Le sort des Anciens combattants interpelle la conscience

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Le hasard du calendrier a situé la Journée de l’Armistice du 11 novembre 1914, un mardi du 11 novembre 2014. Le monde a célébré hier, mardi 11 novembre 2014, cette journée mémorable où l’Allemagne a déposé les armes et annoncé sa capitulation devant les armées alliées, notamment de l’Amérique, de la France, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas et autres , ainsi que des anciennes colonies africaines. L’Allemagne a signé solennellement ce jour-là, l’Armistice.

En France, en Belgique et en Grande-Bretagne, pour ne citer que ces pays-là, plusieurs manifestations ont marqué la commémoration de ce grand événement historique. Visite des cimetières des Anciens combattants, discours officiels, clairons, chants d’honneur et d’allégresse, dépôt des gerbes de fleurs sur le mémorial et les tombes des Anciens combattants et réception en l’honneur des membres des familles de ces vaillants soldats, etc. Rien n’est laissé au hasard.

            En RDC, les autorités politiques ont organisé hier mardi, une cérémonie à la Maison des Anciens combattants de la commune de Kasa-Vubu où ils ont rappelé un fragment de l’histoire de notre armée qui est allée porter secours aux troupes de la métropole confrontées à l’armée allemande. A Kinshasa, rien de spécial n’a cependant été prévu dans les quartiers des Anciens combattants à Kasa-Vubu et à Binza. Pas de dépôt de gerbes des fleurs au monument de ces vaillants soldats. Et comme il n’y a pas un cimetière leur destiné, les Anciens combattants sont inhumés dans l’anonymat, dans n’importe quel nécropole, sans cérémonie particulière, ni épitaphe sur les tombes.

            A voir comment notre pays honore les anciens militaires de la Force publique, sans éclat particulier, ni solennité, la question que l’on peut se poser aujourd’hui dans notre pays, est celle de savoir quel est le sort réservé à nos Anciens combattants.

Priorité : redonner vie et reconnaître les mérites de ces vaillants soldats

            On a même oublié que des avenues des communes de Kasa-Vubu et Kintambo portant les noms illustres des victoires éclatantes des Anciens combattants congolais, méritaient d’être assainies, les murs de parcelles chaulés, les arbres coiffés, les herbes débroussaillées et les nids de poule et autres cratères remblayés. Ethiopie, Birmanie, Gambela, Assosa, Saïo, Tabora, Vivi, et tant d’autres, n’avaient pas revêtu leur belle robe. L’événement est passé presqu’inaperçu, même au quartier des Anciens Combattants à Binza.

De ces troupes de la Force publique engagées dans ces guerres mondiales, on a enregistré 9 millions de morts. Faute d’archives fiables, on ignore combien ont été recensés le 11 novembre 1914 à leur retour de cette campagne. De ces guerres meurtrières, il ne reste plus que quatre survivants habitant Kinshasa, dont deux gravement malades et un devenu aveugle. Le seul qui demeure encore en bonne santé, Albert KunyukuNgoma, et parle à peine, était présent à la manifestation d’hier. Bien que terrassé par le poids de l’âge, il ne tenait debout qu’en s’appuyant sur une jeune personne valide. On ne sait pas combien sont encore en vie dans nos provinces.

             L’on sait que le gouvernement congolais leur donnait quelques pensions. Des plaintes ont alors été émises pour l’amélioration de leurs conditions de vie qui s’étaient dangereusement dégradées. Depuis des années, plusieurs associations ne cessent de plaider pour que la Belgique puisse intervenir comme l’ont fait plusieurs pays européens. L’on sait que le Royaume de Belgique envisageait de verser directement des rentes à ces vaillants soldats. Ce qui avait décontenancé les gouvernants de l’époque soucieux de gérer cette enveloppe, avec ce que cela comportait comme risques d’utilisation de ces fonds à d’autres priorités.

            Le Centenaire de l’Armistice vient donc exhumer peut-être un dossier des rentes dues par la Métropole aux Anciens combattants congolais qui avaient versé de leur sang pour stopper la tyrannie de l’armée allemande sur le territoire belge.

            En RDC, le Centenaire de l’Armistice doit être l’occasion privilégiée pour les dirigeants politiques de reconstituer les archives de deux guerres mondiales, réécrire cette histoire qui marque les relations politiques et militaires entre la Belgique et son ancienne colonie, et d’améliorer les conditions de vie des survivants, des veuves et des orphelins, ainsi qu’honorer la mémoire des morts.

            Si beaucoup de pays européens savourent et célèbrent aujourd’hui, les bienfaits de leur liberté et de leur souveraineté, qu’ils doivent à leurs armées et aux Anciens combattants africains, dont des soldats congolais, ces derniers attendent des nations qu’ils avaient libérées durant les deux guerres mondiales, la reconnaissance pour les hauts faits d’armes enregistrés et des hommages dignes de leurs mérites.

                                                                            J.R.T.  

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