Succession de Simon Floribert Mbatshi : la bataille du Bas-Congo a commencé

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Cela fait deux semaines depuis que Simon-Floribert Mbatshi Batshi a rendu son tablier de gouverneur du Bas-Congo. L’homme a choisi de siéger comme député à l’Assemblée Nationale. Ainsi, la course à sa succession s’est tacitement ouverte. A en croire les nouvelles en circulation dans l’espace Ne Kongo, les prétendants au poste laissé vacant se nomment Gilbert Kiakwama, Robert Mbuinga, Honoré Kikoka Toni, César Lubamba, Pierre-Anatole Matusila, Jean-Claude Vuemba, Ne Muanda Nsemi, Jacques Mbadu… et vraisemblablement Deo Nkusu.

Mais, pour l’instant, la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) n’a toujours pas ouvert les appels à candidatures. Ce mutisme commence à troubler les esprits, d’autant que selon l’article 160 de la Loi Electorale, dès qu’un Gouverneur de province est réputé démissionnaire, l’élection pour son remplacement est organisée dans les 30 jours. Cette disposition, qui était appliquée à la lettre en son temps au Sud-Kivu, au Maniema, à l’Equateur, au Kasaï Occidental et au Bandundu, poserait-elle problème au Bas-Congo ? Entre-temps, le Vice-Gouveneur Deo Nkusu, chargé de l’intérim de son titulaire démissionnaire risque d’entrer dans les prolongations.  On rappelle qu’il persiste dans le subconscient du Bas-Congo profond l’idée de la gouvernance tournante.

Les Ne Kongo du district de la Lukaya se plaignent notamment d’avoir été laissés au bord de la route depuis bientôt 15 ans. Après deux mandats successifs des Cataractes avec Fuka Unzola et Séraphin Bavuidi, suivi de celui de Jacques Mbadu puis César Tsasa di Ntumba pour le Bas-Fleuve, l’année 2007 a consacré la cohabitation Mbatshi (Bas-Fleuve) avec Deo Nkusu (Cataractes).
Logiquement, le principe de l’alternance voudrait que le prochain gouverneur du Bas-Congo sorte des entrailles de la Lukaya. Si un compromis est acquis à ce sujet, l’on devrait laisser les originaires de ce district se disputer le poste, quitte à glisser un représentant du Bas-Fleuve ou des Cataractes comme vice-gouverneur. La cohésion de la province est à ce prix.

Le profil des prétendants au gouvernorat

1. Gilbert Kiakwama Kia Kiziki : Député réélu de la circonscription de Mbanza-Ngungu, dans les Cataractes, il continue d’être étiqueté comme un « Kengo-boy », car membre du clan de l’ancien Premier ministre Léon Kengo wa Dondo, un des dignitaires du régime Mobutu. Ministre de carrière, il fit la pluie et le beau temps au portefeuille de l’Economie.

Après être passé par la « blanchisserie » de l’Union Sacrée, durant les années CNS (1991-1992), il a réussi à se confectionner un costume d’opposant radical. Président de son propre parti, la CDC (Convention des Démocrates Chrétiens), il a tiré son épingle du jeu, durant la dernière législature, à travers des motions, questions orales, interpellations et interventions pertinentes. La plus mémorable de ses sorties à l’hémicycle de Lingwala fut, en 2007, son face à face avec le Général Denis Kalume, alors ministre de l’Intérieur, dans l’affaire des massacres des adeptes de Bundu dia Kongo.

2. Robert Mbuinga : Député élu de la circonscription électorale de Tshela, dans le Bas-Fleuve, il s’est fait l’étoffe de « kabiliste » depuis plusieurs années. Il a commencé à se faire entendre au ministère des Affaires Etrangères, où il avait assumé la fonction de vice-ministre. De là, il était passé à la tête du Fonds Social avant d’atterrir à la tête de la RVM (Régie des Voies Maritimes). En dépit d’une conjoncture difficile, il a pu redresser, tant soit peu, la situation de cette entreprise publique.

3. Honoré Kikoka Toni : Premier Avocat Général de la République jusqu’à son élection comme député national, le 28 novembre 2011, il a fait l’essentiel de sa carrière dans la magistrature. Plusieurs fois Procureur Général près les Cours d’Appel à travers le pays, il s’était fait un petit nom dans l’instruction des dossiers ultra-sensibles. Avant de troquer sa toge de magistrat contre sa veste de député national, il a longtemps mené des actions philanthropiques (orphelinats, écoles) à la tête de la Solidarité pour le Développement de Kimvula (Sokidev), une structure versée dans le développement communautaire à Kimvula, son territoire d’origine, dans le district de la Lukaya.

Il a tellement fait pour ses frères et sœurs du terroir, notamment pour le désenclavement de leur contrée, que ceux-ci lui ont rendu doublement l’ascenseur : d’abord en lui accordant 72% des suffrages lors des législatives par rapport à ses concurrents ; ensuite en élisant Joseph Kabila avec 71% à l’élection présidentielle. C’est l’un des rares territoires du Bas-Congo où le Chef de l’Etat a pu échapper au rouleau compresseur de l’Opposition. Membre du MSR (Mouvement Social pour la République), c’est un jeune politicien qui monte dans l’opinion locale et provinciale.
Les observateurs pensent que sa solide formation et expérience de juriste son aura à Kimvula, sa virginité politique, sa sensibilité d’activiste au sein d’une ONG rurale et sa vision globale de la situation sociale, politique et économique du pays grâce à diverses mutations de service seraient des atouts majeurs pour gérer autrement la province du Bas-Congo.

4. César Lubamba Ngimbi : Fort discret mais efficace comme Vice-ministre des Finances dans l’équipe Muzito I mise en place en septembre 2008, il va finalement passer, en février 2010, à la tête du ministère de l’Urbanisme et Habitat, qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin de la législature. Elu député national en novembre 2011, il est de ceux qui ont décidé d’abandonner leurs charges ministérielles pour la députation nationale, afin d’échapper à la trappe de l’incompatibilité.
L’appétit venant en mangeant, on prête à celui qui est souvent peint comme un technocrate de carrière, l’intention de lorgner le fauteuil laissé vacant par Simon Floribert Mbatshi, originaire comme lui, du district du Bas-Fleuve.

5. Pierre Anatole Matusila : Médecin de son état, il est cité comme l’un des pionniers de la Société Civile congolaise, depuis les années CNS. En 2006, il a affiché une ambition politique qui a paru démesurée au commun des mortels : candidat à la présidentielle. L’échec était certain sur une liste de 33 concurrents, sur laquelle le Bas-Congo avait davantage compromis les chances de ses enfants avec 4 candidats (Matusila, Diomi et les deux sœurs Nlandu).
Après un long passage à vide et une victoire judiciaire à l’arrachée face à feu Kimasi, pour le contrôle de l’ABACO (Alliance des Bâtisseurs du Congo), il est revenu en force en se faisant élire député national. Ses visées pour le gouvernorat du Bas-Congo n’étonnent personne.

6. Jean-Claude Vuemba : Ancien responsable de la JMPR (Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution) en France, sous le régime Mobutu, il est le fils d’un célèbre politicien et hommes d’affaires aujourd’hui disparu, Mvuemba Thomas et le petit-fils de feu Luzamba, un chef coutumier bien connu sur les terres de Kasangulu.
Jean-Claude Vuemba est de ceux qui, avec Kiakwama, Lisanga Bonganga, Busa et autres Okundji, ont fait entendre la voix de l’Opposition à l’Assemblée Nationale, entre 2006 et 2011, malgré l’infériorité un numérique de leur famille politique. C’est ce talent de tribun mais aussi sa proximité avec sa « base », pense-t-on, qui lui permis de rafler de nouveau la mise à Kasangulu, avec plus de 13.000 voix, laissant son poursuivant direct autour de 2.000 voix.
Il est un sérieux candidat à la succession du duo Mbatshi-Nkusu, dont il n’a cessé de critiquer les méthodes de gouvernance tout au long de leur mandat.

7. Ne Muanda Nsemi : En terme de popularité, Zacharie Badiengila, mieux connu sous l’identité de Ne Muanda Nsemi, n’a pas son pareil au Bas-Congo. En 2005, il a fait un raz de marée à Luozi, son territoire d’origine, lors des élections législatives. Fondateur de la célèbre secte Bundu dia Kongo aujourd’hui dissoute à la suite des événements de janvier 2007, il se prenait pour l’envoyé de Dieu appelé à succéder à feu Joseph Kasa-Vubu au plan politique et à Simon Kimbangu au plan spirituel. Après la dissolution de sa secte par le ministère de l’Intérieur en 2007 et le refus de la même tutelle d’agréer son nouveau parti, Bundu dia Mayala depuis 2010, il a dû adhérer à dernière minute à Congo Pax pour se faire réélire député national dans le district de la Funa.
Il n’a cessé de nourrir l’ambition de diriger le gouvernorat du Bas-Congo, après avoir perdu, avec Fuka Unzola, de manière inattendue, contre le duo Mbatshi-Deo Nkusu en 2007.

8. Jacques Mbadu : Il a déjà eu à exercer la fonction de Gouverneur du Bas-Congo, à titre intérimaire. Celui qui se prend pour l’homme politique le plus populaire de Boma, surtout dans les milieux de jeunes, où il se fait appeler « Jacques ba moyens » a décroché, sans coup férir son mandat de député national en novembre 2011.
Très ambitieux politiquement, il a fait du bon travail au Sénat, où il était très actif à la tribune. C’est tout naturellement qu’il se trouve sur la liste des candidats à la succession de Mbatshi Batshia.

9. Deo Nkusu : Vice-gouverneur du Bas-Congo depuis 9 ans et propulsé au poste grâce au sésame du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), il a traversé la rue, avec titre et bagages, pour le PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) au beau milieu de la dernière législature. Gouverneur intérimaire, il rêve de rester au poste en s’attirant la sympathie des députés provinciaux. On laisse entendre qu’il se serait déjà engagé dans des actions de charme en direction de ce petit corps électoral.

Mais l’on craint que l’aveu de son impuissance à moissonner pour Kabila en 2011 ne soit un sérieux handicap pour lui. Selon le Soft du 17 février 2012, n°1152, le Bas-Congo tient la queue des votes pro-Kabila avec 19, 86%.  Dans l’imaginaire des Ne Kongo, la page Mbatshi-Nkusu devrait être tournée au plus vite et sans état d’âme.
En définitive, le sort de tout ce beau monde repose entre les mains de 29 députés provinciaux. Les Ne Kongo espèrent que ce corps de «grands» électeurs» va faire, le moment venu, le bon choix.

KIMP

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