Soins médicaux : les Congolais toujours prisonniers de l’étranger !

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Inauguré en février 2014, avec pour objectif principal de freiner, sinon d’éradiquer, les transferts à l’étranger des Congolaises et Congolais en délicatesse de santé, l’Hôpital du Cinquantenaire semble n’avoir rien résolu. En dépit des équipements ultramodernes et d’une haute expertise humaine que lui attribuent les autorités politiques, ce centre hospitalier ne fait pas courir nos compatriotes. Même les « VIP » et leurs familles, bénéficiaires de la prise en charge du Trésor public, ne s’y bousculent pas.

            On assiste, depuis un certain temps, à un phénomène bizarre. Les rares patients qui se présentent dans ce complexe hospitalier finissent soit par être aiguillés vers des polycliniques privées de la place, soit vers l’étranger. Le cas le plus cité est celui du gouverneur de l’Equateur, Louis-Alphonse Koyagialo, évacué en catastrophe à l’extérieur après un court transit par là. D’aucuns se plaignent des difficultés de communication entre le personnel soignant, à dominance expatriée, et les malades. Mais, il y a surtout les taux prohibitifs des consultations, des examens médicaux et d’actes des médecins.

            Ainsi, en dépit de l’implantation à Kinshasa d’une structure hospitalière présentée comme l’un des plus modernes d’Afrique Centrale, l’axe RDC- Afrique du Sud- Inde continue d’être assidûment fréquenté par de hautes personnalités politiques et des cadres des entreprises publiques et privées dont les frais de voyage et des soins sont à la charge de la caisse de l’Etat ou des trésoreries de leurs sociétés. Cette ruée des malades vers l’étranger est un indice sérieux du déficit de couverture médicale du pays. Alors qu’à l’époque coloniale et au lendemain de l’indépendance, la plupart d’Africains venaient se faire soigner dans les hôpitaux congolais, notamment les Cliniques Universitaires de Kinshasa, la Clinique Reine Elisabeth (Ngaliema), la Clinique Danoise (Kinoise), l’Hôpital Sendwe de la Gécamines à Lubumbashi… la tendance s’est radicalement inversée aujourd’hui. Cela tient plus aux infrastructures, aux équipements et aux conditions de travail du personnel médical congolais (médecins, infirmiers et infirmières, laborantins, anesthésistes, kinésithérapeutes, aides-accoucheuses, etc). Le paradoxe dans l’affaire est que ceux qui fuient la précarité du réseau sanitaire national retrouvent, quelquefois, leurs propres compatriotes parmi le personnel soignant de leurs pays d’accueil.

Infrastructures inadaptées

            Les infrastructures sanitaires congolaises ont du mal à s’adapter à la modernité. Il se pose encore, dans des établissements hospitaliers dits de référence, des problèmes de desserte en eau potable et électricité, de capacité d’accueil en lits, de pavillons pour l’internement des malades, d’installations sanitaires. Cette situation touche aussi bien l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa que la Clinique Ngaliema, les Cliniques Universitaires de Kinshasa,  les Cliniques Universitaires de Lubumbashi et tous les hôpitaux publics des chefs-lieux de provinces.

            Les bâtiments abritant les hôpitaux de l’Etat, construits pour la plupart sous la colonisation belge et les deux premières Républiques, se trouvent dans un état de délabrement avancé. Les murs sont lézardés et les toitures suintent à chaque tombée de pluie. Quant aux installations sanitaires, elles sont pour la plupart mal entretenues ou bouchées. Les conditions d’hygiène dans lesquelles sont souvent placés les malades les prédisposent à la contraction des maladies autres que celles ayant conduit à leur hospitalisation.

Equipements insuffisants ou peu performants

Les hôpitaux publics en RDC souffrent tantôt de l’insuffisance des équipements, tantôt de leur caractère obsolète. Il est courant qu’un malade devant passer un test de radiologie, de scanner ou d’échographie soit aiguillé vers un privé, soit parce que le matériel disponible n’offre plus assez de garantie de fiabilité, soit parce qu’il est en panne. Les laboratoires connaissent le même problème, tant et si bien que ce sont les privés qui sont le plus sollicités pour permettre aux médecins œuvrant dans le secteur public de poser des diagnostics plus ou moins fiables.

            Même alors, il arrive qu’un malade, après avoir subi tous les examens médicaux exigés par son médecin traitant, ne soit pas fixé avec certitude sur le mal dont il souffre réellement. D’où, l’on a parfois beau se soumettre à toutes les cures de médicaments exigées par son état sans pour autant trouver satisfaction.

            Par conséquent, si les moyens financiers personnels le leur permettent ou s’ils ont la garantie d’une prise en charge du trésor public ou encore de la caisse sa société, nombre de malades se tournent, malgré eux, vers l’extérieur, où quelquefois les résultats des tests médicaux passés en RDC sont malheureusement démentis. Dans certains cas aussi, certaines formations médicales d’Afrique du Sud et de l’Inde se méfient des bulletins médicaux établis à partir de Kinshasa, Lubumbashi ou ailleurs en territoire congolais, pour reprendre à zéro tous les tests médicaux. On peut rappeler, à cet effet, le cas d’Etienne Tshisekedi, présenté comme très mal en point par les tests médicaux passé à Kinshasa, mais dont le diagnostic s’est révélé plutôt rassurant à Bruxelles.

 Conditions de travail précaires pour le corps médical

Le corps médical congolais continue d’attendre, en vain, un barème de rémunération spécifique qui devrait le différencier du commun des fonctionnaires de l’Etat. Car ses conditions de travail ne répondent pas encore à sa responsabilité sociale au sein de la communauté nationale. Jusque-là, plusieurs formations médicales publiques, telle que les Cliniques Universitaires de Kinshasa, fonctionnent sous un régime ambigu, dans lequel le staff n’a aucun pouvoir de contrôle et de sanction sur les médecins et les paramédicaux.

            Ici par exemple, c’est le Comité de gestion de l’Unikin qui décide d’une mesure disciplinaire éventuelle à appliquer à un membre du corps médical jugé coupable d’un manquement. La conséquence directe de cette ambigüité administrative est la tendance au laisser-aller dans la prise en charge des malades, l’utilisation des kits médicaux, la gestion des finances.

            L’expertise nationale est présente au sein du système sanitaire national mais sans motivation, elle ne peut donner le rendement optimal que l’on est en droit d’attendre d’elle. L’abandon par l’Etat de son patrimoine médical et les mauvaises conditions de travail des médecins et leurs auxiliaires se traduit par la fuite effrénée des cerveaux vers l’étranger.

Pour un Congo réaliste

            Le réalisme voudrait que les décideurs politiques congolais, au lieu de chercher à ériger des « éléphants blancs » dans le secteur de la santé, feraient œuvre utile en mobilisant les moyens financiers requis pour réhabiliter les infrastructures existantes. C’est le lieu de souligner que l’on rencontre, dans chaque chef-lieu de province, un hôpital général de référence qui ne l’est que de nom.

            Le pays accomplirait un grand pas dans la couverture sanitaire de ses citoyens si ces « mouroirs » étaient transformés en structures de sauvetage des vies humaines. L’autre problème est que l’on devrait désenclaver l’arrière-pays pour permettre aux gens des campagnes d’accéder facilement aux structures de santé. Aujourd’hui, il y a des contrées du pays où il faut transporter un malade en tipoy sur une centaine de kilomètres, pendant deux à trois jours, avant d’atteindre un hôpital de référence dépourvu de tout, où médecins et infirmiers se tournent les pouces. Le défi du gouvernement de doter chaque territoire de la République d’un hôpital moderne mérite d’être relevé, et le plus tôt serait le mieux.                                  Kimp

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