Situation toujours préoccupante des entreprises publiques

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Lancée avec   pompes, la réforme des entreprises du Portefeuille bat  de l’aile, en dépit de multiples promesses. Et pour cause ! Face à cette situation préoccupante, les repreneurs des entreprises publiques à caractère industriel et commercial hésitent.  Mais quelle est donc cette situation préoccupante qui procure la chair de poule aux nombreux investisseurs ?

Le Phare tente de décrypter dans ce dossier, le bulletin de santé de quelques sociétés publiques. 

Tableau sombre de la plupart des entreprises du Portefeuille 

            Sur le plan de la gestion, nombre d’observateurs relèvent que la plupart des entreprises publiques placées sous la gestion exclusive des mandataires, étaient érigées en cellules de leurs partis politiques. 

Non seulement, on a gonflé les effectifs de travailleurs  avec des combattants des formations politiques  sans tenir compte des besoins réels de ces unités de production en ressources humaines, mais on a recruté sur le seul critère de ferveur militante. Pire, c’est à un personnel pléthorique que les gestionnaires ont dû faire face et qui a alourdi leurs charges d’exploitation. Ainsi chaque mois, on devait payer des centaines de travailleurs, donc improductifs. A cela ajouter le fait que les membres de famille de ces militants des partis politiques étaient également pris en charge par les sociétés d’Etat, conformément au code du travail et de la convention collective d’entreprise.

            C’est quand même curieux de constater que ces combattants tous au service exclusif des mandataires qui sont des cadres dirigeants de leurs partis politiques, excellent dans des dénonciations et la délation.

            Comment ne pas fustiger aussi le fait que ces unités de production affectaient souvent la moitié de leurs recettes mensuelles à l’entretien du train de vie dispendieux des membres du conseil d’administration et du comité de gestion ?

D’autre part, la trésorerie de ces entreprises du Portefeuille déjà déficitaire, devait constamment répondre quelquefois aux sollicitations du gouvernement, fiscales et parafiscales de la DGDI et de la DGRAD, ainsi que des formations politiques, alors que la conciliation des créances avec d’autres entreprises d’Etat tout aussi en situation de faillite virtuelle, n’a rien produit, ni amélioré leur santé financière.

A cause des ponctions importantes et régulières des fonds dans les caisses de ces sociétés pour couvrir de nombreuses missions à l’étranger sans retombées pour la rentabilité de l’entreprise, ces unités de production de l’Etat sont devenues insolvables et condamnées pour des créances et des engagements non honorés auprès de différents banquiers. On se rappellera même que pour des procès perdus devant les cours et tribunaux en RDC et à l’étranger, les comptes de ces entreprises publiques ont été bloqués et des fonds saisis pour désintéresser et indemniser les parties plaignantes.

            Relevons  également le fait que ces sociétés publiques s’étaient lancées dans une politique d’endettement éffréné auprès des banques congolaises et étrangères, sans tenir compte de leur rentabilité et de leur capacité de remboursement. Quelques fameux « fonds vautours » se sont rués sur ces dossiers et en ont tiré de gros dividendes.

            Sur le plan technique, l’outil de production acquis depuis des décennies n’avait pas connu d’entretien, au point qu’il est tombé dans un état de vétusté avancée marqué par des pannes régulières, s’il n’est pas aujourd’hui à l’arrêt. Le projet de renouvellement de l’équipement pour lequel de gros financements ont été obtenus, n’a pas enregistré un début d’exécution, les fonds ayant été détournés vers d’autres dépenses ou priorités politiques.

            Au Katanga, les entreprises du Portefeuille qui ont fait jadis la fierté de la RDC, sont depuis plus de dix ans en faillite. On citera dans le lot, la Gecamines, la SNCC, Sodimico, Kisenge manganèse, Congo étain, Filtisaf, Sogetel, Afridex, et les cimentiers. A Mbuji-Mayi, la Miba agonisante, attend que ses actionnaires puissent se décider sur son sort. A Kinshasa, Matadi, Mbandaka, Kisangani, c’est le même spectacle des entreprises publiques moribondes.

            Dans la Province Orientale, il y a le CFU, les Chemins de fer de l’Uélé, qui attend un miracle qui n’arrive toujours pas. 

Un lourd contentieux des arriérés de salaires 

            Concernant la situation préoccupante des sociétés publiques au Katanga, radiookapi.net, a renseigné que les travailleurs ploient sous une misère indescriptible qui a poussé les différents syndicats à se mobiliser pour réclamer pour les uns, les arriérés de salaires, et pour les autres, les décomptes finals. Si Sodimico bat le record avec 120 mois d’arriérés de salaires, juste après viennent Cimenkat, Sogetel et Kisenge Manganèse avec 100 mois. La Gecamines et la SNCC se disputent la troisième position, avec plus de 40 mois.

            Devant ce tableau sombre, aucun repreneur sérieux ne peut accepter de prendre le risque d’engloutir ses fonds dans ce qui apparaît aujourd’hui, comme les tonneaux de Danaïdes.

Nombreux sont des investisseurs attirés par de nouvelles entreprises présentant moins des problèmes techniques, plutôt que celles dont le renouvellement de l’équipement à lui tout seul équivaut à la création de nouvelles sociétés, sans compter les contentieux judiciaire, et celui du personnel actif non encore épongé.

            Faut-il alors brader ces entreprises comme cela a été le cas pour l’Onatra, pour éviter d’alourdir leur contentieux et aggraver leur état d’endettement ?

            Les travailleurs, les syndicats et les organismes de défense des droits de l’homme, appuyés par certains députés nationaux et provinciaux, croyent que la solution ne réside pas dans le bradage de ce patrimoine, mais dans une nouvelle forme de partenariat avec des sociétés étrangères possédant une longue expertise et une trésorerie solide, partenariat qui sera renforcé par de nouveaux financements.

            Et pour que cette thérapeutique marche, il faudrait que l’Etat-propriétaire qui s’est érigé par moments en véritable prédateur de ses poules aux œufs d’or, s’abstienne d’interférer dans la gestion courante pour voir enfin, cette réforme donner des fruits tant attendus.   

            Aujourd’hui que l’Etat a trop sucé ces unités de production, il a décidé de s’en débarrasser. La question que l’on peut se poser est celle de savoir si l’Etat-propriétaire a-t-il enfin renoncé à la politisation à outrance, de la plupart des entreprises publiques, pour permettre leur remise sur les rails et leur rentabilisation, selon des normes de gestion orthodoxe pouvant accroître leur compétitivité ?

                                                                                              J.R.T.

 

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