La Société civile de la RDC rejette le calendrier de Nangaa

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Corneille Nangaa, secrétaire exécutif de la Commission électorale nationale indépendante que les confessions religieuses, sauf les Catholiques, proposent pour succéder à Apollinaire Malumalu. Photo CENI
Corneille Nangaa, secrétaire exécutif de la Commission électorale nationale indépendante que les confessions religieuses, sauf les Catholiques, proposent pour succéder à Apollinaire Malumalu. Photo CENI

La Société Civile de la RDC a déclaré non crédible le calendrier publié le dimanche 5 novembre par la Commission électorale Nationale Indépendante(CENI). Elle l’a fait savoir le mercredi 08 novembre 2017 au cours d’une conférence de presse tenue en son siège de Kalamu.

A cet effet, le coordonnateur général de la Société Civile de la RDC, Christopher NGOYI MUTAMBA a tenu à faire connaitre à l’opinion tant nationale qu’internationale, le désaccord de sa structure face à ce récent calendrier de la CENI qui présente des signes de manque de volonté probante de la part des Nangaa et de son équipe d’organiser les élections en un temps record et au profit de la famille politique de Chef de l’Etat à laquelle elle est inféodée.

Il a rappelé à l’auditoire deux différentes pétitions initiées par sa
structure à l’endroit de la CENI contre le pasteur Ngoyi Mulunda  et
l’Abbé Malu Malu, requêtes déposées entre les mains du président  de
l’Assemblée nationale  en 2012 et en 2014. Puis d’ajouter que « le non
respect de constitution à travers la tentative de glissement au de-là
du deuxième et dernier mandat du président Joseph Kabila, orchestrée
par la majorité Présidentielle déjà en 2015 en créant l’Office
Nationale de l’Identification de la Population(ONIP), tout en
planifiant l’adoption d’une loi conditionnant l’organisation et la
tenue des élections à la clôture de l’opération de recensement, est
une témérité de la Majorité au pouvoir.
A entendre  Christopher Ngoyi, son organisation a pris le temps
nécessaire, pour parcourir et analyser le calendrier publié par la
Centrale électorale, le 5 novembre dernier. Elle a écouté les
réactions des acteurs politiques et sociaux de tous bords et sondé les
différentes couches de notre population, partant de l’expérience vécue
en 2006 et 2011 au regard de manque de logique dans l’articulation et
l’étalement du timing des activités électorales depuis la fin du
Dialogue de la CENCO, des séquences de scrutins, etc. Le nombre élevé
des contraintes à résolutions incertaines, telle que l’insécurité, le
financement de scrutins par le gouvernement et la loi électorale à
voter par l’Assemblée nationale incite déjà ce calendrier à violer non
seulement les dispositions de la constitution, mais également l’esprit
et la lettre de l’accord du 31 décembre 2016 . « Tout cela constitue
la poursuite des manœuvres orchestrées par la famille politique du
président de la République depuis 2015 pour contourner  l’organisation
et la tenue des élections réellement libres et transparentes dans un
bref délai comme souhaité par notre peuple. Nous avons également
scruté en profondeur les différentes rubriques pour desceller la
moindre preuve de bonne foi et les éléments du consensus entre parties
prenantes, mais grande fut notre déception au constat de voir que le
alendrier conçu et publié par Nangaa n’est qu’une astuce pour
contourner la date du 31 décembre 2017 prévu par l’accord de la
Saint-Sylvestre», a-t-il fait remarquer.
Considérant ce calendrier non crédible, pour conclure, le
coordonnateur de la Société Civile de la RDC a  invité la population
Congolaise à se préparer à des actions fortes en faisant recours à
l’article 64 de la constitution, afin d’user des méthodes pacifiques
et de mettre fin à la souffrance que lui imposent quelques
inconscients au pouvoir et d’exiger définitivement la démission de
Nangaa et l’ensemble de son bureau et une transition sans Kabila pour
soutenir l’avènement d’une véritable démocratie participative gage de
notre survie en tant que Nation.
Philippe MWABI
Rubrique : Tribune libre
Mission de la famille face aux enjeux de la nation
Mission de la famille face aux enjeux de la nation, c’est ce titre que
la Commission Diocésaine des Intellectuels  et des Cadres Dirigeants
Catholiques de notre archidiocèse m’ont confié pour partager  avec
vous quelques réflexions sur le thème général intitulé « Famille
devient missionnaire ».
Je commence mon propos par livrer mon propre entendement sur les
termes mission et missionnaire. Ici, je me réfère au message que le
Christ lui-même a laissé à ses disciples : « Allez prêcher  la Bonne
Nouvelle à toute la terre ». L’idée ici est de sortir de son milieu
pour aller dans le monde en dehors de son milieu pour apporter la
Bonne Nouvelle.
L’idée aussi est celle du départ, de sortir de, d’entrer dans, de
quitter et d’affronter le but de la mission. C’est comme cela que je
comprends le sens du voyage missionnaire qui implique cheminement,
croisière, déplacement, traversée et aussi l’idée d’un long  et
périple voyage.
Bien entendu ici, dans l’esprit du Christ cette personne doit être
convaincue dans son for intérieur qu’il est « le témoin du Christ et
du Royaume ». En elle,  s’installe déjà l’idée de convertir des
peuples à la vérité lumineuse du Christ.
Au sujet de la famille je dois tout de suite souligné l’existence du
beau livre du Pape François intitulé Méditation sur la famille. C’est,
nous semble-t-il, un volume exceptionnel de près de 650 pages qui
rassemble les plus grands textes ayant comme thème majeur la Famille ;
textes écrits ou prononcés depuis 1989 par le cardinal Jorge Mario
Bergolio, archevêque de Buenos Aires, puis en tant que Pape François
jusqu’à la préparation du synode  sur la famille tenue ente 2014-2015.
Nombre de ces textes constituent, pour nombreux chrétiens et lecteurs
des documents indispensables à la réflexion sur la place et la valeur
de la famille dans le monde contemporain. Je m’en suis, pour ma part,
fortement inspiré.
La famille comme le dit si bien Le Pape  François est comme un grand
et immense chantier. Nombreux sont les ouvriers qui cherchent à
renouveler son visage et son aspect. Mais en profondeur, la famille
est avant tout une réalité humaine concrète qui authentifie l’homme et
où ce dernier devient réellement une personne humaine. C’est là que
l’on reçoit et acquiert une dignité, une personnalité. C’est là qu’on
apprend le sens de l’amitié et l’on expérimente les affections, l’art
de la parole, du dialogue et de la communication interpersonnelle.
C’est dans la famille qu’une personne reçoit son nom. On sait que le
nom contient et signifie la structure ontologique d’un homme en
l’insérant dans la dynamique qui régit la dialectique des relations
interpersonnelles. Par le nom, une personne se situe en face de
lui-même découvrant  son propre être au monde, son histoire, ses
ancêtres, sa progéniture, sa descendance et son groupe social
contemporain, pourquoi pas son monde cosmique ambiant. Le nom
cristallise les diverses motivations de l’homme dans la société. Il
conduit à la société, à la communauté, aux hommes. Il réveil le «
muntu ».
C’est dans la famille comme le dit le Pape François que l’homme, par
nature, attire toutes les choses à soi et d’où jaillit comme une
source  immense et intarissable jusqu’aux ruisseaux les plus
silencieux de la terre. C’est dans  la famille que l’homme cultive le
don de soi, une flamme et plus qu’elle brûle, plus elle se renouvelle
et trouve vigueur et s’alimente.
Finalement, la famille fondamentalement, est un parfait patrimoine de
l’humanité. Elle est en même temps une culture de la vie et de la
défense de l’être-au-monde. Dans ce sens et dans cette perspective,
elle est assurément un sujet porteur d’évangélisation. Et on sait que
l’évangélisation est un processus qui a pour mission essentielle
d’annoncer la Bonne Nouvelle selon les valeurs chrétiennes, de
dénoncer les antivaleurs et de préconiser l’engagement chrétien aux
côtés des valeurs annoncées pour être crédible. La famille est donc,
un espace ouvert à la parole, à la vie humaine, à l’amour, aux gestes
d’affections et aussi à la prise de la conscience qu’on doit prendre
soin de soi et de l’autre.
C’est le lieu privilégié de la communication. Et aussi le lieu de
l’espérance, de l’avenir de toute société humaine, de l’éducation et
de l’apprentissage de la culture de la rencontre.
Mais eu égard à ce que je viens de dire, suivant les réflexions du
Saint Père, laissez-moi  avec lui, établir les défis actuels de la
famille.
En premier lieu, la famille aujourd’hui fait face à la crise des
valeurs sociales et morales qui investit les communautés et face à ces
défis, la famille, les familles chrétiennes ne peuvent rester inermes
ni se monter sans ressources ou sans propositions concrètes pour les
résoudre. L’enjeu est ici énorme en ce sens qu’il s’agit de
l’évangélisation de la culture et de l’inculturation de l’évangile.
Ce thème, on le sait, a fait l’objet de plusieurs publications de la
part de théologiens et philosophes africains et congolais. Et  le Pape
préconise que les chrétiens entrent dans la nouvelle perspective pour
gérer la culture chrétienne au service de la nation. Ici, le Pape
reprenant Redemptoris mission, n°52, insiste sur un effort à faire
tout particulièrement pour inculturer le message du Christ en vue de
transformer ainsi les différentes cellules culturelles en les
purifiant si nécessaire pour permettre de consolider une culture
chrétienne qui rende et unifie les valeurs historiques, passées et
présentes de la société afin de répondre efficacement aux défis de
notre temps.
Le Pape François, en second défi, s’exprime essentiellement dans la
lutte contre la culture de l’exclusion et de la marginalisation.
En effet, il est aisé de démontrer que le sous-développement et la
pauvreté de plus de ¾  de la population de la planète ne sont pas dus
à la nature ; ils sont conséquents au long processus d’appropriation
et d’appauvrissement.
Le Pape signale que la technologie des pays riches ou avancés a fait
naître une culture dualiste, duelle et conflictuelle où ceux qui
semble les plus moderne et progressistes,  coexistent avec ce qu’il y
a de plus anciens et méprisables.
La globalisation a, au vue de tous, entrainé la dégradation rapide
des racines culturelles avec l’invasion de tendances appartenant à
d’autres formes de tas culturels. Tout cela bien sûr a entamé une
détérioration de la tradition chrétienne.
En troisième lieu, le Pape souligne le défi de la sécularisation qui
entend réduire la foi et l’Eglise à la sphère privée et à l’intimité.
Il insiste sur le caractère public et communautaire de la foi, en
misant fortement sur la formation de laïcs et l’évangélisation des
groupes professionnels dans l’engagement culturel.
Le quatrième défi enfin, c’est celui de l’économique qui s’exprime
dans la dette sociale existentielle du sens de la vie. Il s’agit ici
d’un problème anthropologique parce qu’il touche la dignité de la
personne humaine et de son appartenance à un peuple. L’augmentation de
la pauvreté, en effet, détermine l’exclusion sociale et suscite  la
culture du rebut et le Pape dit :
« La culture actuelle tend à proposer des styles de vie contraires à
la nature et à la dignité de l’être humain. L’impact dominant des
idoles du pouvoir, la richesse, le plaisir éphémère, se sont
transformés, par-delà la valeur de la personne, en norme majeure de
fonctionnement, et en critère décisif de l’organisation sociale. La
crise économico-sociale et l’augmentation de la pauvreté qui s’ensuit,
sont provoquées par les politiques inspirées par des formes de
néolibéralisme qui considèrent le profit et les lois du marché comme
des critères absolus, au détriment de la dignité de la personne et des
peuples […]. La perte du sens de la justice et le manque de respect
envers les autres se sont aggravés, nous entraînant dans une situation
d’iniquité.
La conséquence de cette situation est la concentration des
richesses matérielles, monétaires et de l’information entre les  mains
de quelques personnes, doublée d’une augmentation des inégalités et de
l’exclusion ».
Ces paroles m’ont poussé à comprendre que la mondialisation et la
globalisation sont des phénomènes qui s’expriment comme du «
terrorisme au quotidien ».
En effet, le monde sous-développé, les populations pauvres de ¾ de
l’humanité, hurlent de douleurs. Leur situation s’aggrave du jour au
jour d’une manière dramatique : faims endémiques,  misères, maladies,
ignorances, chômages, absence de possibilités, insécurité, inégalités,
désespoir… Tels sont les mots et les maux qui permettent de résumer la
qualité de vie de ¾  de la population de la planète. Le scandale est
mondiale et les chrétiens, les familles chrétiennes ne doivent pas
restés sans réactions vigoureuses, sans dénoncer tant sur le plan
national, qu’international, tout Etat, tout gouvernement  national ou
mondial qui plonge les populations entières dans un cadaverisme
s’approchant de zéro et du fantomatique. C’est une situation qui
offense la conscience universelle.
Concernant particulièrement la RDC, la famille chrétienne a une
mission d’aider à la  construction quasi inexistante de la nation
congolaise ; celle-ci étant une volonté qu’un ensemble des peuples
décide, pour le développement, de vivre ensemble pour une histoire
commune désormais, pour un destin commun et pour un progrès commun.
Cette action évangélisatrice doit s’attaquer surtout aux antivaleurs
sécrétées par des isolats sociologiques à savoir : les tribus et le
tribalisme, les clans et le clanisme, les ethnies et l’ethnisme.
Ces ensembles naturels, on le sait, ne trouvent pas d’équivalents
dans la culture congolaise. Dans l’ensemble ils furent caractérisés
par une organisation semi autonome ayant une conscience parentale que
les ethnologues, historiens, sociologues, missionnaires coloniaux ont
appelé « conscience tribale » souvent obsessionnel, émotionnel
identitaire et fêlé. Devenant congolais selon la volonté du nouveau
maître, le Belge,  ils ont gardé les antivaleurs, teintées
d’exclusivisme, de tribalisme, de clanisme et d’ethnisme mettant en
danger la construction de l’Etat et de la nation congolaise.
Ces phénomènes, sont analysés par plusieurs auteurs qui ont démontrés
le désordre sociopolitique qui handicap l’éclosion, en Afrique des
Nations prospères.
Au-delà de ce qui vient d’être dit, les chrétiens et les familles
chrétiennes doivent comprendre que cela constitue des domaines
importants de leur action qui se situe au cœur de l’Eglise
évangélisatrice, tel qu’annoncés  par le Saint Père.
Mesdames et messieurs, participants à la semaine des Intellectuels
Catholiques de Kinshasa, vous avez certainement vu comme moi dans ces
propos que la mission essentielle de la  famille chrétienne, de
l’intellectuel chrétien et d’annoncer la Bonne Nouvelle selon
l’évangile, de dénoncer les antivaleurs contraires au message
évangélique et s’engager courageusement aux côtés des valeurs
annoncées pour être crédible dans nos milieux de vie.

Professeur Jean Kambayi Bwatshia