccupe pas encore du sort de la nation en se laissant facilement conduire comme des aveugles au profit de leurs propres intérêts, il y a également des patriotes qui, malgré les multiples difficultés rencontrées (emprisonnement, fausses accusations, torture…), continuent à se battre pour l’intérêt de la nation au prix même de leurs vies.

En tant que femme de l’opposition, avez-vous des contacts avec celles de la majorité ? Y a-t-il des points communs à partager ?

Bien sûr que oui! En dehors de la scène politique,  nous nous côtoyons avec certaines qui sont des amies et d’autres même des sœurs biologiques. Et ensemble, nous discutons parfois de la politique et partageons les mêmes ordres idées en ce qui concerne la lutte de la femme puisque c’est une cause commune. Cette lutte se situe au niveau de l’égalité du genre et des chances à tous les niveaux. Les femmes, tout comme les hommes, après leurs études, ont le droit d’occuper les postes qu’elles méritent. Il n’est pas normal qu’on retrouve un déséquilibre criant entre le pourcentage des femmes et des hommes dans les entreprises aussi longtemps que tous ont fait les mêmes études dans les mêmes universités, surtout qu’actuellement, on trouve plusieurs femmes compétentes capables d’assumer de grandes responsabilités aussi bien que les hommes. D’où, nous voulons que la femme soit traitée au même pied d’égalité que l’homme.

Pensez-vous que les femmes sont en mesure de capitaliser les 30% leur accordés par le chef de l’Etat dans toutes les institutions? 

A mon avis, les femmes méritent plus que ça. Puisque la Constitution en son article 14 stipule que la femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions et non 30% seulement. Je pense que le fait de donner 30% à la femme, c’est la marginaliser encore parce que la constitution parle de l’égalité. Actuellement, les filles qui étudient sont beaucoup plus nombreuses qu’à notre époque. Et si on se limite à ce quota, quel sera leur sort sur le marché d’emplois.

 

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exercice de votre carrière politique? 

Les femmes sont exposées à plusieurs difficultés liées au sexe et au temps. Très souvent, on est obligées de participer à des réunions qui vont jusque tard dans la nuit, entourées des hommes dont on ignore l’état d’âme. Certains en profitent pour vous faire la cour, ignorant même votre état civil en tant que femme mariée surtout si vous êtes belle. Et lorsque vous avez un mari peu compréhensif et qui n’a pas assez confiance en vous, cela déséquilibre le foyer. Cette situation est même à la base des divorces de plusieurs couples dont les femmes sont politiciennes.     

Myriam Iragi et Perside Diawaku

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