Stade municipal moderne à Matete : l’équipe Matata ressusciteKembo

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Les sportifs kinois ont accueilli avec beaucoup d’enthousiasme la nouvelle de la construction d’un stade municipal moderne dans la commune de Matete. Le site désigné est le terrain de football situé en face du quartier Mutoto, de l’église catholique Saint Alphonse et en diagonale de la maison communale.

            Pendant des décennies, cette aire de jeu a servi à la formation et la propulsion de nombreux jeunes talents qui se sont distingués plus tard dans les grandes formations sportives de la capitale. Même l’équipe nationale « les Léopards » a puisé énormément dans cette pépinière. L’opinion se souviendra du renforcement régulier à chaque fin de saison des équipes de la division d’élite par des entraîneurs et de jeunes turcs issus des clubs de la municipalité de Matete.

Matete, grande pépinière de sportifs de renom

            L’entraineur TambweLeya y a peaufiné son fameux système de « tourbillon choc » dans DaringMatete avec des perles rares de la trempe d’Emmanuel Kakoko, Ricky Mavuba, ChamproMoembo, SoukousMakelele, RigoudiMiolo, Albert Tubilandu, etc. Les Florian Lobilo, Aaron Babayila, Siampasi, Etienne Binda, Tex Mbungu, Louis Adoko, Augusto Mbambu et tant d’autres joueurs talentueux qui ont fait la pluie et le beau temps dans les teams phare de la capitale, proviennent tous de cette mère nourricière.

            Plusieurs joueurs ayant évolué sur ce terrain chauve, ont défendu les couleurs du grand Zaïre à la phase finale de la Coupe du monde organisée en Allemagne fédérale en 1974 : Tubilandu, Kakoko, Kembo, Mavuba, Lobilo… Quelle fierté !

            Cette aire de jeu a été le théâtre d’autres événements de taille. Les anciens Matetois se souviennent encore des spectacles populaires animés par NgombeBaseko, dit « Me Taureau », lui qui excellait dans toutes les danses en vogue en Occident : tango, merengue, pasodoble, twist, jerk, etc.

L’évangéliste George Foreman à l’œuvre

 

            L’ancien champion du monde de boxe des poids lourds George Foreman s’y est produit quelques mois après avoir été dépossédé de sa couronne par Ali Muhammad. Cette fois-ci, en arborant le costume d’un évangéliste venu répandre la bonne parole.

            Sur ce même terrain chauve, le Racing Club Matete dit « Armée rouge », le Fc Lumière (Mbonge), les formations traditionnelles de V.Club, Daring, Dragons, Lustin, Billoise, Liège, y ont affûté leurs armes, servant de rampes de lancement aux jeunes vedettes décomplexées prêtes à en découdre avec n’importe quel adversaire.

            Pendant de longues années, cet espace de jeu dédié à la mémoire de l’artilleur d’élite Jean Kembo a échappé à la convoitise de nombreux occupants anarchiques qui ont tenté en vain d’y ériger des constructions à usage commercial ou résidentiel. Les téméraires qui se sont hasardés à y déverser des matériaux de construction, ont chaque fois été déboutés par les jeunes sportifs matetois protégeant jalousement l’unique terrain resté en bon état. Soit dit en passant, les anciens espaces verts où les jeunes s’exerçaient, ont tous été lotis aux quartiers Lokoro (Eglise protestante), Bahumbu (Ecole secondaire), etc.

« Monsieur but » déniché à Kisantu

 

            Les dirigeants du team vert et noir découvrent Jean Kembo et un véloce ailier répondant au sobriquet de Petit Cherain ou VW. à 120 km de la capitale. Un match amical est organisé entre les deux formations V.Club et le Fc Dragons d’Inkisi à Kisantu. Seul le jeune matetois va réussir brillamment son test d’admission sur le terrain du Collège Albert Ier (Boboto).

            Curieuse coïncidence, « Petit Jean » endosse le maillot des Dauphins noirs au même moment où le Racing club Matete accède en première division. Les sportifs matetois sont gâtés et viennent en grand nombre non seulement soutenir leurs ambassadeurs au championnat d’élite, mais aussi d’autres athlètes de leur municipalité qui se distinguent dans les autres formations sportives.

            Jean Kembo crève l’écran. Il se signale par son but hebdomadaire à chaque match de championnat. Ce qui lui vaut le surnom de « Monsieur but » par le journaliste Lucien Tshimpumpu. Il termine en tête du classement des buteurs. Dans la foulée, l’entraîneur national le convoque au sein de l’équipe nationale. C’est parti pour une longue et fructueuse carrière sur le plan national et international.

            Ses prestations lui procurent un revenu significatif. Plutôt que de déménager ailleurs, Pinto fait construire une annexe dans la parcelle familiale au quartier Ngilima. Rien ne change dans ses habitudes, les mêmes amis d’enfance, les mêmes habitudes : culinaires, des efforts redoublés dans la préparation des rencontres sportives, le footing à la tombée de la nuit sur les grandes artères de Matete, Lemba, Limete pendant que les siens veillent au grain à bord d’un véhicule balai…

A l’école du « béton armé » pratiqué par le FC Lumière

 

            Les sportifs matetois sont connus pour leur combativité,  leur témérité et leur esprit « va-t-en guerre ». C’est sur ce terrain municipal que Jean KemboUbaKembo vient parfaire sa forme lors des séances d’entraînement du Fc Lumière. Cette formation sportive a la particularité de pratiquer le « béton armé », un jeu viril où les attaquants, défenseurs ou middlemen ne sont nullement ménagés : souffrir à l’entraînement pour présenter des arguments solides pendant la compétition..

            Comme « Monsieur l’Anglais » est toujours confronté à des adversaires coriaces décidés de le placer sous l’éteignoir et l’empêcher de faire parler la poudre, Pépé Kembo préfère se frotter, lors des séances d’entraînement, à des sparring-partners aguerris et rompus à toutes les techniques. Ce qui lui permet d’arrêter des stratégies à même de mettre en doute les armoires à glace qui lui sont souvent opposées sur l’aire de jeu.

            Il sied de noter qu’au cours de ces séances d’entraînement, personne ne lui fait des cadeaux, la consigne étant de placer tout le monde sur un même pied d’égalité. Ne vous étonnez pas de voir l’avant-centre de V.Club et des Léopards ne reculer devant aucun adversaire sur le terrain au point même de terroriser certains parmi eux.

Curieusement, Jean Kembo ne traîne pas dans les débits de boisson. Très peu d’alcool, pas de cigarette. Tenues vestimentaires à la mode. Beaucoup de conquêtes féminines, surtout les grandes vedettes. A l’époque, les footballeurs et les musiciens se livrent à une rude concurrence dans ce domaine. Force est de constater que les Kembo, Kakoko, Mayanga, Mayaula, Mbuli, Kibonge et tant d’autres en font voir de toutes les couleurs aux musiciens dont nous taisons le nom…par pudeur.

Atterrissages forcés sur les gardiens de buts

 

            Quand il se trouve dans un grand jour, la puissance de feu de « Petit Jean » cause de sérieux dégâts sur le terrain de jeu. Les gardiens de but en savent quelque chose, eux qui sont souvent surpris et victimes des charges déséquilibrantes du « commando suicide ». Sa vitesse d’exécution est telle que beaucoup d’arbitres sont pris de court et n’y voient que du feu. D’où les difficultés qu’ils éprouvent de l’attraper la main dans le sac et de le sanctionner en conséquence.

Revisitez les atterrissages forcés effectués par Jean Kembo sur le gardien de l’Ashanti Kotoko de Kumasi en finale de la coupe d’Afrique des clubs champions à Kinshasa et sur le goal-keeper de l’équipe nationale du Maroc lors du tournoi triangulaire Zaïre-Zambie-Maroc qualificatif à la phase finale du Mundial 1974. La défense marocaine excédée par la furie du jeune avant-centre des Léoprds, finit par l’esquinter. Pour des raisons évidentes, Jean Kembo n’effectuera pas le déplacement de Casablanca au match retour, les autorités du pays ayant préféré ne pas l’exposer à la vindicte des supporters chérifiens en lui versant l’intégralité de ses frais de mission et prime de match à Kinshasa.

            C’est grâce à ces résultats obtenus à la sueur de leur front que les Léopards obtiennent chacun, en guise de cadeau du président Mobutu, une villa de la Caisse nationale d’épargne et de crédit immobilier à la Cité Salongo « Léopards », une voiture VW Passat chez AZDA et un compte bancaire à la CNECI. Un exemple à suivre par les sportifs congolais qui doivent s’habituer à une préparation rigoureuse avant d’aller au front plutôt que d’attendre des sacres à l’improviste qui ne reposent sur aucun soubassement crédible.

Grand attachement à la municipalité de Matete jusqu’au bout

            Très attaché à sa municipalité, Jean Kembo vend plus tard sa villa de la Cité Salongo Léopards pour acheter une autre maison à Matete, au quartier Ngilima où il installe définitivement ses pénates. En dépit de la forte popularité dont il jouit, l’intéressé continue à vivre dans la convivialité. D’ailleurs, il n’est pas rare de le voir affûter ses armes avec son compagnon Freddy MayaulaMayoni au sein de l’équipe de Lumière sur le terrain municipal de Matete. Gare aux adversaires qui osent leur mener la vie dure ! Les jeunes footballeurs de Matete sont aussi gâtés de le voir de temps en temps mouiller sa vareuse à leur côté pendant l’intersaison. Il n’hésite pas à leur prodiguer des conseils, vu sa détermination de voir les sportifs de sa commune aller toujours de l’avant. C’est à juste titre qu’il est honoré aujourd’hui avec l’érection d’un stade municipal moderne en son nom à Matete. A titre posthume.

Jean NTELA NKANGA

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