Stéphanie Manfroy Boale tient à la promotion de langues nationales

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Enfin, les langues nationales congolaises trouvent un défenseur vraiment engagé en la personne de l’écrivain Stéphanie Manfroy Boale. Elle estime qu’elles ont un avenir radieux dans le monde littéraire. Elle exhorte d’autres écrivains à faire autant dans les langues qu’ils maîtrisent. Pour elle, l’Etat doit promouvoir la littérature dans nos langues nationales, mais à une condition : qu’il y ait d’abord une émergence des œuvres. Le Phare vous convie à suivre l’interview qu’elle a bien voulu nous accorder et dans laquelle se dégage clairement son inébranlable volonté de poursuivre son aventure littéraire en lingala. 

Le Phare (LP): Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un roman entièrement en lingala ?

Stéphanie Manfroy Boale (SMB): C’est l’envie de partager ma passion d’écriture avec ceux qui aimeraient bien lire mais éprouvent des difficultés avec un texte écrit en français. C’est pourquoi je me suis décidée d’écrire dans une de  nos langues nationales. Si j’ai choisi le lingala c’est parce que c’est ma langue maternelle et c’est une langue que je maîtrise bien. Et aussi parce que j’ai appris cette langue à l’école et je la parle dans mon milieu de vie. 

LP : A quel public cible avez- vous pensé en écrivant « Ntoma » ?

SMB : Dans cette œuvre, je ne parle que des réalités qu’on trouve dans notre société. Par là, j’ai voulu atteindre la famille et aussi la jeunesse. Les faits relatés dans « Ntoma » se retrouvent dans notre société et les enfants apprennent encore le lingala dans nos écoles, j’ai vraiment pensé à leur offrir un manuel en lingala pour leur faciliter la lecture. 

LP : Quel a été l’accueil réservé à Ntoma par les Occidentaux et les Congolais en Belgique ?

SMB : Les gens étaient d’abord surpris de découvrir un roman entièrement en lingala d’où leur intérêt à le lire. Beaucoup de parents l’ont acheté parce que ce livre va permettre à leurs enfants qui parlent lingala d’avoir un manuel avec qui ils vont apprendre davantage la langue qu’ils parlent. C’était bien accueilli, mais pour les enfants.

            Les Occidentaux qui étaient au Congo et qui savaient parler le lingala étaient vraiment contents de lire ce roman. 

LP : Pensez- vous que nos langues nationales ont un avenir dans le monde littéraire congolais ?

SMB : Bien sûr. Il ne faut pas oublier que la culture congolaise est riche à tous points de vue. Malgré l’influence de langues occidentales, nos langues n’ont rien perdu de leur existence. Elles sont parlées partout et en tout lieu. D’où si nous voulons promouvoir notre culture, il faut le faire dans nos langues.

Notre culture est véhiculée par nos langues et nous ne pouvons pas promouvoir notre culture sans faire promouvoir nos langues. 

LP : Votre premier roman « Le testament d’une mère » était écrit en français, le second « Ntoma » en lingala. Allez- vous naviguer dans les deux langues ou finirez- vous par choisir l’une d’elles avec le temps ?

SMB : Non. Je vais continuer à utiliser le français et le lingala parce que tout simplement mes lecteurs sont issus de ce public bilingue. Puisque mon plaisir c’est de partager avec eux mes aventures, raison pour laquelle je vais écrire dans ces deux magnifiques langues.

Dommage que je ne maîtrise pas les trois autres langues nationales, cependant je tiens à exhorter d’autres écrivains à s’exprimer dans nos langues nationales. 

LP : Que recommandez- vous à l’Etat congolais pour la promotion de la littérature dans nos langues nationales ?

SMB : Je recommande plutôt aux Congolais de s’exprimer dans les langues nationales. Plus il y a une émergence des œuvres dans nos langues, c’est à ce moment là que l’Etat va agir.

 

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