Sous couvert d’un énième incident frontalier : RDC-Rwanda, le décor d’une nouvelle guerre

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Des tirs aux armes lourdes (mortiers et roquettes) ont opposé, durant une bonne partie de la journée d’hier mercredi 11 juin 2014, des militaires congolais et rwandais à 25 kilomètres de la ville de Goma, au niveau de  Buhumba, village frontalier congolais. A en croire le colonel Ephrem Ramazani, commandant régional des commandos congolais, c’est l’enlèvement d’un soldat congolais, près de la frontière, en territoire congolais, par des éléments de l’armée rwandaise, qui serait à la base des affrontements. Version confirmée par le colonel Hamuli, porte-parole de la 8me Région Militaire, qui a souligné que le militaire enlevé était même tué. Le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku, a confirmé lui aussi l’entrée des troupes rwandaises en territoire congolais et la prise en otage d’un élément des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo).

             La partie rwandaise, quant à elle, accuse les militaires congolais d’avoir traversé la frontière commune, ce qui a entrainé la riposte de l’armée de Kagame. Selon un communiqué officiel rendu public par Kigali, cinq militaires congolais auraient été tués. Les médias périphériques ont fait état d’un twitter de la ministre rwandaise des Affaires Etrangères, Louise Mushikiwabo, dans lequel elle martèle que « le gouvernement congolais devrait empêcher les militaires congolais de pénétrer constamment dans des villages rwandais ».

Après le M23, Kigali à visage découvert

            Ainsi que peuvent les constater aisement les observateurs, cet énième incident frontalier vient de planter le décor d’une nouvelle guerre entre la RDC et le Rwanda. Il confirme toutes les rumeurs en circulation dans cette partie de la République et en rapport avec le déploiement de l’armée rwandaise, le long de la frontière commune et plus précisément dans la périphérie de Goma, peu après l’écrasement de la rébellion du M23 par les FARDC en novembre 2014. Il n’est un secret pour personne que Paul Kagame et ses lieutenants avaient accepté, la mort dans l’âme, la défaite militaire de leurs pions, sous la haute surveillance de la Monusco et de la Brigade Internationale d’intervention des Nations Unies.

Mais on pressentait que le Rwanda n’allait pas rester longtemps inactif sur ce front militaire qu’il réactive à sa guise, soit en passant par une pseudo-rébellion congolaise, soit en engageant ses propres troupes dans des actions de reconquête du territoire congolais. On croit savoir que le facteur ayant poussé Kigali à déterrer la hache de guerre contre Kinshasa est l’initiative conjointe FARDC-Monusco visant le désarmement volontaire des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) et leur relocalisation loin de la frontière commune.

            Il appert que Kigali n’accepte pas la perte du fonds de commerce qu’il a toujours utilisé pour justifier ses safaris militaires au Congo. L’on rappelle que depuis 1994, le Rwanda a toujours accusé ces rebelles de mener des raids militaires dans les villages frontaliers rwandais et de chercher à renverser le régime de Paul Kagame. D’où, pour garantir la sécurité de son territoire et prévenir la déstabilisation de ses institutions, Kigali ne s’est jamais gêné d’envoyer ses troupes en RDC sous prétexte de neutraliser et au besoin, éradiquer les FDLR.

            En principe, Paul Kagame aurait dû se réjouir de l’éloignement du danger de sa frontière. Or, tel n’est pas le cas. La colère de Kigali se fonde sur la crainte de voir la communauté internationale verrouiller davantage la frontière congolo-rwandaise avec la Monusco et la Brigade Internationale de l’ONU, et se focaliser sur la nécessité d’un dialogue rwando-rwandais, entendez des pourparlers entre Kagame et ses opposants, armés et non armés.

            L’unique astuce pour échapper à un plan de cohabitation politique entre Kigali et son Opposition armée et pacifique, est de relancer la guerre au Congo, à l’image de l’alerte d’hier mercredi 11 juin 2014. La RDC, avertie par les velléités bellicistes de son voisin, a intérêt à accélérer les programmes de modernisation et de professionnalisation de son armée, afin de se mettre à l’abri d’une nouvelle occupation militaire de son territoire. Paul Kagame cherche une nouvelle source de distraction de la communauté internationale. Kinshasa doit se préparer à affronter d’autres incidents frontaliers. Celui d’hier s’apparentait à un test de la capacité de riposte des FARDC.

                                               Kimp

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