Table ronde Omec/Collectif 24 : Loi d’accès à l’information : outil de protection du « genre » et des minorités

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L’Observatoire des Médias Congolais (Omec) et le Collectif 24, avec l’appui de FEI (France Expertise Internationale), dans le cadre du Programme Interbailleurs Médias pour la Démocratie et la Transparence en RDC, ont organisé le samedi 09 novembre 2013 à l’Hôtel Sultani, une table ronde sur le « Droit d’accès à l’information » à l’intention des acteurs politiques, de la société civile et des médias. Dans son mot introductif, le président de l’Omec, Polydor Muboyayi, a informé l’assistance que c’était la 4me fois, en l’espace de 10 jours, que la question était au centre des échanges entre les deux structures précitées et des représentants de la société congolaise.

 S’agissant de la rencontre du jour, il a fait savoir que l’intervenante Anna Mayimona de l’Ucofem (Union Congolaise des Femmes des Médias) allait plancher autour du sous-thème «Loi d’Accès à l’information et la sécurisation du genre» tandis que le professeur Thierry Nlandu allait parler de la « Loi d’accès à l’information et la protection des minorités ethniques et sociales ». Pour bien cadrer le contexte, Polydor Muboyayi a souligné que la RDC est le théâtre, depuis 1996, des ignominies innombrables avec comme principales victimes les femmes. Le viol, a-t-il relevé, est devenu un exercice quotidien non seulement des membres des milices armées mais aussi des civils non armés, notant au passage que les droits des femmes ne sont pas suffisamment reconnus. D’où, l’accès des femmes à l’information est déterminant car elles pourraient ainsi mieux se défendre et assurer leur devenir.

            Abordant sommairement la question de la protection des minorités, le président de l’Omec a indiqué qu’elle est au centre des fora internationaux depuis les années ’90. Partout au monde, on se préoccupe de la reconnaissance de leurs droits. Concernant le cas particulier de la RDC, il a rappelé les guerres sournoises dont elle est victime de la part de ses voisins sous prétexte de la défense des intérêts des minorités. Il a invité les participants à cette table ronde à réfléchir sur les pistes à dégager pour apporter des réponses aux problèmes des minorités.

Protection du « genre », cheval de bataille de l’Ucofem

            Abordant le sous-thème lui imparti, Anna Maimona a d’emblée déclaré que la protection du « genre » était le cheval de bataille de l’Ucofem (Union Congolaise des Femmes des Médias). A son avis, les relations homme-femme, tout en étant dynamiques, peuvent cependant être influencées par des facteurs tels que la race, l’ethnie et la classe sociale. Mais le droit d’accès à l’information étant fondamental et universel, parce que reconnu par plusieurs instruments juridiques internationaux, du reste ratifiés par la RDC, l’adoption d’une loi ad hoc viendrait combler un grand.

            Ce serait un outil important pour renforcer la gouvernance, la transparence dans la gestion des affaires publiques, la lutte contre la corruption et d’autres antivaleurs. Elle a prévenu que le monde étant devenu un village planétaire, notre pays ne devrait pas rester en marge. Une personne informée est mieux protégée, a-t-elle martelé.

            Anna Maimona a trouvé un lieu étroit entre le droit d’accès à l’information et le «genre», car un tel texte serait un instrument efficace de lutte contre l’exclusion de la femme, bien souvent marginalisée dans le débat public. Elle a également constaté que la place réservée aux problèmes de la femme dans les médias congolais était fort marginale. Elle pense qu’il est temps d’aller au-delà des clichés des femmes violées, en exploitant par exemple des thèmes relatifs à leur grande pauvreté, à leur faible instruction (analphabétisme), à leur sous-information, Aussi a-t-elle recommandé, en guise de conclusion, que la campagne que mènent présentement l’Omec et le Collectif 24 en faveur du droit d’accès à l’information soit soutenu par l’ensemble de la population congolaise.

Minorités… des bombes à retardement

            Le professeur Thierry Nlandu a abordé le droit d’accès à l’information comme outil de protection des minorités et partant de prévention des conflits. Il a relevé, d’emblée, la difficulté de les protéger juridiquement et surtout de les identifier. Quelles sont les ethnies ou tribus minoriteires en RDC ? Il n’a pu apporter une réponse à la question car la Constitution elle-même est muette à ce sujet.

            Le pays étant multi-éthnique, chaque ethnie ou tribu peut se considérer comme minoritaire en termes de représentation au sein du pouvoir politique, de répartition des richesses nationales ou de la sécurité. Aujourd’hui autant qu’hier, beaucoup de frustrations voire des conflits armés naissent à cause du contrôle du pouvoir politique, du pouvoir d’argent ou des structures sécuritaires par une seule ethnie qui place toutes les autres en situation de « minorités ».

            En conséquence, les Congolais ont tendance à aller chercher la protection politique, économique, sociale, sécuritaire au sein de leurs groupes ethniques. Le cas le plus typique est celui des Banyamulenge.

            Pourtant, jusqu’en 1998, les sujets rwandophones avaient cohabité avec les populations congolaises sans problèmes, assumant de hautes fonctions politiques et brassant de grosses affaires. Thierry Nlandu estime que la résurgence des associations ethniques en milieux de vie, de travail ou d’études (universités, instituts supérieurs) découle de la faillite de l’Etat dans sa mission de protection des ethnies. Pour lutter contre les tendances séparatistes, pense-t-il,  les gouvernants devraient garantir les mêmes droits à toutes les tribus et ethnies.

            Mais, l’écoute des minorités s’avère capitale. Il a pris l’exemple des Batwa (pygmées) de l’Equateur, auprès de qui il a mené une étude, en vivant pendant un temps dans leur milieu. Le professeur Thierry Nlandu dit avoir touché du doigt les frustrations de cette minorité – pourtant numériquement majoritaire à Bikoro – exclue de l’école, des institutions politiques provinciales, de la vie communautaire, à cause des préjugés. Entre-temps, des lobbies internationaux ont déjà pris en charge la problématique des pygmées. Si les autorités politiques ne s’informent pas correctement sur les aspirations des pygmées, on risque d’être surpris de les voir un jour revendiquer la jouissance de leurs richesses (forêts, pétrole, plantes médicinales) au détriment de la Nation. On ignore qu’il y a une montée d’intellectuels, d’officiers, hommes d’affaires … Batwa.

L’heure de la mobilisation générale

            Plusieurs participants ont apporté leur contribution à l’enrichissement des sous-thèmes ainsi développés, cas du Secrétaire Général de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), Bruno Mavungu, du Secrétaire général de l’UNPC (Union Nationale de la Presse Congolaise), Kasonga Tshilunde, du Secrétaire Exécutif du Collectif 24, Henri Longendja et du vice-président de l’Omec, Jean-Robert Efalema. Plusieurs questions émanant des participants ont reçu des éclairages voulus de part d’Anna Mayimona et Thierry Nlandu.

            En réponse à une question relative à la pauvreté de la presse congolaise et à son manque de dynamisme, Polydor Muboyayi a déploré la non exécution des textes officiels (Ordonnance 012 du 2 avril 1981 et Loi 96/02 de 1996) prévoyant un régime de facilités (tarifs préférentiels pour les droits d’entrée des intrants, machines d’imprimerie destinées spécifiquement à la presse écrite et/ou tout autre  matériel contribuant à la diffusion des informations. Les mêmes tarifs préférentiels concernent les transports aériens, fluviaux, lacustres, ferroviaires et routiers ainsi que les matières comme  l’eau, l’électricité etc) ainsi que l’aide publique à la presse. Pour ce qui est du professionnalisme, il a rappelé le coup de boutoir assené en 1990 par les journalistes congolais à certaines publications étrangères qui avaient le monopole du marché, en comblant le déficit informationnel qui frappait leurs compatriotes.

            Après cette observation, il a chuté en appelant à une mobilisation générale des Congolais en faveur de la prise en mains sans délai de la Loi d’Accès à l’Information. Car, celle-ci pourrait favoriser une plus grande transparence dans la gestion de la « Cité » par l’obligation de rendre compte et pousser le pays dans la voie de sa renaissance politique, économique, culturelle et sociale. Elle devrait pousser les gouvernants à faire plus attention à leurs actes. La société congolaise, quant elle, serait plus ouverte, avec des citoyens qui jouerait véritablement leur rôle de surveillants de gestionnaires de l’Etat.                                               Kimp

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